• 10 propositions pour me situer

    Categories10 propositions pour me situer. Plusieurs lecteurs me demandent de formuler des propositions pour mieux comprendre mes prises de position. Sans vouloir fonder un programme, qui serait prétentieux et ne m’intéresse pas vraiment, je glisse ici 10 idées-propositions majeures auxquelles je crois pour que chacun puisse me situer dans son échiquier.par Eric Verhaeghe.

     10 propositions pour me situer - Jusqu'ici, tout va bien...

    1 – réformer la vie publique

    Je reprends ici les propositions que j’ai déjà éparpillées dans mes écrits:

    • interdire plus d’une réélection à un même mandat (ce qui permet d’éviter le cumul dans la durée)
    • fusionner les communes (il en faut environ 10.000) et supprimer la nébuleuse des intercommunales
    • abandonner la réforme des régions
    • fusionner le Sénat et le Conseil Economique et Social, l’ouvrir à des mandats transitifs (mandats provisoires accordés à des experts sur des sujets précis)
    • supprimer le détachement des fonctionnaires dans les fonctions électives (la mise en disponibilité doit être obligatoire), et dans les cabinets ministériels
    • transparence obligatoire des revenus et des patrimoines des élus tout au long de leurs mandats
    • transparence de toutes les données publiques, conformément à la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen

    2 – réformer l’Etat

    Là encore, je reformule des propositions éparpillées:

    • supprimer le statut de la fonction publique pour les directeurs d’administration
    • licencier les directeurs d’administration qui n’atteignent pas les objectifs de performance fixés par le Parlement
    • supprimer la fonction publique hospitalière
    • supprimer la justice administrative et la fusionner avec la justice judiciaire, en créant des chambres administratives dans les juridictions
    • limiter le rôle du Conseil d’Etat au conseil du gouvernement, le supprimer en tant que cour contentieuse

    3 – restaurer les libertés publiques

    Ici, je précise quelques idées que j’ai laissées traîner, en y ajoutant de nouvelles:

    • supprimer les subventions aux médias
    • privatiser Radio-France et France Télévision
    • supprimer la loi sur le renseignement
    • limiter les pouvoirs du juge d’instruction
    • limiter la détention provisoire au strict nécessaire, en faire l’exception
    • ouvrir les données publiques et circonscrire le droit d’auteur
    • libéraliser la consommation de cannabis

    4 – assainir les finances publiques

    Ces propositions sont exposées dans mon livre Jusqu’ici tout va bien:

    • publier la liste nominative des détenteurs de la dette
    • revenir à un budget en équilibre primaire (hors charge de la dette)
    • pratiquer le « hair cut » en cas de choc externe (interruption du paiement de la fraction marginale de la dette en cas de déséquilibre temporaire)
    • limiter la pression socio-fiscale à 40% du PIB
    • limiter les prélèvements sociaux à 30% du PIB
    • réformer la fiscalité locale en créant une flat tax pour les personnes physiques et une autre pour les entreprises
    • modifier le mandat de la BCE en l’élargissant à la lutte contre le chômage

    5 – gagner la bataille du savoir et de l’innovation

    La France se contente d’une stratégie économique low cost. Elle doit viser à l’excellence scientifique et technique.

    • pratiquer un big bang de l’éducation en supprimant le budget de l’Education Nationale et en le transformant en chèques scolaires pour les enfants scolarisés
    • dématérialiser tous les examens
    • supprimer l’orientation scolaire
    • instaurer une liberté de programme pendant 10 ans pour enrichir les pratiques pédagogiques
    • instaurer une sélection à l’entrée de l’université
    • réformer l’alternance en fusionnant la professionnalisation et l’apprentissage, supprimer les cotisations sociales pour ces dispositifs
    • exonérer les Jeunes Entreprises Innovantes de l’impôt sur les sociétés pendant leurs cinq premières années
    • créer un Internet européen neutre
    • simplifier le recrutement des doctorants en entreprise

    6 – gagner la bataille de l’emploi

    Sur ce point, je livre quelques idées peu exposées jusqu’ici:

    • créer des zones franches de travail: toute commune (fusionnée) où le taux de chômage est supérieur de 50% à la moyenne nationale peut demander à être reconnue zone franche de travail – l’application du Code du Travail y est suspendue pour dix ans, et seules s’appliquent les normes de l’OIT
    • supprimer les cotisations sociales
    • financer de droit deux ans de formation professionnalisante entre 25 et 55 ans
    • supprimer Pôle Emploi
    • accorder un chèque « recherche d’emploi » de 2.000 euros à tout demandeur d’emploi (au maximum tous les deux ans)
    • défiscaliser les transactions entre salarié et employeur
    • instaurer un contrat unique avec possibilité de licencier pour motif économique allégée

    7 – relancer nos filières industrielles

    Voici un point que je n’aborde pas suffisamment d’ordinaire:

    • supprimer la BPI
    • concentrer les participations de l’Etat sur les secteurs stratégiques: défense nationale, haute innovation technologique
    • créer un téléphone mobile français
    • créer des fonds d’investissement technologiques exonérés de toute fiscalité, strictement contrôlés par l’Etat
    • implanter la fibre sur tout le territoire

    8 – responsabiliser le travail

    Je reprends ici les points que j’aborde d’ordinaire sur le paritarisme et la protection sociale:

    • supprimer l’affiliation obligatoire au régime général de sécurité sociale
    • supprimer le RSI
    • supprimer les cotisations sociales
    • instaurer un revenu universel financé par l’impôt d’un montant d’environ 600 euros mensuels, versé de la naissance à la mort
    • supprimer le paritarisme et les institutions paritaires, créer un régime de retraite par points
    • interdire la présence de fédérations de fonctionnaires dans les syndicats du secteur privé
    • interdire les grèves pour motif politique
    • supprimer le niveau interprofessionnel de négociation collective
    • généraliser un mandatement simplifié dans les TPE (sans section syndicale)

    9 – rétablir la concorde religieuse

    Ces points concernent évidemment les questions de relation avec l’Islam.

    • interdire le voile et les tenues religieuses dans l’espace public, sauf le jour hebdomadaire consacré
    • interdire les prêches en langues étrangères
    • financer les cultes dans des limites transparentes, créer un clergé musulman
    • créer une liste limitative de premier prénom autorisé, faciliter la francisation des patronymes
    • lancer un plan de lutte contre le décrochage scolaire
    • créer un service civique obligatoire de trois mois pour tous dont l’un des objectifs sera d’intégrer les enfants issus de l’immigration
    • généraliser les cours d’alphabétisation pour l’ensemble des adultes

    10 – pour une Europe française, pour une France rayonnante

    Impossible de ne pas terminer par ces points qui me sont chers:

    • renforcer notre effort de Défense nationale, conserver l’arme nucléaire et nous doter d’une véritable force d’intervention continentale
    • facturer 50% de notre budget de Défense révisé à l’Union Européenne
    • diminuer le droit de vote de l’Allemagne dans l’Union
    • installer la Banque Centrale Européenne à Luxembourg
    • préparer un accord de coopération renforcée avec la Belgique
    • élargir l’Union Européenne aux pays méditerranéens
    • bannir les OGM
    • interdire les farines animales et poser des normes strictes d’encadrement à l’agriculture intensive
    • ouvrir les marchés chinois à la libre concurrence
    • rendre Internet neutre

    Ces idées ne sont bien entendu pas exhaustives et certaines peuvent évoluer…

    par Eric Verhaeghe

    Qui est Eric Verhaeghe?

    Je suis né le 9 décembre 1968, à Liège, en Belgique.

    Les Français connaissent mal l’identité liégeoise, et pourtant elle existe! Officiellement, Liège est née vers l’an mil, de la volonté de l’évêque de Tongres, Notger, qui choisit de s’installer sur la Meuse pour faciliter son activité pastorale. Dans la pratique, Liège devient vite la dernière ville francophone avant le monde germanique au sens large. Cette caractéristique fonde une grande partie de l’esprit liégeois, très attaché à la France et à l’esprit républicain.

    Je fais mes études secondaires à Liège, à l’athénée Charles-Rogier, où j’apprends le latin et le grec. L’athénée est installé rue Charles Magnette.

    En 1986, j’arrive à Paris, pour faire une hypokhâgne au lycée Henri-IV. J’y fais aussi une khâgne.

    J’échoue au concours de Normale Sup et j’entame alors un parcours à l’université Paris-I, où je décroche une maîtrise de philosophie (mémoire avec Françoise Dastur consacré à « Husserl et la préface à la première édition de la Critique de la Raison Pure » – la phénoménologie husserlienne m’a beaucoup marqué!), et un DEA d’histoire, en histoire économique contemporaine (dont Jacques Marseille était le patron), avec un mémoire sous la conduite de Guy Pedroncini consacré à « La première guerre israélo-palestinienne: jusqu’au 15 mai 1948.

    Mon fils Max naît en décembre 1990.

    En 1992, je réussis le concours d’attaché d’administration de la Ville de Paris. Mon premier poste est un peu obscur, mais très formateur: directeur adjoint de la section locale du 5è arrondissement du Bureau d’Aide Sociale. Le directeur général du Bureau d’Aide Sociale est alors Dominique de Legge, devenu sénateur, qui bénéficie d’une protection politique suffisante pour ordonner une remise en ordre des pratiques régulièrement contestables de Jean Tibéri dans son arrondissement. Je fais alors les premières expériences que je connaîtrai plus tard dans ma carrière, face à des gens de droite comme à des gens de gauche: l’exécution de mandats de gestion ingrats, et la nécessité d’y survivre en prospérant. Peut-être raconterai-je un jour quelques détails croustillants sur cette époque haute en couleur. En attendant… Dominique de Legge quitte son poste en juillet 1993, et moi en septembre… La tête haute, et les mains libres.

    Cet épisode m’a beaucoup appris. En 1995, je prends en charge la gestion des carrières du Bureau d’Aide Sociale, devenu Centre d’Action Sociale de la Ville de Paris. Je suis promu attaché principal de la Ville, ce qui, à 27 ans, n’était pas courant.

    En 1998, je réussis le concours d’entrée au cycle préparatoire de l’ENA, en interne. J’y découvre le droit et l’économie. En septembre 1999, je passe le concours d’entrée à l’ENA. Que je décroche.

    Je suis élu représentant des élèves au Conseil d’Administration de l’ENA, présidé par Renaud Denoix de Saint-Marc. Je suis alors – et je le suis encore – convaincu que cette école souffre profondément de son manque de diversité sociale, et d’un excès de consanguinité. De mon point de vue, ces traits de caractère sont la manifestation d’une profonde décadence dans l’idéal républicain. Je rédige un mémorandum sur la démocratisation de l’école, qualifié de « fariboles » par le président du conseil.

    Je fais un stage de 6 mois à la Préfecture du Nord, dont le préfet, Rémy Pautrat, fut l’un des initiateurs de la section CFDT de l’ENA dans les années 70. Je fais ensuite un stage, où je connais un vrai et grand bonheur, à l’ambassade de France à Athènes, sous la conduite d’un jeune ambassadeur: Jean-Maurice Ripert, qui devient plus tard représentant de la France à l’ONU. Je suis notamment les affaires religieuses et les affaires sociales. J’y rencontre avec plaisir le conseiller aux nouvelles technologies du Premier Ministre grec Simitis, Georges Papaconstantinou, qui devint ministre des Finances du gouvernement Papandréou tombé en novembre 2011. Le monde est si petit!

    Durant l’année de scolarité à l’ENA, je m’ennuie. Je pars à Sienne pour apprendre l’italien.

    Je parviens à être classé 67è sur 120. Un résultat inespéré, vu mon absence totale d’investissement. Ma bonne performance durant mes stages, et ma maîtrise relative de l’italien, m’ont sauvé.

    A la sortie de l’Ecole, je décide d’intégrer l’Education Nationale où je deviens chef du bureau de la gestion des personnels d’administration centrale. Dans la pratique, je suis chargé de la politique de rémunération et de promotion pour la tête du mammouth, y compris la gestion des fonds secrets des cabinets ministériels, transformés quelques semaines auparavant par Lionel Jospin en indemnités de sujétions particulières.

    J’arrive au ministère le 2 avril 2002. J’assiste donc de l’intérieur, en quelque sorte, au 21 avril.

    Au ministère, je mets en place l’évaluation annuelle des fonctionnaires, je développe la rémunération au mérite, et je supprime un tiers des postes au sein du bureau que je dirige (ils étaient 54 à mon arrivée!). Je ne supporte pas les états-majors pléthoriques, quand les services directs aux administrés sont sous-dotés. On n’a pas inventé l’administration pour rendre service aux fonctionnaires. On a recruté des fonctionnaires pour rendre service au public.

    Fin 2004, je suis promu à la direction de la maison des Examens, à Arcueil, qui est une PMI de 300 salariés, en charge de la diplômation de 400.000 candidats annuels. J’y mets en place la LOLF, en qualité de responsable de budget opérationnel de programme. Je fais certifier l’ensemble de la Maison ISO 9001, j’obtiens un prix du ministère de l’économie pour la démarche qualité, je lance le baccalauréat sur Internet, malheureusement non repris par la suite. J’ouvre la première salle d’examen pour candidats handicapés.

    En octobre 2007, je suis recruté à la Fédération Française des Sociétés d’Assurance (FFSA) en qualité de directeur des Affaires Sociales. Je suis chargé des négociations de branche avec les organisations syndicales.

    L’affaire UIMM éclate à ce moment-là. Et me voici propulsé au MEDEF en même temps que je négocie à la FFSA.

    Je m’investis dans des négociations passionnantes: modernisation du marché du travail, réforme de la représentativité, gouvernance des groupes de protection sociale, formation professionnelle. Mon idée est simple: il faut instaurer une démocratie sociale en France, y compris en accordant de vraies responsabilités dans la conduite stratégique des entreprises aux représentants des salariés, comme cela se fait en Allemagne.

    Je cumule les mandats: administrateur de l’ACOSS, de la CNAV, de l’UNEDIC, de Pole Emploi, de l’AGIRC, de l’ARRCO, président de l’APEC, mais aussi trésorier de l’OPCA de l’assurance, administrateur de B2V.

    La crise de 2008 change la donne. Courant 2009, une sorte de rideau de fer tombe sur les esprits patronaux. Les grands espoirs de réforme de 2007/2008 s’effondrent. Ma présence perd peu à peu son sens, et l’idée de gérer l’héritage de 1945 ne m’intéresse pas. 2010 confirme cette tendance, et je décide de partir.

    En janvier 2011, je publie Jusqu’ici tout va bien.

    En septembre 2011, je quitte la FFSA, et je fonde Parménide, cabinet de conseil en innovation sociale.

    En octobre 2011, je publie Au coeur du MEDEF.

    En avril 2012, je publie Faut-il quitter la France?

    Illustration CC/flickr termes juridiques simples  Sans langue de bois

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