• A Rennes, la mécanique de la répression policière

    A Rennes, la mécanique de la répression policière

    CategoriesA Rennes, la mécanique de la répression policière. "Ces violences répondent à la violence de l'État" relate PIERRE-HENRI ALLAIN du journal le point.  Au lendemain des dégradations, la police a neutralisé samedi la manifestation interdite. Rencontre avec les manifestants.                                                      

    49-3 : LES CASSEURS SONT AU POUVOIR

    Ils étaient là malgré tout. Bravant l'interdiction des autorités qui avaient mis en garde contre une manifestation « à hauts risques », entre 400 et 500 personnes se sont rassemblées samedi après-midi dans le centre de Rennes « contre les violences policières ». Les forces de l'ordre avaient de leur côté déployé les grands moyens, avec environ 500 hommes, des canons à eau et un hélicoptère pour cerner l'esplanade Charles-de-Gaulle, où les manifestants se sont réunis. Objectif : les empêcher de gagner le centre historique où ont eu lieu dans la nuit de vendredi à samedi, d'importantes dégradations. Samedi, peu avant 17 heures, les forces de l'ordre ont effectivement réussi à empêcher quelque 700 manifestants de défiler.

    « Ces violences répondent à la violence de l'État, à la précarité, à l'usage de l'article 49.3 pour faire passer la loi travail, à quoi s'ajoutent les violences policières », justifie Hugo Poidevin, membre de l'union des étudiants communistes. Un enseignant venu de Lannion a de son côté dénoncé une « classe politique déconnectée des réalités quotidiennes et un gouvernement qui s'est fait élire à gauche pour mener une politique de droite ».

    Un oeil perdu

    Parmi les manifestants, qui ont tenté de forcer les barrages de police installés à chaque accès de l'esplanade Charles-de-Gaulle et ont été repoussés par des tirs de grenades lacrymogènes, beaucoup d'étudiants, mais aussi des membres du NPA ou du syndicat Solidaires. « Il y a un profond malaise et il faut repenser toutes les bases de la société », juge Lise, 22 ans, étudiante en géographie, qui dénonce les tirs de grenades et les charges des policiers « sans sommation ». Emmanuelle Lefêvre, membre d'un collectif de parents d' « enfants mutilés » lors de manifestations, a de son côté dénoncé l'usage « d'armes de guerre » comme les lanceurs de balles de défense (LBD) lors des manifestations. Beaucoup avaient également à l'esprit la blessure subie par un jeune étudiant rennais qui a perdu un oeil après avoir été frappé au visage par un projectile lors du défilé contre la loi travail du 28 avril dernier dans la capitale bretonne.
    Des attaques « aux institutions et à la société »

    « La fermeté est montée d'un cran », a de son côté déclaré samedi matin Patrick Dallennes, préfet de la zone de défense ouest pour justifier l'interdiction de cette manifestation, susceptible de donner lieu à des violences et des débordements comme Rennes en connaît presque systématiquement depuis plusieurs semaines en marge des défilés. « Nous ne sommes plus dans le cadre d'une opposition à la loi travail, mais face à des gens qui cherchent à attaquer les institutions et la société », a-t-il ajouté, faisant référence aux dégradations perpétrées dans la nuit de vendredi à samedi sur des devantures de banques, de commerces et un commissariat à Rennes. Une « action commando », selon le préfet, qui faisait suite à l'évacuation d'une salle municipale occupée depuis plus d'une semaine par des partisans de Nuit debout et des opposants à la loi El Khomri.

    A Rennes, la mécanique de la répression policièrela Maison du peuple occupée depuis dix jours a été évacuée vendredi matin par le RAID, après deux mois de violences et de nombreux blessés, dont un jeune étudiant qui a perdu un œil. L’ancien préfet de région Patrick Strzoda, propulsé directeur de cabinet de Bernard Cazeneuve, est l’homme qui a orchestré dans cette ville la militarisation des forces de l’ordre face à la mobilisation contre la loi El Khomri selon le journaliste Mediapart Karl Laske.

    « On a compris que l’évacuation commençait quand on a vu la nacelle apparaître », explique un militant. À Rennes, sur le toit de la salle de la cité, ancienne Maison du peuple occupée depuis le 1er mai, une vingtaine de militants ont vu vendredi, vers six heures du matin, médusés, une cage faire son apparition dans l’air, portée par la grue du chantier voisin de la place Sainte-Anne. Dans la nacelle, six policiers du RAID armés de Flash-Ball. Nathalie Appéré, la maire socialiste de Rennes, signataire il y a peu d’une convention autorisant l’occupation provisoire du lieu, et le nouveau préfet Patrick Dallennes ont donc choisi la confrontation face au mouvement social. À la veille de la manifestation de samedi contre la répression policière, interdite par la préfecture, il n’y avait pas pire signal.

    L’expulsion des lieux a été soutenue dès le premier jour par l’ancien préfet de région Patrick Strzoda, propulsé fin avril directeur de cabinet de Bernard Cazeneuve. Nouveau numéro 2 du ministère de l’intérieur, dont la promotion a été saluée par Jean-Yves Le Drian dans les locaux du conseil régional de Bretagne, Patrick Strzoda est l’homme qui a orchestré la militarisation progressive des forces de l’ordre face aux manifestations contre la loi El Khomri à Rennes. Le 28 avril, jour où un étudiant de Rennes 2 a été grièvement blessé à l’œil par un tir, l’ancien préfet – déjà directeur de cabinet du ministre – a assuré au Télégramme« qu’aucun Flash-Ball » n’avait été utilisé contre les manifestants, suggérant à la presse qu'un « choc dû à une grenade lacrymogène » ou « un projectile émanant des manifestants » pouvait être responsable des blessures de l’étudiant. Alors qu’il a perdu son œil, la préfecture a, depuis, reconnu l'usage par les forces de l'ordre de lanceurs de balles de défense 40 (LBD40) ce jour-là. Une enquête de l’IGPN est en cours, mais il n’y a aucun doute sur le tir policier qui a occasionné cette mutilation.

    Vendredi matin, les hommes du RAID suspendus dans leur nacelle mettent encore en joue les occupants avec des Flash-Ball, tandis que des policiers grimpent par l’échelle de pompiers. « Il n’y a eu aucun jet de projectile, poursuit le militant présent sur le toit. On était tous assis par terre en se tenant bras dessus bras dessous. Ils nous ont délogés un par un, en nous faisant des clés de bras, et des pressions sur le visage. »Les occupants croyaient pouvoir tenir trois jours en cas de siège, ou d’assaut, mais les meuleuses et les coups de bélier ont eu raison des barricades qui bloquaient les entrées de la salle principale. « On vous donne 7 sur 10 pour la barricade », a ironisé un CRS aux manifestants. 

    La Maison du peuple et des syndicats, fondée en 1925, devenue une salle de spectacle appartenant à la ville, avait été investie le soir du 1er mai alors que les intermittents, l’AG interpro et les étudiants de Rennes 2 étaient venus rejoindre une réunion de l’intersyndicale sur place. Sous la pression des écologistes et du Front de gauche, la maire socialiste offre une convention de « mise à disposition » de six jours, avec des horaires de fermeture la nuit. Un état des lieux est fait en présence du commandant des pompiers. « Une occupation reconductible et l’occupation de nuit ont été votées », résume Stéphane Gefflot de Sud PTT, signataire de l’accord avec la mairie. « La mairie a dénoncé la convention mercredi, sous prétexte qu’une manif sauvage avait eu lieu mardi dans l’hypercentre », poursuit le syndicaliste. L’interdiction de l’hypercentre et le bouclage des pâtés de maison voisins du parlement de Bretagne et de la mairie ont été imposés, fin mars, aux manifestants par le préfet Strzoda.

    Jusqu’à jeudi soir pourtant, la convergence des luttes s’était trouvé un lieu à Rennes, agglomérant des étudiants autonomes, proches du Mili (lire notre entretien avec des membres de ce mouvement), ou des communistes, et des membres du Front de gauche, des syndicalistes de Sud ou, plus rares, de la CGT. L’intersyndicale soutenait l’occupation, mais ni la CGT ni FO n’y intervenaient directement. Plus de 800 personnes s’étaient entassées, jeudi, pour l’assemblée générale quotidienne dans la salle de la cité, après une manifestation sans incident. Le blocage du centre de tri des colis de la Poste du Rheu a été décidé en lien avec des personnels sur place, et effectué le soir même pendant quatre heures. « Très vite, le préfet Strzoda nous a demandé de nous désolidariser des mouvements de jeunesse mais il n’en était pas question, explique le syndicaliste de Sud. Selon lui, il y avait “600 profils louches”, alors qu’il s’agissait de l’AG de Rennes 2… Les neuf inculpés des manifs des 31 mars et 9 avril n’avaient rien de louche : il y avait un infirmier, un serveur, un gars de PSA… Par contre, le procès a montré qu’il n’y avait aucune preuve contre eux. » Réputé ultra sarkozyste depuis son passage à la préfecture des Hauts-de-Seine entre 2009 et 2011, Patrick Strzoda demande aux syndicats d’isoler les casseurs pour « leur régler leur compte ». En septembre, il avait déjà menacé les syndicats paysans (Confédération paysanne, Coordination rurale et Apli) qui voulaient bloquer l’entrée du Salon des productions animales (SPACE) en leur promettant « la guerre » s’ils n’acceptaient pas ses conditions.

    Jeudi, l’assemblée générale n’a fait qu’un bond lorsqu’une jeune femme a annoncé qu’un copain était en train « de se faire embarquer par la BAC place Sainte-Anne ». L’AG a grondé, rugit, avant de se vider en quelques minutes et de fondre sur les quinze policiers anti-émeutes venus en appui de la BAC. La police s’est retirée, non sans braquer encore ses Flash-Ball sur la foule.

    « C’est l’État qui organise l’escalade, juge un syndicaliste de Sud Santé, et ce par l’usage général et immodéré de la force. Sans raison, sur des gens tombés à terre. À l’hôpital de Rennes, on a eu un afflux de personnes blessées au visage. Et il y a une masse de gens qui ne veulent pas déposer plainte contre la police. » « On a franchi un seuil, et très vite, juge Xavier de l’AG interpro, il y a eu une banalisation du Flash-Ball. Dans les manifs, on les entend, pan, pan, pan, ça canarde ! » Les cortèges se sont dotés, comme dans d’autres villes en France, d’équipes “médic”, qui prennent en charge et mettent à l’abri les blessés. « Aujourd’hui, on comptabilise sur Rennes 259 blessés, dont 43 graves par fractures, plaies ouvertes, traumatismes, et un œil perdu, c’est la seule devenue irréversible », détaille Hugo Poidevin, étudiant communiste, membre des Médic.

    «Les tirs de Flash-Ball sont toujours à moins de vingt mètres. Le canon est pointé sur nos têtes !»

    Les premiers blessés sont relevés le 17 mars, jour de la venue de Jean-Yves Le Drian à la préfecture de région. « J’ai reçu une grenade lacrymogène en tir tendu, elle m’a explosé entre le bras et le flanc. La seule chose qui était lancée sur les CRS, c’étaient des gobelets de peinture : on est très loin des pavés ! »témoigne-t-il. « Avant, on nous tenait à distance avec les gaz, explique Anna, “médic” elle aussi. Mais le 17, il y a eu des traumas crâniens : ils sont passés directement aux coups sur la tête. La BAC est venue matraquer dans la foule, et en visant la tête. Le 31 mars, un médic qui était en train de soigner a pris une lacrymo en tir tendu sur la tête. »

    Le 31 mars, la confrontation s’engage. « On nous avait interdit le centre-ville, poursuit Poidevin, et l’objectif était de faire Nuit debout devant le parlement de Bretagne. On a fait une banderole renforcée, une bâche avec un matelas, pour aller quand même en centre-ville. On a subi six heures de lacrymos. On a eu plus de cent blessés. Des membres de l’équipe médicale qui ont abandonné, face à la violence, aux plaies ouvertes… Quand vous devez éponger le pénis d’un jeune qui pisse le sang… »

    Pour Camille, jeune prof de fac, la manif du 31 mars a été aussi « un tournant ». « On a tenu assez longtemps la rue Jean-Jaurès, explique-t-il. Les flics ont tiré près de 700 lacrymos. On balançait les palets au fur et à mesure dans la Vilaine… La semaine suivante, c’est monté d’un cran. Les flics étaient sur un mode offensif. Dès qu’on prenait une direction, ils nous prenaient à revers. Du coup, tout le monde est monté en équipement, et en pression. Le mode émeute, c’est plus de 200 personnes qui manifestent, quand un parcours illégal commence, tu as encore 1 500 à 2 000 personnes. Les gens restent, les gens sont solidaires. Le fait que 1 500 personnes restent malgré le danger, les tirs et la peur, je n’avais jamais vu ça. »

    L’usage par les policiers de Fash-Ball et LBD40 à tir tendu est si répandu que le syndicat Sud lance« l’opération “sortez casqués” lors des manifestations à venir », notamment celle du 28 avril. « Nous appelons donc à manifester casqués : casques de vélo, casques de moto, de scooter, casques de rollers, casques de chantier, etc. Bref, tout ce qui peut protéger la tête et le reste (…) pour protester contre les violences policières. » Jeudi, les militants Sud avaient pour certains des casques de moto à la main ou sur la tête. Le 28 avril suivant, les policiers tirent justement sur les manifestants qui traversent une passerelle au-dessus de la Vilaine, et ils atteignent à l’œil Jean-François, étudiant en géographie. « Une charge est venue de République, se souvient Camille, ça nous a bloqués sur les quais et ça a provoqué un mouvement de foule et de panique. Il n’y avait plus de solidarité possible… Tout le monde a pris la petite passerelle et les baqueux ont commencé à shooter au Flash-Ball. Ils nous tiraient dessus au hasard, les balles fusaient. »

    Camille ne voit pas la chute de Jean-François, et s’engouffre dans une rue adjacente avec des centaines d’autres. Alors qu’il s’est baissé pour éviter les tirs, Hugo Poitevin entend crier « médic! ». « Quand j’ai vu Jean-François, il était encore debout, on l’a mis à l’écart, on l’a fait s’asseoir, en lui parlant, témoigne le militant. Il saignait beaucoup, c’était affreux. On avait mis neuf ou dix compresses sur son œil, et ça saignait encore. Les flics n’ont pas traversé la passerelle. Ils sont repartis. » « Quand Jean-François a perdu son œil, on était assez désemparés, explique Anna, et la seule chose qu’on a essayé de faire c’est de le garder conscient. Moi, j’étais dans la charge initiale, et il y a eu énormément de coups de matraque et de gens à terre, qu’on a essayé de porter. »

    Des photos montrant les policiers en position de tir face à la passerelle ont été communiquées à l’IGPN. En contestant officiellement l’usage de Flash-Ball le 28 avril, le préfet Strzoda a attiré l’attention. Il n’a pas rectifié depuis. Il sait bien sûr quelles armes, et combien de munitions ont été utilisées… sous ses ordres. « Les pratiques illégales ici, il y en a un florilège, poursuit Hugo Poidevin. Les tirs de Flash-Ball sont toujours à moins de vingt mètres. Le canon est pointé sur nos têtes ! Les tirs à moins de 10 mètres, j’en ai vu plein. J’ai vu trois arcades sourcilières explosées – deux par des grenades lacrymogènes, une par un Flash-Ball, heureusement les gens portaient des masques de plongée. Quand la grenade arrive sur le masque, ça enfonce l’arcade, mais ça protège l’œil. Les lunettes de plongée protègent beaucoup moins parce qu’elles s’enfoncent dans l'arcade sous le choc. » « Le 31 mars, ils ont visé les parties génitales des manifestants hommes, un certain nombre ont été touchés à hauteur de l’entrejambe », se souvient Anna.

    Le 2 mai, Hugo Poidevin a interrompu le conseil municipal de Rennes avec un groupe de militants en exigeant de la maire Nathalie Appéré qu’elle dénonce les violences policières et qu’elle se prononce pour l’interdiction des Flash-Ball et des grenades de désencerclement. Le 28 avril, elle avait félicité les forces de l’ordre… Il a lancé une balle de défense dans la direction de son bureau. « Je vous fais un cadeau, ce sont des balles comme celle-ci qui sont tirées sur les manifestants », a-t-il lancé. L’élue s’est levée, et la balle a atterri sur son fauteuil.

    Alors la motion de censure a quoi jouent les frondeurs ? A quoi joue la droite ?

    Valls a le sourire : Hollande est à Bangui, Macron empêtré dans des soupçons de (quasi) pots-de-vin londoniens, alors que lui triomphe avec le 49.3 au Palais Bourbon. Pour quelqu’un qui cache mal ses ambitions élyséennes, quoi de mieux ? La motion de censure de la gauche n’a pas pu être déposée, mercredi, à deux voix près, alors que celle déposée par la droite, jeudi, a échoué écrit Corinne Rozenn. Il lui manquait quarante-deux voix. C’est à se demander si la gauche frondeuse et la droite avaient réellement envie de faire passer à Valls un sale quart-d’heure ou non.

    Pour ce qui est du rapport de la Loi Travail avec le Parlement dès lors que le gouvernement avait recours au 49.3, c’est assez simple : dès lors que cette procédure particulière était mise en œuvre, la seule façon de s’opposer à la Loi Travail en première lecture (avant un retour devant les députés le 13 juin après un passage par le Sénat), c’était de voter une motion de censure.

    Exit les arguments de certains ministres à commencer par celui que voter la motion de censure c’était faire le jeu de la droite et la rappeler au pouvoir : si la confiance fait défaut à un gouvernement, alors celui-ci doit démissionner et un autre gouvernement doit se former sur la base du rapport de force préalablement existant. En cas d’hypothétique victoire d’une motion de censure, il n’y a donc pas dissolution de la Chambre et encore moins passage de témoin à l’opposition. Tout juste aurait-on pu avoir, dans le cas actuel, un gouvernement socialo-bis ou une nouveau gouvernement rose-rouge-vert comme le réclament certains.

    Systématiquement, donc, en cas de 49.3, l’opposition parlementaire dépose une motion de censure pour le folklore, puisqu’étant dans l’opposition, ses chances d’être majoritaire sont minces. Cette fois-ci, cependant, on peut imaginer que deux députés de droite aurait pu signer le texte des 46 députés (déjà paraphé par Jean Lassalle, député bayroutiste), pour leur permettre de déposer ladite motion, ou encore que les frondeurs (qui, pourtant, votent LR ou UDI pour faire barrage au FN) auraient pu voter pour celle de la droite pour rayer de la carte la Loi Travail.

    Et pourtant personne n’a voulu entrer dans aucune combine parlementaire : signe d’un sens aigu des responsabilités ? Oui. Ni les députés PS, ni les députés de droite n’ont réellement envie de déclencher la crise politique majeure que signifierait la chute du gouvernement Valls sur fond de mobilisation sociale.

    A gauche, certains disent que les deux signatures manquantes étaient courues d’avance. Christian Paul aurait fait semblant de se démener en sachant qu’aucun des aubrystes n’allait signer, ce qui rendait d’autant plus confortable la signature des proches de Benoît Hamon ou Montebourg.

    A droite, personne ne s’est hasardé à jeter de l’huile sur le feu en donnant sa signature à la gauche, ce qui est loin d’être exceptionnel sur un certain nombre de textes de loi. Mais tant Eric Ciotti qu’Eric Gosselin, pourtant classés très à droite, ont dit tout fort ce que la droite marmonne tout bas : les divisions de la gauche sont une mauvaise chose, d’abord parce que personne ne veut d’un gouvernement d’union nationale ou technocratique à un an des présidentielles (ce qui ferait le jeu du FN) et personne ne veut mettre Hollande réellement en difficulté… car tout ce beau monde soutient en dernière instance la Loi Travail.

    Tout juste a-t-on eu droit à un jeu de posture. Ce n’est pas la motion de censure déposée par la droite, qui prône des attaques dans la droite ligne de la Loi Macron ou de la Loi El Khomri, qui représente un rempart contre l’offensive actuelle du gouvernement. Nous ne sommes pas dupes, néanmoins, de tous ces députés qui accepteraient d’un côté les règles anti-démocratiques de la Ve mais qui refuseraient de ratifier la seule option qui existe pour exprimer la défiance à l’égard du gouvernement. C’est dans la rue et par la grève que l’on pourra faire reculer la Loi Travail et son monde. Mais c’est dans l’Hémicycle que les députés qui se disent de gauche, qu’ils soient frondeurs, ou à gauche de la majorité présidentielle, doivent déposer une motion de censure ou voter celle qui a été déposée mardi pour dire à Hollande et Valls tout le mal que les manifestants contre la Loi Travail pensent d’eux.

    Tout au plus la dernière séquence aura permis à certains de se mettre en avant à la télévision, à d’autres de gagner à bon compte leurs galons (reconfirmés) de frondeurs (à la petite-semaine) alors que d’autres encore, à l’instar de Montebourg, prépare le lancement de sa candidature en 2017. Une chose est sûre : plus que jamais, c’est à travers la reconductible que l’on fera reculer leur monde.

    "Ces violences répondent à la violence de l'État"

    Contester sans modération

    En France, l’opposition à la réforme du code du travail et l’occupation des places par le mouvement Nuit debout ont convergé dans le refus d’une vision étriquée de la politique relate Pierre Rimbert sur le monde diplomatique : évanouissement des espérances collectives dans le trou noir électoral, aménagement à la marge de l’ordre social. Assiste-t-on à la fin d’un cycle marqué par des revendications toujours plus limitées et jamais satisfaites ?

    Demander peu et attendre beaucoup : dix-huit ans après la création de l’association Action pour une taxe Tobin d’aide aux citoyens (Attac), en juin 1998, le prélèvement de 0,01 % à 0,1 % sur les transactions financières inspiré par l’économiste James Tobin pour « jeter du sable dans les rouages » des marchés tarde à voir le jour (lire « En attendant la taxe Tobin »). La forme édulcorée que négocient sans enthousiasme les cénacles européens rapporterait une fraction du montant (plus de 100 milliards d’euros) initialement escompté.

    Mais, au fait, pourquoi avoir placé la barre si bas ? Pourquoi avoir tant bataillé pour l’introduction d’une si légère friction dans la mécanique spéculative ? Le confort du regard rétrospectif et les enseignements de la grande crise de 2008 suggèrent que l’interdiction pure et simple de certains mouvements de capitaux parasitaires se justifiait tout autant.

    Cette prudence revendicative reflète l’état d’esprit d’une époque où le crédit d’une organisation militante auprès d’un public urbain et cultivé se mesurait à sa modération. Avec l’effondrement de l’Union soviétique, la fin de la guerre froide et la proclamation par les néoconservateurs américains de la « fin de l’histoire », toute opposition frontale au capitalisme de marché se trouvait frappée d’illégitimité, non seulement aux yeux de la classe dirigeante, mais aussi auprès des classes moyennes désormais placées au centre du jeu politique. Pour convaincre, pensait-on, il fallait se montrer « raisonnable ».

    49-3 : LES CASSEURS SONT AU POUVOIR

    Du drapeau rouge au nez rouge du clown, la contestation est devenue gentillette. On demande pas grand-chose, on obtient encore moins, mais c’est mieux que rien. En France aujourd’hui, le mouvement contre la Loi Travail a déjà le mérite de secouer ce long renoncement.

    Dire ce que nous voulons, redessiner un futur, faire des rêves assez grands pour ne pas les perdre de vue quand nous courons derrière, CONTESTER SANS MODÉRATION ! 

    CONTESTER SANS MODÉRATION ! Entretien avec Pierre RIMBERT

    Un entretien de Daniel MERMET avec Pierre RIMBERT, journaliste au Monde diplomatique.

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