• Avec Jeanne d’Arc, Macron attend des voix

    Avec Jeanne d’Arc, Macron attend des voix

    CategoriesAvec Jeanne d’Arc, Macron attend des voix. Invité dimanche par le maire (LR) d’Orléans, l’ambitieux ministre de l’Economie a fait un parallèle entre son action et celle de la Pucelle, qui a «libéré les énergies». En toute modestie.

    Emmanuel Macron célébrant Jeanne la Pucelle devant les représentants du clergé, de l’armée et du peuple, face à une foule compacte d’Orléanais venus comme chaque année commémorer la libération de leur ville des Anglais, le rendez-vous était politiquement porteur. Le ministre de l’Economie qui, depuis le lancement, le 6 avril, de son mouvement En Marche !, ne rate pas une occasion de faire entendre sa différence, avait ce dimanche une opportunité unique de peaufiner son image de possible présidentiable face aux 70 journalistes photographes et cameramans qui avaient le déplacement.

    Invité à présider les fêtes johanniques par le député et maire LR d’Orléans, Olivier Carré, Macron a donc convoqué une des figures les plus partagées du récit national pour faire valoir sa lecture de l’histoire et de l’avenir. Mais le ministre de l’Economie a, cette fois, évité toute provocation à l’endroit du couple exécutif. L’ambition était là, mais en creux, explicitée avec précautions. Sans doute à raison : arrivé avec vingt minutes de retard sur le parvis de la cathédrale Sainte-Croix, le ministre a été salué par les applaudissements de la foule mais aussi des sifflets et des huées éparses. Le signe qu’à Orléans, la décision de cinq des sept parlementaires LR du département de boycotter cette année un cortège officiel emmené par un ministre dont ils disent désapprouver l’action, et dont le positionnement «ni droite ni gauche»ne les convainc pas, a trouvé quelque écho dans la population.

    «Flèche»

    Surtout, Macron est désormais sous étroite surveillance de l’Elysée, qui n’a que modérément apprécié d’apprendre que le ministre et ancien secrétaire général adjoint de l’Elysée ne se considérait pas comme l’«obligé» de François Hollande. «On lui a demandé de faire attention à ne pas porter atteinte à la cohérence de l’action, de ne pas prendre des positions à la perpendiculaire de l’exécutif, confie-t-on dans l’entourage du chef de l’Etat. On lui a aussi recommandé de ne pas apparaître comme individualiste ou non collectif.» L’allocution prononcée par le Président mardi 3 mai, au terme d’un colloque sur la gauche et le pouvoir, ne laissant plus guère de doute sur son intention de se représenter, l’injonction de l’Elysée au ministre valait avertissement.

    Pour Emmanuel Macron, l’exercice était donc sous lourde contrainte. C’est en usant d’un curieux parallélisme entre la Jeanne mythifiée et lui-même qu’il a fait valoir comment il convient, selon lui, de conjurer les trois doutes «sur le projet républicain, sur la possibilité de progrès pour tous et sur la force du projet européen» et autant de défis de notre époque. Ainsi, de Jeanne d’Arc, jeune paysanne qui, après avoir entendu des voix, rassemble une armée pour chasser les Anglais de France, Emmanuel Macron retient qu’«elle sent dès l’enfance l’influence d’une liberté», qu’elle n’est «pas née pour vivre mais pour tenter l’impossible». «Comme une flèche, sa trajectoire est nette, Jeanne fend le système, elle brusque l’injustice qui devait l’enfermer», ajoute le ministre qui ne renierait pas tel portait pour lui-même. De ces prédispositions, il tire une première leçon, lourde de menaces pour ses amis politiques : «La vie, c’est la puissance d’un destin, l’ordre des choses ne tient pas s’il est injuste.»

    «Vivante énigme» 

    Macron en vient à la deuxième leçon de Jeanne : «En libérant les énergies de tous, elle libère Orléans le 8 mai», dit-il en ajoutant que De Gaulle empruntera cette même voie en 1945. «Libérer les énergies»est précisément le leitmotiv du ministre depuis des mois… Mais «on ne peut rien faire seul. Il ne suffit pas d’être aimé des gens ou de les aimer, il faut leur faire confiance», ajoute le membre le plus populaire du gouvernement qui, au travers de son mouvement En Marche !, ambitionne de réveiller la société civile.

    La dernière leçon de la «vivante énigme» Jeanne, c’est d’avoir eu«l’intuition de l’unité de la France, de son rassemblement». Et le ministre de tirer la ligne jusqu’à aujourd’hui : «La France réussira si elle parvient à réunifier les France, celle qui croit en elle et celle qui doute.»En ce sens, pour lui, le rassemblant transpartisan est légitime :«A certain moment de l’histoire, il faut rassembler les énergies» de ceux qui croient «dans la France, dans sa force, dans l’esprit de justice et de progrès.»

    Le vœu est clair et le défi lancé. Il pourrait valoir au ministre un nouveau procès en égotisme. Emmanuel Macron le sait qui tente d’y couper court : «Il n’y a pas d’homme ou de femme providentielle, je n’y crois pas. Il n’y a que l’énergie du peuple.» Humilité feinte ou vraie profession de foi ?

    par Nathalie Raulin Envoyée spéciale à Orléans

    Illustration CC/flickr termes juridiques simples  Sans langue de bois

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