• Brexit: les indépendantistes écossais veulent défendre l’Europe, sans jouer sur les peurs

     

    Le logo de la campagne du SNP pour le « in »

    Le logo de la campagne du SNP pour le « in » 

    CategoriesBrexit: les indépendantistes écossais veulent défendre l’Europe, sans jouer sur les peurs. L’Écosse devrait être l’un des réservoirs de voix pour le maintien de la Grande-Bretagne dans l’UE, le 23 juin 2016. À tel point qu’une victoire du « Brexit » pourrait relancer le débat sur la tenue d’un second référendum sur l'indépendance et menacer la cohésion du Royaume-Uni.

    Vue du continent, la campagne sur l’appartenance de la Grande-Bretagne à l’Union européenne (UE) a été confisquée par les partis de droite. Sur les plateaux télé et dans les journaux, on n'entend qu’eux, ou presque. Il y a bien sûr la bataille entre David Cameron, le chef des Tories au pouvoir, et Nigel Farage, le patron du UKIP, cette formation antimigrants et anti-UE qui avait remporté les européennes de 2014. Mais surtout celle, plus sanglante encore (le Financial Times parle d’un « état de guerre civile »), au sein du parti conservateur : d’un côté, Cameron, pour le« Remain » (le maintien) et de l’autre, Boris Johnson, ex-maire de Londres, et Michael Gove, ministre de la justice, tous deux partisans du « Brexit » (la sortie).

    Cette omniprésence des figures de la droite dans le débat public s’explique en partie par la stratégie risquée du patron du Labour. Jeremy Corbyn, parce qu’il ne veut pas laisser le champ libre au UKIP dans la critique de l’UE, a choisi de faire profil bas pendant de longs mois (lire l’article de Mediapart) – ce qui fait dire à The Economist qu'il « sabote » (en français dans le texte) la dynamique du « Remain ». Il vient seulement, depuis samedi, de s'engager plus fortement contre le Brexit. Dans ce contexte, la campagne d’Écosse, l’une des quatre nations de la Grande-Bretagne, fait figure d’exception. Le Parti national écossais (SNP), ancré à gauche et qui domine la vie politique locale depuis quelques années, ne ménage pas ses efforts pour faire gagner le« Remain ».

    Avec les Lib-Dems, qui ont perdu en influence dans le débat public, le SNP est de loin la formation la plus proeuropéenne du pays. Pour mieux résumer, à gros traits, mieux vaut travailler avec Bruxelles qu’avec Londres. Si le résultat du référendum est difficile à anticiper au niveau national, l’Écosse (5,3 millions d’habitants, un peu plus de 8 % de la population du Royaume-Uni) devrait, quoi qu’il en soit, être l’un des réservoirs de voix du « Remain ».

    Pour l’indépendantiste Nicola Sturgeon, à la tête du gouvernement régional à Édimbourg, la séquence n’est pas exempte de risques. L’intéressée se retrouve à faire campagne dans le même camp que David Cameron, l’un de ses ennemis jurés… Elle fait donc tout ce qu’elle peut pour s’en détacher et incarner un « Remain » de gauche. On l’a vue batailler avec aisance sur le plateau d’ITV, la semaine dernière, affrontant Boris Johnson : « Franchement, je suis très inquiète de ce qui se passerait si nous sortions de l’UE avec un gouvernement conservateur aux pleins pouvoirs », lui a-t-elle lancé. Au maire de Londres, qui reprochait à l’UE de se transformer en« États-Unis d’Europe », elle a rétorqué que le Royaume-Uni était souverain, comme l’Allemagne ou la France, et que l’UE permettait de « travailler ensemble pour le bien de tous ». Elle assure aussi qu’une politique alternative à l’austérité de Cameron est tout à fait possible à Londres, tout en restant dans l’UE.

    Son prédécesseur à la tête du SNP, le très charismatique Alex Salmond (qui avait démissionnéaprès avoir perdu le référendum sur l’indépendance en 2014), s’est lui aussi lancé dans la bataille. Et il veut, comme il l’avait expliqué lors d’un déplacement à Bruxelles en mai, prendre ses distances avec une campagne « qui jusqu’à présent est, au mieux, puérile, au pire, étrangement alarmiste ». Lui refuse de surfer sur les peurs des citoyens – il vise tout à la fois les discours agressifs sur l’immigration de Farage et les scénarios économiques apocalyptiques de Cameron – et préfère… expliquer que l’Europe est capable d’apporter « solidarité et humanité »dans la crise des réfugiés. Il rappelle aussi aux « pères et mères de famille que c’est l’UE qui leur garantit un congé paternité ou maternité ». Pour lui, si la campagne de Cameron pour le « Remain » ne prend pas, malgré l’ampleur des soutiens, c’est qu’elle est bien trop négative.

    Sturgeon et Salmond défendent donc, non seulement l’indépendance de l’Écosse, mais aussi l’« interdépendance », selon leur formule, avec le reste de l’Europe (« L’indépendance et l’interdépendance vont ensemble »). Mais ces discours sur les bienfaits de l’UE sont-ils audibles aujourd’hui en Grande-Bretagne ? D’après le Guardian, la situation est assez nuancée sur le terrain. Lors du référendum de septembre 2014, ils étaient 45 % à avoir voté pour l’indépendance. Et sur ces 45 %, ils seraient aujourd’hui un tiers à pencher pour le « Brexit », à l’encontre de la consigne officielle du SNP… Le pari politique de Sturgeon et Salmond n’est donc pas sans risque. Et les adversaires écossais de l’UE pourraient défier les sondages (qui donnent aujourd'hui près de deux tiers des sondés pour le maintien).

    Aux élections de mai dernier pour le Parlement écossais, le SNP est sorti largement en tête. Mais sa victoire était « incomplète » : il n’était pas parvenu, contrairement à ce qu’annonçaient les études d'opinion, à conserver la majorité absolue qu’il avait décrochée en 2011 (et qui lui avait permis d’obtenir de Londres la tenue d’un référendum sur l’indépendance trois ans plus tard). Les conservateurs, emmenés par Ruth Davidson, ont repris des couleurs, après des années de basses eaux. Leur chef de file fait, elle aussi, campagne pour le « Remain », tout comme les principaux dirigeants du Labour écossais, très affaibli.Depuis leur défaite au référendum de 2014, Sturgeon et ses alliés avaient calmé le jeu, vis-à-vis de Londres, sur la question de l’indépendance. D’autant que la manne pétrolière, l’un des grands arguments des défenseurs de l’indépendance, a fondu, à cause de la baisse des cours de l’or noir. Mais certains observateurs, dans la capitale britannique, s’inquiètent désormais des effets d’un « Brexit » qui pourrait relancer la dynamique indépendantiste en Écosse.

    Dans un entretien à la BBC, en janvier dernier, Sturgeon elle-même avait averti : la sortie de la Grande-Bretagne, si l'Écosse vote au même moment pour le maintien, pourrait « déclencher un référendum ». Elle en avait rajouté une couche en mars, au congrès de printemps du SNP : l’Écosse « réagirait avec force » en cas de « Brexit », parce que cela se ferait « contre sa volonté ». Une rupture avec l’Europe, à ses yeux « démocratiquement injustifiable ». Depuis, Sturgeon est redescendue d’un cran. Comme le raconte The Times, elle se montre beaucoup plus prudente sur la question en fin de campagne. Selon le quotidien conservateur, le SNP sait qu’il n’a toujours pas de majorité sur la question au sein de la population écossaise, et qu’il n’a plus le droit à l’erreur – il n'y aura pas de troisième chance. En interne, beaucoup jugent que l’heure d’un second référendum n’est pas encore venue.

    D’autres éditorialistes soupçonnent tout de même Sturgeon de mener un double jeu : faire campagne pour le « Remain », a minima, tout en espérant une victoire du « Brexit », afin d’accélérer son propre agenda, celui d’une indépendance de l’Écosse… David Cameron, lui, n’a cure de ces calculs : il a repris l’argument écossais dans sa campagne, en le dramatisant au maximum. Pour lui, la victoire d’un « Brexit », il en est certain, provoquerait l’« éclatement » du pays. « On ne renforce pas un pays en le menant à l’éclatement », a une fois de plus mis en garde le chef du gouvernement lors d’un débat télévisé la semaine dernière.
    L’hebdomadaire The Economist n’a pas manqué de relever l’ironie de la situation : « Les partisans du Brexit, qui aspirent à l’indépendance de la Grande-Bretagne vis-à-vis de l’Union européenne, sont souvent les mêmes qui refusent avec véhémence d’envisager l’indépendance des nations vis-à-vis du Royaume-Uni. » Dans l’hypothèse d’une victoire du « Brexit » sur l’ensemble du territoire le 23 juin au soir, grâce aux voix des citoyens en Angleterre, et malgré la victoire du « Remain » dans les trois autres nations du pays – l’Écosse, l’Irlande du Nord et le pays de Galles –, c'est toute la cohésion du Royaume-Uni, déjà malmenée depuis les années 1970 et 1980, qui pourrait se trouver un peu plus mise à mal. 

    par Ludovic Lamant

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