• Colère des Espagnols contre leurs élus : « Pas de gouvernement, pas de salaire »

    Colère des Espagnols contre leurs élus : « Pas de gouvernement, pas de salaire »

    CategoriesColère des Espagnols contre leurs élus : « Pas de gouvernement, pas de salaire ». Après neuf mois sans gouvernement en Espagne, une pétition réclame que les députés et sénateurs cessent d’être payés « pour rien ». Un blocus politique qui coûte plus de 1,5 million d’euros par jour.

    (De Barcelone) Voilà neuf mois, presque jour pour jour, que l’Espagne estsans gouvernement. Une situation qui fatigue de plus en plus les Espagnols, déjà appelés deux fois aux urnes et qui s’apprêtent à vivre leurs troisièmes élections législatives en guise de cadeau de Noël.

    Mais au-delà du blocus politique, c’est une préoccupation d’ordre économique qui est venue perturber cette inhabituelle rentrée parlementaire.

    «  Depuis le 20 décembre 2015, nous parrainons 616 personnes (350 députés et 266 sénateurs)  », commence la pétition de Txerra Pardinas intitulée «  Pas de gouvernement, pas de salaire  ». Un slogan aux revendications explicites, repris sous forme de hashtag, qui a d’ailleurs été en « Trending Topic » durant toute une journée la semaine dernière en Espagne.

    Des dépenses « pour rien »

    Il faut dire que les chiffres ont de quoi mobiliser la population, lasse d’attendre une alliance peu-probable qui permettrait au pays de sortir de l’impasse dans laquelle elle est depuis 274 jours.

    Entre les salaires (comptez 4 000 euros en moyenne par parlementaire), les indemnités, les voyages et l’organisation des deux élections, des centaines de millions d’euros sont dépensés depuis neuf mois «  pour rien  », selon le créateur de la pétition.

    « Le congrès est vide de ses députés mais on continue à les payer 4 000 € par mois #PasDeGouvernementPasDeSalaire »

    Le 2 septembre dernier, Txerra Pardinas, 31 ans, responsable marketing digital, regardait la retransmission de l’échec du vote d’investiture de Mariano Rajoy, candidat de droite à la présidence du gouvernement (dont il assure l’intérim depuis neuf mois). Il raconte :

    « Une fois la session terminée, les députés se sont levés de leur sièges, se faisant la bise, tout sourire et moi je me suis demandé “Ils vont faire quoi de leurs journées maintenant  ?” »

    Près de 140 000 signatures

    Après avoir effectué quelques recherches et réalisé «  ce que [leur] coûte  » ces parlementaires, il a lancé la pétition sur la plateforme change.org. Elle est rapidement devenue virale et comptait, une semaine après sa création, plus de 100 000 signatures. La pétition résume :

    La pétition de Txerra Pardinas
     
    La pétition de Txerra Pardinas - Capture d’écran

    «  Nous exigeons que, jusqu’à ce qu’il y ait un gouvernement, les parlementaires cessent de recevoir le salaire que nous leur payons pour faire un travail qu’ils ne font pas [...] C’est ce qu’il y a de plus juste et responsable. »

    Aujourd’hui, elle en compte près de 140 000 et, double ironie du sort, elle sera bientôt déposée au Congrès des députés devant lequel passe Txerra tous les jours pour aller travailler.

    «  Je suis passé devant ce matin d’ailleurs, les portes étaient ouvertes mais il n’y avait personne. Je me demande ce qu’il s’y passe ces jours-ci… Peut-être qu’ils utilisent l’endroit comme un espace de coworking ? »

    Salaires, indemnités chômage, voyages

    Sur sa pétition, Txerra évoque les salaires des députés et sénateurs «  de presque 30 millions d’euros par an  » ainsi que les 600 000 euros de dépenses en voyages à l’étranger, mais il reste assez loin du total de ce que ces derniers mois ont réellement coûté aux Espagnols.

    Aux salaires des députés et sénateurs, il faut ajouter les indemnités dites «  de transition  » – comprenez «  indemnités chômage pour parlementaires  » – que les politiques perçoivent s’ils en font la demande, dès la dissolution des chambres et jusqu’à leur réélection.

    Concrètement, du mois de mai au mois de juillet dernier (période de campagne électorale, nouvelles élections et constitution des chambres), seuls 26 députés sur 350 ont renoncé à leurs indemnités chômage après l’échec de la législature la plus courte de l’histoire du pays  : 111 jours. Le total des salaires et indemnités pour les députés et sénateurs dépasse les 24 millions d’euros pour ces neuf mois.

    Plus cher que le transfert de Pogba

    Mais les parlementaires ne sont pas les seuls à être payés, leurs partis également reçoivent des subventions en fonction de leur représentation aux différentes chambres. Ces subventions s’élèvent à plus de 10 millions d’euros pour le moment.

    Quant aux frais de factures d’électricité, d’eau ou de téléphones, ils atteignent un total de plus de 37 millions d’euros. Et aux 600 000 euros de frais de voyages à l’étranger (qui ne représentent que le premier trimestre de l’année), il faut y ajouter près de 4 millions de déplacements nationaux.

    Et n’oublions pas qu’organiser des élections à un coût  : environ 130 millions d’euros chaque fois, auxquels s’ajoutent les près de 50 millions pour les frais de campagne des partis politiques.

    L’Espagne a donc dépensé 387 millions d’euros depuis décembre dernier, selon les chiffres officiels. L’équivalent de la coupe dans le budget de la santé publique espagnole effectuée de 2014, plus cher qu’un avion Rafale, trois fois le prix du transfert de Pogba à Manchester United. Soit 1,5 million d’euros par jour, depuis décembre.

    Malgré le buzz, le Madrilène n’a guère l’espoir que sa pétition soit entendue dans les hautes sphères politiques.

    «  Je ne crois plus en la politique espagnole mais je mise sur le peuple et le bruit que cela peut faire, les politiques finiront par avoir honte de nous coûter si cher. »

    Agenda parlementaire bien vide

    Contactés par Rue89 pour répondre à quelques questions sur le sujet, les parlementaires – tous partis confondus – sont restés muets malgré les nombreuses relances.

    Alors que les partis traditionnels optent plutôt pour le silence radio, les autres expliquent que «  les agendas de nos parlementaires sont complets cette semaine  ». Un agenda pourtant vide selon le propre site du parlement espagnol.

    Seul le parti de centre-droit Ciudadanos, quatrième force au Congrès, a répondu depuis la boîte mail de son cabinet de presse. Dans deux courts paragraphes, le parti explique :

    • qu’il «  comprend la colère des Espagnols pour le blocus politique » ;
    • mais que ses députés «  préparent le travail législatif, se réunissent avec la société civile et répondent au mandat que les citoyens leur ont donné  ».

    Reste à savoir si, en cas de nouvelles élections en décembre prochain, les Espagnols puniront leurs élus pour leur inaction. Selon le dernier sondagede Metroscopia pour El País, si de nouvelles élections se tenaient en décembre, elles enregistreraient le plus haut taux d’abstention de l’histoire : 37 %.

    par Elise Gazengel, journaliste

    Illustration CC/flickr termes juridiques simples  Sans langue de bois

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