• Colère des policiers : un étrange leader, même pas policier et proche du FN

    CategoriesColère des policiers : un étrange leader, même pas policier et proche du FN. Depuis une semaine, il est de tous les rassemblements de policiers à Paris, ou presque, il court les caméras et les micros. Problème : ce porte-parole autoproclamé n'est même pas policier. Et cet employé de la grande distribution est proche du Front national selon Olivier Boy de France TV Info.

    Il s'appelle Rodolphe et depuis une semaine, il s'affiche en première ligne à tous les rassemblements de policiers à Paris. Il est même à l'origine de certains appels à manifester. Son nom apparaît dans les textos qui circulent. Il court les micros et les caméras pour tenter de s'imposer comme leader, ou au moins comme porte-parole des manifestants. 

    Pourtant, cet homme n'est pas du tout policier. Il ne l'a d'ailleurs jamais été. C'est ancien adjoint de sécurité a raté les concours en 2012 et depuis, il travaille dans la grande distribution et a créé une association de défense de la police.

    Leader sans légitimité

    Deuxième élément important : l'homme serait proche de l'extrême droite. Son nom apparaît sur la liste Front national dans le 18e arrondissement de Paris, lors des élections municipales de 2014. Lui jure qu'il s'agit d'un homonyme.

    Contacté par nos soins, l'homme reconnaît qu'il n'est pas policier, affirme se sentir proche du mouvement mais annonce son intention de s'en désengager. C'est une demande qui lui a été faite : beaucoup de policiers, de bonne foi, découvrent en effet, effarés, que leur porte-parole autoproclamé n'est, en fait, même pas un de leurs collègues.

    Un policier de Bordeaux témoigne : "On ne veut pas être pris pour des imbéciles"

    La grogne monte chez les policiers de France. Un agent de la brigade anti-criminalité (BAC) de Bordeaux nous raconte son quotidien selon Sud ouest.

    Par souci d'anonymat, nous l'appellerons Serge. Ce quadragénaire, policier "depuis plus de vingt ans", est aujourd'hui membre de la Brigade anti-criminalité (BAC) de Bordeaux. Il a d'abord exercé son métier en région parisienne avant de s'installer depuis plus de dix ans dans la capitale girondine.

    Comme ses collègues, mobilisés depuis le début de la semaine dans de nombreuses villes de France, Serge est désabusé. En colère même. Contre la justice, contre sa hiérarchie, contre l'impunité présumée dont jouissent les délinquants, contre l'absence de soutien qu'il dit ressentir dans l'exercice, toujours plus complexe, de sa profession. "J'aime toujours mon métier", affirme-t-il néanmoins.

    Son mal-être est pourtant palpable, reflet d'un "ras-le-bol" que le policier ne veut plus garder pour lui. S'il a choisi de témoigner, c'est pour faire connaître la réalité de son quotidien. Un témoignage édifiant, presque un appel à l'aide, entre frustration quotidienne et besoin de changement.  

    Vivre avec le danger

    "La peur, on la ressent plus ou moins selon la ville où l'on est mais on sait que ça peut frapper partout maintenant. Même à Bordeaux, on n'est pas à l'abri d'un attentat terroriste, les autorités le savent. Le métier de "baqueux" (agent de la BAC, NDLR) est dangereux, quelle que soit la ville, même si Bordeaux est moins dangereux que Paris dans le sens où le phénomène de violence urbaine n'est pas à la même échelle qu'en région parisienne.

    Mais quand on est en BAC, il n'y a pas de ville dans laquelle on peut se dire 'je ne suis pas en danger'. C'est la même chose pour les agents de police secours. C'est un métier où on risque sa peau." 

    "L'hostilité" des citoyens

    "Il y a une hostilité vis-à-vis de nous de plus en plus grande. Quand tout le monde nous a applaudis après les attentats, on savait, au sein de nos rangs, que ça n'allait pas durer. On sait comment les gens réagissent. Le citoyen lambda a affaire une dizaine de fois à la police dans sa vie.

    "C'est typiquement Français"

    Nous sommes, dans la police, le reflet de la société et, il ne faut pas se raconter d'histoire, il y a des gens très bien chez nous mais il y en a d'autres qui le sont moins. Donc le citoyen qui va se faire arrêter dix fois, s'il tombe sur deux collègues qui ne se comportent pas bien, il ne va retenir que ces deux là et oublier les huit autres. C'est typiquement Français."

    Des priorités à revoir

    "Les gens nous parlent souvent du code de la route et ça nous fait très mal. Car quand on voit la non-rigueur qu'il y a dans le cas des délinquants communs et la rigueur absolue qui s'applique aux délits liés au code de la route, ça interpelle.

    Parfois, on manque de moyens, de matériel, et on nous dit qu'il n'y a plus de budget. Par contre, la voiture radar qui vaut 70 000 euros, elle, elle entre dans le budget. Elle est amortie très vite et rapporte de l'argent tandis que nous, en BAC… Il faut savoir que quand on arrête quelqu'un, il a droit à un avocat, un médecin et un coup de téléphone. Tout ça coûte de l'argent. Donc le calcul est vite fait. Nous, on coûte de l'argent quand on arrête quelqu'un tandis que la voiture radar rapporte rapidement…

    "La mauvaise personne est bien celle qui va agresser"

    Même s'il ne faut pas oublier que les véhicules sont plus performants qu'avant, cette stratégie de sécurité routière marche et les chiffres de la mortalité sur la route baissent grâce à l'application d'une tolérance zéro. Tandis que nous, en droit commun, quand on arrête des multirécidivistes, qui agressent, ils sortent trop rapidement !

    J'ai vu le cas d'un jeune qui a fait des conneries pendant sept nuits d'affilée et à chaque fois qu'on l'a attrapé, il était relâché… Donc il ne faut pas se tromper. Entre quelqu'un qui roule à 56 km/h au lieu de 51 et quelqu'un qui va agresser une personne, dans le fonds, la mauvaise personne est bien celle qui va agresser." 

    Une justice trop laxiste ?

    "Cette hostilité vis-à-vis de nous est liée au fait que la justice ne fait pas son travail. Les gars en face, on les arrête et deux ou trois jours après, et je suis gentil en disant deux ou trois, on les retrouve dehors. Donc déjà les individus se rendent comptent qu'ils ne risquent rien et en plus, ils font les cadors au sein de leur cité en disant qu'ils sont dehors alors qu'ils ont mis un flic au pas… Ils passent pour les héros de la cité.

    "La sanction doit être dure et nette"

    De la part de la justice, il faut plus de fermeté par rapport à ce genre de personne et aussi une fermeté absolue par rapport aux agressions commises contre les forces de l'ordre. Celui qui agresse les forces de l'ordre sait bien qui il agresse, que c'est une institution et qu'il risque gros s'il tape dessus. Doncimaginez ce qu'il fera s'il est face à un citoyen lambda ! Il va être encore plus violent car il y a moins de risque. Du coup, il faut vraiment montrer que quand on s'attaque aux forces de l'ordre, la sanction doit être dure et nette. 

    Par rapport à la magistrature, les collègues se disent qu'on ne vit pas sur la même planète. Les magistrats ne connaissent pas vraiment notre métier, ne sont pas dans le feu de l'action. Ils sont déconnectés.

    Quand on leur présente les gens dans leur bureau, ils sont beaucoup plus calmes que devant nous, disent qu'ils ont été frappés et que nous sommes des menteurs. Et certains les croient et mettent en doute ce que l'on rapporte ! S'il y a plainte, l'IGPN (la police des police, NDLR) enquête et on peut mettre en doute nos propos… On met notre parole en porte-à-faux par rapport à des délinquants, des gens pas crédibles qui peuvent avoir bu ou pris de la drogue ! Parfois, on se demande où on est..."

    Un sentiment d'impunité chez les délinquants

    "Durant les manifs de la loi travail, on voyait bien la haine dans le regard de certaines personnes. On sentait que si l'occasion de venir vous faire mal gratuitement se présentait, si ça dégénérait, il n'allait pas hésiter longtemps… Il y a aussi un certain laxisme car on est dans la politique du tout correct, que les manifs ne doivent surtout pas dégénérer.

    Nous, dans les manifs, on sait dès le début où sont les casseurs. Si les pouvoirs politiques le voulaient vraiment, on aurait isolé le groupe ciblé et la manifestation se serait bien passée. Mais on est dans le "surtout pas de vagues"… ça ne fait pas bien aux infos donc on laisse faire…

    "La police n'est pas crainte du tout et à juste titre"

    Il y a un dicton chez nous qui dit "pour être respecté, il faut être craint". La police n'est plus crainte du tout et à juste titre. Elle est crainte par les honnêtes citoyens et sûrement pas par ceux qui devraient la craindre. On est beaucoup dans la passivité. On préfère avoir dix fonctionnaires blessés dans une manifestation plutôt qu'une image à la télé d'un fonctionnaire qui met une gifle. Sans montrer bien sûr qu'il en a pris pendant une heure avant, qu'il a pris des cailloux, des coups de pieds, etc. Le policier reste un être humain, il ne faut pas l'oublier.

    Nous, on n'a pas de filtre. La réalité, on la voit en direct. On prend tout en pleine gueule, on est en première ligne. Quand on arrive sur une agression, face aux victimes, qu'elles sont amochées, qu'on attrape l'auteur, on est content, il y a la satisfaction d'arrêter l'auteur, on se dit qu'on a fait quelque chose de bien. Et quand le lendemain on retrouve l'auteur dans la rue, qu'il vous rigole au nez, car c'est ce qui se passe, que voulez-vous dire… Si on donne trop d'importance à ça, on arrête le métier…

    "Il y a 20 ans, ça ne se passait pas comme ça"

    Avec cette impunité, pour les jeunes en face, c'est devenu un jeu. Ils picolent, passent la soirée, voient une voiture de police et se disent "allez, on va lui jeter des cailloux". Le temps que les collègues se rassemblent, que la hiérarchie en réfère au dessus, se demande ce qu'il faut faire, ils nous balancent des choses dessus car on ne charge pas…

    Il y a 20 ans, ça ne se passait pas comme ça. Les collègues descendaient, disaient de se calmer et si le gars continuait, il prenait un coup. La fois suivante, quand il voyait la patrouille, il se disait qu'il valait mieux la fermer. Attention, je ne fais pas l'apologie de ce travail-là car il y a eu des abus à une époque. Mais beaucoup de collègues sont d'accord pour dire qu'avant c'était trop dans un sens et maintenant c'est trop dans l'autre. Il faut trouver un juste équilibre."

    Une hiérarchie plongée dans les chiffres

    "Notre ras-le-bol concerne aussi notre hiérarchie. Depuis des années, il y a eu des réformes et aujourd'hui, les patrons de la police ne sont plus des fonctionnaires de police mais des gestionnaires. Autrefois, ils connaissaient le métier de policier. Désormais, il faut que leurs statistiques soient bonnes et quand elles le sont, ils ont des primes. Donc il nous mettent la pression pour que les chiffres soient tenus car on leur met la pression. C'est valable à chaque échelle : le préfet à une prime et je crois que c'est aussi valable au-dessus… Et nous, pendant ce temps-là, on touche des clopinettes. 

    La hiérarchie ne prend pas ses responsabilités. Les responsables ne veulent pas qu'il y ait de vagues pour que leur carrière se passe comme il faut. Au bout du compte, il ne faut pas perdre de vue que le fonctionnaire qui risque sa vie, ce n'est pas le commissaire de police mais le gardien de la paix. Nous, on veut bien risquer notre vie mais derrière, on ne veut pas être pris pour des imbéciles."

    "Ras-le-bol" et lassitude

    "Ce ras-le-bol est latent depuis quelques temps. Dans l'histoire des mouvements policiers, il y a toujours un moment tragique à l'origine. Là, il y a de l'accumulation depuis les attentats de Charlie Hebdo, de Paris, de Nice,… On a ajouté à ça Vigipirate à son niveau maximal, puis les manifestations contre la loi El Khomri et l'Euro, qu'on a fini éreintés. Et là, on a des collègues qui se font brûler dans une voiture… C'est une accumulation de choses qui font qu'on a décidé d'agir.

    "Il y a des collègues qui pensent à changer de métier"

    Il y a des collègues qui pensent à changer de métier. Je connais peu d'entre eux, chez ceux qui ont des enfants, qui les inciteraient à devenir policiers… A l'époque, quand je suis entré dans la police, il y avait beaucoup de fils de collègues, les papas étaient contents que leurs enfants entrent dans la police, c'était une sorte de fierté, ça permettait de passer le flambeau. Aujourd'hui, je n'en connais pas un qui dit 'je veux que mon fils devienne policier'. C'est plutôt le contraire, ils veulent qu'ils fassent autre chose…

    Personnellement, j'aime toujours mon métier mais pour continuer, il faut faire abstraction de la suite donnée à ce qu'on fait. Si on s'intéresse et si on donne de l'importance aux suites judiciaires données à nos arrestations, alors on arrête de suite le métier. " 

    Un mouvement téléguidé par le FN ?

    "La rumeur d'un mouvement orchestré par le Front national fait sourire tout le monde chez nous. C'est ridicule. Je ne sais quelle est l'origine de cette info mais franchement, c'est ridicule et impossible. C'en est risible tellement c'est ridicule. C'est nous faire offense de penser qu'on se laisse manipuler. Le mouvement est parti de la base, aucun parti ni syndicat n'a initié le mouvement. Ceux qui pensent que c'est vrai doivent aller consulter."

    Les policiers veulent se défendre

    "Le texte actuel concernant la légitime défense est fait de telle manière que grosso modo, quand on est en situation de légitime défense, si celui en face ne vous loupe pas, vous êtes mort. Le cas de Viry-Chatillon illustre bien le propos. Je suis persuadé que les collègues dans le véhicule, qui se sont retrouvés coincés, on dû se poser la question de savoir s'il fallait leur tirer dessus. Mais il y a une telle culture de la non-bavure policière que beaucoup ne sortent pas l'arme.

    "On souhaite une présomption de légitime défense"

    Je sais, et on se le dit entre nous, que des collègues se sont retrouvés dans une réelle situation de légitime défense et qu'en raison de cette peur par rapport à l'usage de l'arme, ils sont posés la question et ce temps d'hésitation a pu leur être fatal. Dans ce type de situation, il ne faut pas hésiter.

    Ce qu'on veut, c'est un assouplissement. On souhaite une présomption de légitime défense. Lors des manifs de 2005, les CRS se sont fait tirer dessus. L'administration s'est félicitée et a même décoré un officier car il a donné l'ordre aux collègues qui se faisaient tirer dessus de ne pas utiliser leur arme de service… On n'est quand même pas là pour se faire tirer dessus gratuitement ! Il y a une culture dans l'administration de la non-utilisation de l'arme parce qu'il ne faut pas faire de vagues… Nous, on voit juste que notre intégrité physique est menacée."

    «Le problème n'est pas une question de moyens»

    Dans la nuit de jeudi à vendredi, François Hollande a annoncé qu’il recevrait les syndicats en début de semaine prochaine. Certains d’entre eux peinent à croire qu’un compromis sera trouvé.

    Après une quatrième nuit de manifestations spontanées dans plusieurs villes de France, François Hollande a annoncé dans la nuit de jeudi à vendredi qu’il recevrait les syndicats de policiers « en début de semaine prochaine » relate LOUP ESPARGILIÈRE de Mediapart. « Il est très important que nous puissions donner une perspective et une réponse immédiate, et donc que les policiers sachent bien que le gouvernement et le président de la République sont dans une démarche de dialogue », a-t-il déclaré en marge d'un sommet européen à Bruxelles.

    Sa promesse fait suite à la demande d’audience lancée par une union intersyndicale de policiers rassemblant, parmi d’autres, Synergie officiers, Alliance police nationale, l’UNSA police, le Syndicat indépendant des commissaires de police (SICP) ou encore leSyndicat des commissaires de la police nationale (SCPN).

    Face à des manifestants qui réclament une hausse des moyens matériels et humains, le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve s’est fendu le même jour d’une lettre, dans laquelle il se veut conciliant : « Vous demandez des moyens, nous vous les donnons. Vous demandez du soutien, il vous est acquis. » Il ajoute : « Je comprends votre colère. La réponse pénale doit bien entendu être à la mesure de la gravité des faits. [...] Tout comme moi, les Français mesurent les conditions éprouvantes dans lesquelles vous accomplissez vos missions », faisant écho aux accusations récurrentes, dans les cortèges, de laxisme de la justice envers les délinquants.

    « Ça ne suffira pas, a rétorqué vendredi matin au micro d’Europe 1 Patrice Ribeiro, secrétaire général de Synergie officiers, classé à droite. Et d’ailleurs, Bernard Cazeneuve le sait, ainsi que le garde des Sceaux [Jean-Jacques Urvoas] que nous avons rencontré avant-hier[mercredi]. Il s’agit aujourd’hui d’une urgence nationale, c’est le plus haut personnage de l’État qui doit prendre des décisions. » Au cours de l’entrevue annoncée avec François Hollande, il compte porter les « revendications majeures » de l’intersyndicale, en l’occurrence, des« modifications législatives sur la légitime défense, les règles d’engagement des armes et sur le rétablissement des peines planchers pour les agresseurs de policiers et des services de secours ».

    Au sujet de la réponse pénale à apporter face à des « gens ensauvagés, qui bénéficient d’un sentiment total d’impunité », comme les dépeint Patrice Ribeiro, le ministre de la justice Jean-Jacques Urvoas s’est exprimé dans une interview donnée au quotidien La Croix. « Ils ont aussi une incompréhension par rapport aux décisions judiciaires, mais cela relève en réalité d’un manque d’information : les policiers n’ont aucun moyen de savoir ce que deviennent les personnes qu’ils interpellent. Je me suis donc engagé d’abord à leur fournir les chiffres des peines prononcées pour des agressions sur les forces de l’ordre, chiffres qui montrent que les sanctions sont beaucoup plus sévères que pour des agressions sur des personnes non dépositaires de l’autorité publique. »

    Autre proposition avancée par le ministre : l’instauration au niveau local d’« une forme d’information entre les parquets et les commissariats, pour que les policiers sachent les suites données à leurs interpellations. Ils verront alors que le sentiment d’impunité des délinquants, qu’ils dénoncent, ne correspond pas à une réalité ».

    « Je ne lui fais aucune confiance, tempête Philippe Lopez, secrétaire général du syndicat UNSA officiers (gauche), interrogé par Mediapart.On peut faire dire ce qu’on veut aux chiffres. J’ai envie de dire au garde des Sceaux : “Très bien, on dit des bêtises ? Mes collègues qui battent le pavé, ils disent des mensonges ? Je pense à l’adjoint de sécurité, ce qui lui est arrivé, on l’a inventé ?” » Très remonté face à l’impuissance du personnel politique, il ne se fait que peu d’illusions quant à l’issue possible des discussions avec François Hollande.

    « J’attends que le président de la République prenne conscience de l’ampleur du problème. Je suis déçu des mesures annoncées par le ministre de l’intérieur, mais aussi tous les faux débats. On essaie de détourner le problème vers des problématiques de moyens : locaux et parc automobile vétustes, gilets pare-balles usés. Je ne nie pas qu’il y ait des manques de moyens. Mais mes collègues dénoncent le fait qu’ils en ont marre que des individus les agressent en toute impunité et aujourd’hui les tuent. » Il ajoute : « Il faut arrêter de traiter les symptômes sans s’attaquer à la maladie. On nous propose des combinaisons ignifugées contre les cocktails Molotov. Et quand ils viendront avec des chars d’assaut, il faudra réfléchir à une combinaison capable d’y résister ? »

      A Paris, le 20 octobre. © Taranis News 

    Jeudi soir, ce sont environ trois mille policiers qui ont manifesté dans vingt-cinq villes françaises, selon Reuters, citant une « source proche de la police nationale ». Sur la place Bellecour de Lyon, le plus gros contingent, soit huit cents personnes, au lendemain de l’attaque de huit policiers de la Brigade anticriminalité « par une quarantaine de jeunes »du quartier des Minguettes, dans la ville voisine de Vénissieux. Ils ont ensuite battu le pavé de la rue de la République avant d’atteindre le parvis de l’hôtel de ville au son de La Marseillaise et de slogans tels que « Falcone, démission », du nom du directeur général de la police nationale. Des rassemblements similaires ont eu lieu à Paris, Marseille, Toulouse, Bordeaux, Brest, Nice, Strasbourg ou encore Belfort, où comme le raconte L’Est républicain, près de la moitié des effectifs de la ville s’était donné rendez-vous devant le commissariat.

    Comme d'autres organisations syndicales, l'UNSA-Officiers n’entend pourtant pas se joindre aux cortèges improvisés, ni à la « marche de la colère » du 26 octobre, « par respect pour cette initiative », explique Philippe Lopez. « Étant donné que ce mouvement est né de manière spontanée, nous estimons qu'organiser maintenant une manifestation serait de la récupération syndicale. » Pour autant, il soutient ces manifestants.« Évidemment ! lance-t-il. Certains se paient le luxe de tuer [les policiers] sauvagement sur la voie publique ? On n’a pas le droit de lever le petit doigt pour dire : “Il y en a marre, il faut que ça s’arrête” ? » 

    Quand bien même ces cortèges, qui ne déposent pas de demandes en préfecture, voient défiler certains policiers masqués, d’autres en uniformes, parfois munis de leur arme de service. « Il faut bien qu’à un moment donné, ça sorte, répond Philippe Lopez. Et quand ça ne sort pas par les voies naturelles… Ça pose la question de la légitimité syndicale, j’invite certains de mes collègues à se poser des questions. Quand vous n’avez plus le relai attendu par ceux qui doivent vous représenter, vous prenez d’autres chemins. »Pour l’heure, les syndicats Alliance police nationale et UNSA-Police appellent désormais à des rassemblements silencieux devant les palais de justice tous les mardis, à partir de 13 heures.

    Illustration CC/flickr termes juridiques simples  Sans langue de bois

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