• Convention de «La France insoumise» Mélenchon expérimente d’autres formes de participation politique

    Convention de «La France insoumise» Mélenchon expérimente d’autres formes de participation politique

    CategoriesConvention de «La France insoumise» Mélenchon expérimente d’autres formes de participation politique. Le candidat à l’élection présidentielle réunit un millier de partisans dans le Nord ce week-end pour définir collectivement son programme…

    Jean-Luc Mélenchon semble avoir flairé quelque chose dans l’air du temps. Le candidat à l’élection présidentielle 2017 organise ce samedi et dimanche à Saint-André-lez-Lille (Nord) la convention de « La France insoumise », son mouvement hors parti lancé en février via un site internet participatif. Car c’est l’idée de ce projet : faire en sorte que les sympathisants du député européen soient partie prenante de l’élaboration de son programme, dans des conditions atypiques. 

    Ainsi, sur le millier de personnes qui se réunissent à côté de Lille ce week-end, 650 ont été tirées au sort parmi les 130.000 inscrites sur la plate-forme web du candidat. Ils réfléchiront et débattront au cours d’ateliers et de tables rondes, loin du format classique d’un meeting politique. A l’issue de ces deux jours, une synthèse de l’ensemble des propositions devrait déboucher sur un texte de 357 mesures, explique Charlotte Girard, maîtresse de conférences en droit public et coordinatrice du projet avec l’économiste Jacques Généreux : « L’idée est de poursuivre la dynamique en cours depuis le lancement de la campagne, en espérant un élargissement du mouvement. C’est là que l’idée d’un mouvement interactif fait sens : nous nous appuyons sur les nouvelles technologies pour rendre effective une participation qui n’aurait pu se construire que sur plusieurs années. »

    Nuit debout en exemple

    Si le tirage au sort n’est qu’une « expérimentation » dans le cadre du mouvement, le procédé est lié à l’origine de la démocratie, analyse Yves Sintomer, sociologue et politiste auteur de Petite histoire de l’expérimentation démocratique (éd. La Découverte) : « C’est innovant dans les conditions actuelles, mais ça s’inscrit dans une très longue tradition démocratique et républicaine en Occident, à Athènes, à Rome ou dans la République florentine. Un exemple récent : les Irlandais ont voté par référendum une révision de leur Constitution introduisant le mariage pour tous, sachant que cette proposition de réforme avait été émise par une assemblée citoyenne composée aux 2/3 de personnes tirées au sort. »

    Un tirage au sort comme dans la démocratie athénienne et des tables rondes pour réfléchir au projet : bien que « La France insoumise » ait été lancée avant, l’organisation de la convention rappelle le phénomène Nuit debout, place de la République à Paris. « Le projetd’assemblée constituante que défend Jean-Luc Mélenchon est la clé de tout, rappelle Charlotte Girard. C’est l’élément qui permet de déverrouiller le système et de restituer au peuple sa part de pouvoir. L’idée démocratique part de là, mais on ne peut pas nier que l’on a regardé avec beaucoup de bienveillance Nuit debout parce qu’on avait sous nos yeux, en actes, l’exigence d’un changement, d’un nouveau mode de circulation de la parole. C’est précurseur de ce que l’on aimerait voir advenir si on accède au pouvoir. »

    De Mélenchon à Macron

    Mais les électeurs français sont-ils vraiment demandeurs de plus de démocratie participative ? « Il y a tout un tas d’initiatives depuis une dizaine d’années dans la vie politique française (Désir d’avenir de Ségolène Royal en 2007, le mouvement En marche d’Emmanuel Macron) qui montrent que les partis politiques traditionnels ne se portent pas très bien. Les citoyens voudraient que les représentants aient prise sur la réalité, et dans le même temps il y a une tendance de fond dans les démocraties avancées à la prise de parole par les citoyens. C’est un effet de l’élévation du niveau d’éducation », confirme Bruno Cautrès, chercheur au CNRS et membre du Cevipof.

    Ce besoin d’horizontalité aurait été bien compris par Mélenchon, selon lui, car le phénomène ne se limite pas qu’aux débats politiques : « La tendance à l’horizontalité est un phénomène majeur des sociétés développées depuis quelques décennies, et pas seulement en politique : dans le monde du travail, il n’y a plus un chef de service qui peut dire « j’ai raison car je suis le chef ». Il doit expliquer, justifier ses décisions. »

    « Un réservoir de mobilisation »

    D’où l’apparition d’un mouvement comme Nuit debout. Charlotte Girard a vu les réussites mais aussi les échecs du phénomène : « Par où doit passer cette énergie pour se concrétiser et être plus que la formulation d’un potentiel ? La structure d’un parti n’est pas forcément ce qui manque. "La France insoumise" n’en est d’ailleurs pas un, c’est un entre-deux et c’est peut-être ce qu’il faut. Nous ne pouvons pas encore en être sûrs, mais on ne peut pas nier qu’il y a une correspondance entre les aspirations qui se sont exprimées à Nuit debout et un projet comme le nôtre. »

    « La différence énorme est que Nuit debout était un mouvement extra-institutionnel, informel, fondé sur les réseaux sociaux. Là on a affaire à une candidature à l’élection présidentielle, le cœur de l’institution politique française », tempère Yves Sintomer. Mais Bruno Cautrès pense que le transfert est possible : « Mélenchon voit bien qu’il y a là un réservoir de mobilisation qui peut être sensible à son discours, et malgré son image de gauche orthodoxe – il vient du PS, il a été le chef du Parti de gauche en alliance avec le Parti communiste – il n’est pas le plus mal placé pour se positionner sur ce créneau. »

    Samedi 15 octobre 2016 à partir de 13h30, suivez en direct la Convention de la France insoumise à Lille. Un évènement inédit tout au long duquel vous pourrez intervenir en direct sur Twitter avec le hashtag #LilleFi. Rejoignez la France insoumise sur : http://www.jlm2017.fr. Aidez à financer l'évènement sur : https://dons.jlm2017.fr.

    Discours de Jean-Luc Mélenchon à Lille en clôture de la convention de la France insoumise

    par Olivier Philippe-Viela

    Illustration CC/flickr termes juridiques simples  Sans langue de bois

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