• Des coulisses et des scènes

    Des coulisses et des scènes

    CategoriesDes coulisses et des scènes. Je vais donner des nouvelles de la campagne commencée depuis le 10 février dernier avec ma « proposition » de candidature. Je le ferai en racontant les coulisses de nos actions et en expliquant celles qui sont en cours.

    Mais je vais évoquer surtout un thème que j’ai à cœur depuis des mois au Parlement européen, celui des fameux glyphosates, substances cancérigènes en vente libre et en consommation forcée. Vous savez que je n’ai jamais abusé ici des alertes que je lance. Sur les dossiers qui ne passionnaient personne en leur temps comme les dossiers Alcatel, Alstom et quelques autres, j’ai argumenté et documenté ici sans relâche. Je ne crois pas avoir fait perdre leur temps à ceux qui m’ont suivi alors. Je vais donc raconter ici une visite faite dans le lieu incroyable où l’accès aux documents sur ce dossier des glyphosates a été « autorisé ». Un récit rare : à l’heure où j’écris deux personnes seulement y sont allées. Dont celle qui renseigne ce chapitre de mon post, mon assistante Aigline De Causans, heureusement docteur en psychologie sociale, ce qui lui évite de se rendre malade dans cette circonstance Kafkaïenne. 

    Coulisses de campagne

    On peut dire que notre rentrée politique est un succès. Honneur à l’équipe des bénévoles qui ont assuré une impeccable tenue de route dans la mise au point et la mise en œuvre du plan de marche. Après la conclusion de la caravane d’été des insoumis à Bègles, le pique-nique de Toulouse fut une belle réussite à tout point de vue. L’enchaînement avec la participation à la fête de l’Huma en dépit de toutes les embûches, l’épisode de l’interview dans Gala sur la sortie des protéines carnées et le moment réussi de l’émission « On n’est pas couché » ont formé une séquence bien heureuse. Le prochain rendez-vous du mouvement est connu : c’est la convention de la France insoumise qui aura lieu à Lille les 15 et 16 octobre. Ce sera un moment important pour faire finaliser la première grande étape de notre programme et pour le transmettre, en quelque sorte, à l’ensemble des citoyens. J’y reviendrai de façon particulière car ce sujet nous mobilise depuis bientôt sept mois et il a mis au travail beaucoup de monde.

    « On n’est pas couché » portait bien son nom ce soir-là. Vu de mon côté, en tant qu’individu observant autant que participant, le moment marquant (parce que totalement inhabituel) de cette séquence fut l’enregistrement de cette émission. Je ne dis rien de son contenu ni de ceux qui s’y trouvaient puisque j’en étais. J’en parle ici comme observateur d’un évènement qui se déroulait sous mes yeux. C’est une situation passionnante d’observer une équipe de professionnels au moment où elle joue de gros enjeux. Pour eux, c’était une première que cette émission à diffuser en début de soirée et à rediffuser le dimanche après-midi. Tout y était à inventer. Le public prévisible à vingt heures cinquante n’est pas le même que celui habituellement réuni vers onze heures du soir et jusqu’à une heure du matin. La rediffusion  du dimanche après-midi lance d’autres défis encore car c’est encore un autre public qui arrive.Sous cette pression, une foule de professionnels sont sur le pied de guerre en coulisse et sur le plateau.  On essuie les plâtres.

    L’enregistrement dura cinq heures. Vous avez bien lu. Une première dans ma vie militante que cette interview à…. 1 heure du matin. Merci à l’agressivité de Vanessa Burggraf qui me tint en alerte, tandis que les yeux me piquaient de la sueur et du maquillage qui avaient dégouliné sous mes lunettes. Sans oublier la séquence jubilatoire « Donnez un chiffre ! Donnez un chiffre » sans qu’on sache un chiffre de quoi. Avec cette répartie d’anthologie : « mais monsieur Mélenchon les chiffres précis c’est très important il y a déjà deux mille cent mille milliards de dette ». J’ai déjà raconté comment je crus rejouer une scène déjà bien connue. Peut-être qu’un jour j’accèderai de cette façon à un retour aux « tontons flingueurs »  à propos d’une gnole à la pomme : «  de la pomme y en a » ! Ce soir-là il y en avait aussi c’est certain !

    Mais le plus impressionnant de toute cette situation, le plus scotchant c’est évidemment le comportement absolument inaltérable de Laurent Ruquier, pendant cinq heures, dans le rôle de chef d’orchestre. Alors qu’il n’a pas eu davantage que la pause de cinq minutes concédée à tous vers minuit, pas un décrochage d’attention, toujours à la pointe sur le contenu de ses fiches, et ayant visiblement lu et vu tout ce dont il parlait, d’humeur joyeuse égale, enfin d’une courtoisie constante avec chacun. Comment fait-il ? Vous me direz : et les autres ? Car comment tiennent sans faille ceux (celles) qui s’occupent du son, de la lumière, du maquillage, de la sécurité que sais-je encore ! Et, bien sûr, celles (ceux) qui assurent la réalisation et toutes ces parties du travail qui donnent ensuite le produit fini. À ce moment-là on touche bien du doigt combien une émission de divertissement de ce type, à cheval sur la détente et la réflexion suggérée aux spectateurs est un travail très complexe, riches d’un nombre incroyable de contributions professionnelles très hautement qualifiées.

    En sortant j’ai demandé à ceux qui décâblaient le plateau s’ils étaient payés en heures sup. C’était le cas. Peut-être tout cela m’est-il revenu à l’esprit parce que se trouvait sur le plateau un de mes (rares) anciens élèves du lycée national du bois à Mouchard dans le Jura, Pierre Cotton, et que cela me replongea dans l’ambiance qui était la mienne pendant ces années de jeune professeur en lycée technique, puis de ministre de l’enseignement professionnel. En rentrant – si tard – chez moi après l’émission tandis que l’adrénaline retombait dans mes veines, je me promis de reprendre mon livre L’Ecole globale, publié en 2001, pour en tirer quelque chose de publiable de nouveau. Je me demande quand j’aurai le temps de reprendre ça sérieusement.

    À la fête de l’Humanité, je marchais en terrain miné. Le site de Paris Match a raconté comment, dans la semaine, le stand du PG avait été vandalisé à deux reprises. Nous savions parfaitement qu’il s’agissait d’éléments isolés nullement représentatifs. Mais leur audace et leur sentiment d’impunité nous faisait réfléchir. Leurs actes sont à nos yeux les produits d’une ambiance, et nous devions en tenir compte. Le jour même de ma présence annoncée à la fête et la veille, des dirigeants communistes avaient repris sur les ondes la campagne si personnalisée qu’ils mènent contre moi depuis sept mois sans relâche. Sa caractéristique est de n’avoir aucun contenu politique. Elle finit donc par n’être qu’une façon de chauffer à blanc les passions malsaines et les pulsions violentes. Ainsi d’André Chassaigne sur le thème si finaud « on ne va pas aller manger le quinoa dans la main de Mélenchon ». Et Olivier Dartigolles inventant une nouvelle polémique sur le thème « il ne veut pas nous rencontrer ». J’en passe.

    En tous cas l’équipe de la fête a jugé la situation assez préoccupante pour transférer ma traditionnelle tente de repos et d’accueil vers un lieu mieux protégé qu’à l’accoutumée, vers le poste de police et celui de coordination technique. Je renonçais à ma nuit dans le camping-car sur les conseils de notre propre équipe de sécurité. Enfin on décida de réduire ma présence sur place au seul samedi et de ne prévoir aucun de ces déplacements dans les stands que j’aime pourtant tellement faire depuis onze ans que je le pratique sur place. Bref : on craignait un incident, devinant combien d’énergumènes politiques et médiatiques s’en régaleraient, et combien il nuirait à l’image des communistes autant qu’à la mienne. Le moment de vérité c’était évidemment le passage à l’Agora du journal L’Humanité pour une interview publique. On déploya pour le trajet d’amples mesures de précautions dans une ambiance que je jugeais bien trop tendue et pesante mais dont je comprenais trop bien l’utilité.

    Sur place, je fus fraternellement accueilli par Patrick Le Hyaric et Patrick Apel-Muller directeur et rédac chef deL’Humanité. Puis, une fois monté sur la scène, ce fut un moment magique. L’accueil fut tout simplement extraordinaire et me fit oublier en vingt secondes les vingt heures de tergiversations et palabres de toutes sortes pendant lesquelles beaucoup des miens écœurés s’étaient même interrogés sur l’utilité de ma présence à La Courneuve. Le soir venu, j’offrais donc un petit pot amical dans le petit espace de ma tente ! Marie-George Buffet et Brigitte Dionnet qui m’avaient déjà accueilli le matin à mon arrivée y vinrent, comme le maire de la Courneuve, et bien d’autres élus communistes. D’ailleurs dans la nuit précédente étaient arrivés plusieurs parrainages communistes s’ajoutant aux trente cinq communistes déjà signataires. Et le midi, j’avais reçu pour un entretien Le Patriote, journal communiste de l’Ariège, et L’Echo du centre.

    Pierre Laurent vint à mon invitation avec Isabelle de Almeida. Ce qui nous vaut une photo bien ballots tous deux mains jointes mais ce n’était pas pour autre chose que pour tenir notre verre de rouge du Jura. Pour moi une « rencontre » au sens officiel traditionnel n’avait aucun sens dans une période où la direction communiste entretient une confusion irrespirable entre ma candidature et celles des personnes engagées dans les primaires d’autres partis. Aussi bien, quel sens aurait-elle aussi longtemps que les communistes n’ont pas engagé leur procédure interne de choix de candidature qui commencera le 5 novembre prochain jusqu’au début décembre ? Surtout quand le choix hostile des dirigeants m’est connu d’avance. Néanmoins il n’était pas question pour moi de contribuer à l’atmosphère personnelle déplorable qui a été délibérément  créée. Mon invitation sans prétention à lever le verre ensemble visait donc à ne pas donner prise davantage aux vilenies en cours. Je sais tout ce que cette sorte de diplomatie a de dérisoire. Mais il faut y sacrifier.

    J’avais cependant une grosse amertume. En 2011, après un mois et demi de négociations, du 18 juin, jour du vote des communistes, au 12 août, nous avions bouclé le programme L’Humain d’abord. Et la Fête de l’Huma avait été le moment de lancement de la campagne sur la scène centrale ou je me trouvais, tenant à la main un exemplaire du programme tout frais imprimé et tout juste livré. À présent, nous avons perdu beaucoup de temps. Et le temps perdu ne se rattrape guère comme dit la chanson. Nous avons aussi perdu une belle occasion de donner à la Fête une application politique concrète aidant la campagne engagée maintenant depuis sept mois. Mais du moment qu’une pause dans les attaques personnelles est observée, fusse le temps d’un modeste pot à la fête c’est déjà ça de gagné.

    Les pauvres ! J’ai dit à Toulouse dans mon discours de pique-nique « il faut que quelqu’un parle des pauvres dans cette campagne présidentielle ». J’ai donc commencé dans mon discours à la Fête de l’Humanité. Une fois de plus le stand du Parti de gauche qui m’avait invité était trop petit pour accueillir tous ceux qui voulaient m’écouter et on déborda joyeusement et largement dans l’allée. Une situation bien inconfortable, il faut le dire, car cette année nous nous trouvions en face d’un stand d’auto-tamponneuses et derrière la petite scène des concerts. J’avoue qu’entre le vacarme et la chaleur de fournaise sous ce chapiteau, j’eus bien du mal à ne pas perdre le fil de mon discours. Mais cela va donner des photos comme les adorent les médias, ruisselant de sueur et la voix forcée. Qui n’a déjà vu depuis un an celle où, avec la barbe et levé à six heures du matin pour une rencontre avec Varoufakis, j’ai l’air engageant d’un « SDF à la recherche d’un abri » comme le note la fachosphère qui s’en régale.

    Mes camarades du Parti de Gauche avaient tout calculé et organisé avec efficacité comme d’habitude, main dans la main avec l’équipe de campagne. Pourtant, la chaîne BFM qui avait prévu de me retransmettre interrompit sa diffusion essayant à sept reprises de rétablir le contact si bizarrement perdu, disait-elle. Madame Le Pen, diffusée quelques jours auparavant, n’avait pas eu à souffrir des mêmes difficultés techniques. Ceci dit, ce discours sur la pauvreté a été prononcé. Et la bonne surprise ce fut d’entendre le lendemain Manuel Valls dire que sans doute la question de la pauvreté serait celle qu’il faudrait traiter dorénavant. Un après l’autre nous parviendrons à faire entrer dans le débat public nos thèmes là où les autres rêveraient de ne parler que de religion et d’identité.

    ceta accord ue canada melenchon

    Finalement, le fameux traité transatlantique, le TAFTA, sera-t-il oui ou non conclu ? Les positions du gouvernement français ont été une série de virevoltes incohérentes et contradictoire.  Le lundi, Hollande et Fekl étaient contre. Le vendredi, le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault disait le contraire et Pierre Moscovici en rajoutait dans ce sens.  Mais pendant cette agitation, un autre projet de grand marché transatlantique est en cours. Il s’agit du CETA (Comprehensive Economic Trade Agreement) ou, dit en français : Accord Économique et Commercial Global (AÉCG). Il s’agit d’un très vaste accord commercial négocié entre le Canada et l’Union européenne. Mais savez-vous que cette négociation est commencée depuis 2009 ?  Depuis sept ans, qui en a parlé publiquement parmi les hauts responsables du pays ?

    Les prises de position vis à vis du CETA permettent d’évaluer sérieusement le degré d’hypocrisie de ceux qui prétendent s’opposer au TAFTA. Car quand certains dirigeants européens font semblant de s’inquiéter de l’état des négociations avec les USA dans le cadre du TAFTA, c’est pour mieux vanter le CETA. C’est ce qu’a fait Sigmar Gabriel, Ministre de l’économie allemande en condamnant le TAFTA. Pourtant le CETA est l’exacte réplique du TAFTA. Il vise à réduire les barrières non tarifaires aux échanges entre l’UE et le Canada. Et cela inclut tout ce que nous rejetons avec le TAFTA. Car il inclut toutes les conséquences que nous condamnons : l’abaissement des normes environnementales avec l’importation de pétroles de schistes, le refus de reconnaître l’Indication Géographique Protégée (IGP) européenne. Seules 10% des IGP européennes sont reconnues. Tout le reste pourra être imité sous le même nom sans infraction !

    On dirait que le CETA sert de crash-test au TTIP. D’ailleurs, le projet a dû être remanié à la marge et dans l’urgence au vu des oppositions. Ainsi sur les aspects liés à la protection des investissements. Les fameux tribunaux d’arbitrage initialement prévus, exactement comme dans le TAFTA, ont été remplacés depuis peu. Cette fois-ci, il s’agit d’installer une « Cour sur l’investissement » (ICS). Mais au-delà du vocabulaire le mécanisme reste le même.

    Et le même flou règne sur la procédure de ratification. Après avoir été considéré juridiquement comme un accord « non-mixte » par la Commission européenne, c’est à dire relevant uniquement des compétences de l’Union, Juncker a finalement concédé ce statut « d’accord mixte ». On ne pouvait mieux montrer combien l’interprétation des textes est plus politique que juridique. Donc, ce statut « mixte » oblige à une ratification pays par pays, avec consultation des parlements nationaux ou référendum. Mais Junker précise que les parties de l’accord considérés par lui comme non-mixtes pourront être mise en œuvre sans attendre la décision des parlements nationaux… Incroyable mais vrai. En bref, selon Junker, le CETA passera, quoi qu’il arrive, quelles ques soit les oppositions. Telle est « l’Europe qui nous protège ».

    Les petits secrets du glyphosate bon pour la santé

    Déjà, il faut trouver le bâtiment où est cette pièce où l’on a déposé les documents « ouverts au public ». Puis il faut remplir des papiers et permettre que ceux qui vous autorisent à entrer utilisent vos données personnelles. Puis il faut déposer tout appareil électronique à l’accueil, téléphone portable et stylos inclus. Puis une fois ouverte la porte fermée à clef en permanence, il est possible de consulter les documents sur un ordinateur sans connexion à l’internet et sans prise USB. Et le tout sous le contrôle d’un agent de sécurité !

    Mais de quoi s’agit-il ? Quel secret est là ? C’est tout simplement le dossier des études faites pour conclure que les glyphosates ne sont pas des substances cancérigènes. Une conclusion qui a permis à la Commission européenne de prolonger l’autorisation d’utilisation de ces substances dans l’agriculture alors même que tant d’études et de mise en garde dénoncent ces produits comme hautement toxiques pour la santé humaine et animale. Comment est-on arrivé là ?

    Les substances chimiques employées dans l’agriculture sont soumises à une autorisation de mise sur le marché par l’Union européenne. Ces autorisations doivent être renouvelées périodiquement, pour prendre en compte l’évolution des connaissances scientifiques à leur sujet. Ce fut le cas pour la molécule du glyphosate, largement employée dans l’agriculture industrielle, et dont l’autorisation arrivait à expiration en juin dernier.

    Le processus d’évaluation a déjà de quoi interroger. La décision de renouvellement est prise au sein  de la Commission européenne, par la sous-composante « phytopharmaceutique »,  du comité d’étude Plantes, Animaux, Nourriture et Aliments. Celle-ci est placée sous la tutelle de l’Agence Européenne de sécurité des Aliments. Elle fonctionne en produisant un rapport d’évaluation de renouvellement. La rédaction de ce rapport a été confiée à l’Allemagne, via son institut fédéral d’évaluation des risques, le BfR. Or, les représentants de l’agrochimie, demandeurs du renouvellement, regroupés au sein du  Glyphosate Task Force (GTF) – bonjour l’appellation pour un lobby – ont alors fourni au BfR une compilation de milliers de pages « d’études scientifiques ». Et parmi celles-ci les études confidentielles réalisées par l’industrie. Alors l’institut allemand a pris ce document comme base pour constituer le dossier d’évaluation. Et donc, sans surprise, dans son rapport d’évaluation en vue du renouvèlement, il a repris les conclusions du rapport du lobby des glyphosates. Il a conclu que « la classification et l’étiquetage pour la cancérogénité n’est pas jugée appropriée ».

    À son tour, donc, l’agence européenne reprend à son compte les conclusions du BfR. Elle affirme à son tour  à l’intention des décideurs européens que le glyphosate « n’est probablement pas cancérogène ». Or, en mars 2015, le Centre International de recherche sur le Cancer (CIRC), agence de l’Organisation mondiale de la santé, avait annoncé le contraire. Il considère le glyphosate comme probablement cancérigène pour l’Homme. En accord avec le règlement européen sur les pesticides 107/2009, le glyphosate ne devrait  donc pas être autorisé.

    Cet avis dérangeant pour le lobby des glyphosates a donné un débat « pseudo-scientifique » alimenté par la firme Monsanto mettant en cause la validité des études du CIRC. Et peu importe qu’elles soient basées sur des données scientifiques publiques et réalisées par des experts reconnus. Tandis que le lobby refusait de donner accès à ses études sous prétexte de « secret des affaires » et de la « propriété intellectuelle ». Mais la mobilisation citoyenne contre le glyphosate a eu son effet. La Commission européenne fait mine de réclamer la publication de ces études par la voix de son commissaire européen à la santé et la sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis. Nouveau refus du lobby.

    Après de nombreux reports, la décision de renouveler l’autorisation du glyphosate, pour 18 mois seulement, est finalement prise en juin 2016, dans l’objectif de prendre le temps de procéder à une réévaluation de la molécule.

    Au cœur de l’été, le lobby accepte enfin de permettre la consultation de ces études. Mais à certaines conditions. Une « reading room » est mise en place par lui à Bruxelles. J’ai décrit ce qu’elle est. À ces conditions, pour la période de « consultation » limitée du 28 août au 30 octobre, le risque de voir les citoyens s’immiscer dans le débat public est faible. C’est surement ce sur quoi pariait le lobby en acceptant finalement de dévoiler ces études, plus de 4 mois après qu’elles lui ont été demandées. Et, d’ailleurs, 10 jours après l’ouverture de cette salle de lecture, 2 personnes seulement ont demandé à y avoir accès ! L’une des deux est mon assistante, je l’ai dit !

    Pour ceux qui n’auront pas le courage de se rendre dans ce grand immeuble impersonnel du quartier européen de Bruxelles, voici ce que l’on y trouve. Les 71 études dévoilées sont évidemment toutes rédigées en anglais. Elles sont présentées sous la forme de PDF plus ou moins lisible, de tailles variables (de 20 pages à plus de 1 000 !). Elles se décomposent en plusieurs types d’études : la génotoxicité de la molécule est étudiée à la fois in vitro à travers l’application du test AMES  (23 études), l’étude de l’altération chromosomique (5 études), la mutation génétique (3 études), la recombinaison génétique (1 étude), les effets sur la synthèse de l’ADN (1 étude) et in vivo par l’étude des aberrations chromosomiques (1 étude), les doses limites de toxicité (2 études), et les tests micronucleus (18 études) dont les noms d’auteurs ont étrangement été masqués. Il va sans dire que toutes ces études, rassemblées par le lobby du glyphosate concluent par une absence de génotoxicité. Pour elles, le glyphosate ne compromettrait pas l’intégrité physique ou fonctionnelle du génome. Cependant, la cytotoxicité (toxicité pour les cellules) n’est pas écartée pour autant. C’est dire qu’il y a une limite à la complaisance même pour des études sous influence.

    Puis viennent les études sur des doses répétées infligées pendant 1 an sur une population de malheureux rats. Et les études de « long-terme » du même genre appliqué à des souris (6 études). Et enfin les études de « long terme » sur les rats (7 études). On note que le lobby a jugé nécessaire de masquer certaines informations sur ces études observant les effets de la molécule dans le temps (1 an ou plus). Ainsi sont masquées l’identité des auteurs, du laboratoire en charge des mesures, parfois est masqué jusqu’au titre orignal de l’étude ! Si bien que, au final, sur les 71 études, seuls 22 auteurs sont révélés en ce qui concerne la génotoxicité. Pourquoi ?

    On observe que certains des auteurs sont soupçonnés par la communauté scientifique de ne pas répondre aux exigences de validité et de fiabilité qu’impliquent de telles études. Ainsi Keith Fluegge, qui signe deux des études compilées par le lobby, s’est vu refuser ses publications sur le glyphosate par PLOS ONE. Cette revue scientifique de haut niveau, à comité de lecture, libre d’accès et sous Licence Creative Commons, a jugé que ses études ne correspondaient pas aux critères de qualité de la revue en raison de son « manque de rigueur » et de la « surévaluation des conclusions »…

    Ces études sur le « long terme » sont par ailleurs un peu décevantes sur le fond. Si elles concluent unanimement à une absence nocivité de la molécule, il faut d’abord s’interroger sur les protocoles mis en place. En premier lieu, les études dites de « long terme » ne durent que 2 ans, sûrement beaucoup à l’échelle de vie d’un rat, mais bien trop court pour observer une réelle dégénérescence des organes ou l’apparition de tumeurs. Ces temps d’expériences ne reflètent surtout pas les conditions d’exposition réelle des humains à cette substance tout au long de la vie (soit 70 ans). De plus, les cohortes de rats testés ne comportent jamais plus de 50 individus par conditions, ce qui constitue des échantillons assez faibles. Et compte tenu des traitements infligés à ces animaux, on constate une importante mortalité des sujets durant l’étude. D’ailleurs, même dans le cas des animaux non-exposés au glyphosate, la mortalité défigure l’échantillon et diminue encore la fiabilité statistique  des résultats obtenus. D’ailleurs, si au final les études n’observent pas de différence significative de mortalité entre les animaux exposés au glyphosate et ceux étant épargnés, d’autres signes d’atteintes physiques sont tout de même évoqués selon les cas : dégénérescence ophtalmologique, acidification de l’urine, perte de poids, dont on ne peut démêler s’il s’agit du stress des mauvais traitements ou de « l’étude » réalisée…

    En fait, pour comprendre l’unanimité de ces études, il faut s’interroger sur leurs commanditaires. L’indépendance scientifique ne peut exister sans indépendance économique. Or, parmi les « sponsors » de ces études, on retrouve Monsanto (entreprise États-Unienne spécialisée dans le glyphosate via son produit phare le Roundup) pour le financement de 14 études, Zeneca (multinationale britannique spécialisée dans l’agrochimie et aussi, ironiquement, dans le traitement du cancer) pour 4 études, Cheminova (entreprise danoise spécialisée dans les produits phytosanitaires) pour 7 études, Nufarm Asia (société agrochimique australienne, spécialisée dans les herbicides) pour 7 études, HELM do brasil Mercantil (société allemande, spécialisée dans les produits chimiques pour l’industrie pharmaceutique et agricole) pour 2 études, Hoechst (groupe chimique et pharmaceutique allemand) pour 2 études, Sankyo (groupe pharmaceutique japonais) pour 4 études, Mastra industrial (groupe agrochimique malaisien) pour 1 étude, Feinchemie Schwebda (groupe de chimie allemand) pour 4 études, Syngenta (société suisse de chimie et d’agroalimentaire) pour 1 étude, Industrias Afrasa (groupe espagnol de produit phyto sanitaire) pour 1 étude.

    Ainsi sur les 71 études présentées, 47, au minimum, ont été financées directement par l’industrie agrochimique. Et évidement les « scientifiques » embauchés par les firmes produisant et commercialisant le glyphosate, pour prouver scientifiquement la non-toxicité du glyphosate, peuvent être considérés comme « sous influence », non ? Au final, en juin dernier, la demande des marchands de glyphosate de renouveler l’autorisation du glyphosate a été acceptée, sur la base d’études produite par ces mêmes marchants de glyphosate. Vive « l’Europe qui nous protège » !

    L’argent, problème de campagne. Dons populaires, la solution.

    dons-melenchon

    Notre campagne doit franchir un obstacle autant matériel que politique : son financement. L’insoumission à un coût : ne pouvoir compter que sur nous-mêmes pour organiser et financer notre campagne présidentielle. C’est une question vitale. Notre campagne repose uniquement sur vos dons. De votre appui financier dépend notre capacité à agir librement. « Un sou mis pour être insoumis » comme l’ont résumé en un jeu de mots mes facétieux camarades.

    Les campagnes électorales coûtent de plus en plus cher. C’est presque devenu un privilège de riches. Local, meetings, équipe de campagne etc. Les frais chiffrent vite. Sans compter les surcoûts engendrés par l’état d’urgence et ses exigences sécuritaires. Le recours à une société agréée pour fouiller les entrées lors du meeting du 5 juin et les mesures de sécurité imposées nous ont coûté 30 000 euros de surcoût. Sans cette dépense, nous n’aurions pas été autorisés à tenir notre rassemblement. Mais avec elle, c’est une partie du budget de la première phase de campagne qui est partie plus tôt que prévu.

    Pour le premier tour de l’élection présidentielle, les candidats peuvent dépenser jusqu’à 16,5 millions d’euros. La moitié de ce montant, soit environ 8 millions d’euros, est remboursable par l’État pour les candidats qui dépassent les 5%. Tous les sondages nous donnent largement au-dessus de ce seuil et le résultat de 2012 également. On peut donc penser qu’on sera remboursé. Le problème n’est donc pas là. Le problème, c’est que les banques refusent tout prêt tant qu’elles ne sont pas assurées que nous aurons les 500 parrainages d’élus nécessaires pour pouvoir être effectivement candidat. La collecte des promesses de parrainages d’élus avance. Mais c’est une tâche rude et chronophage. En attendant : pas de prêt possible. Le verrouillage politique des appareils dans la collecte des parrainages vise à nous étrangler financièrement autant qu’à nous empêcher d’exister politiquement. C’est pour cette raison notamment que nous sommes obligés de faire payer les tracts et affiches que vous commandez depuis le premier jour. Nous veillons à chaque dépense pour avancer jusqu’au bout.

    La campagne de dons est donc une campagne politique à part entière. Elle va monter en puissance en tant que telle. Depuis le début, il est possible de faire un don ponctuellement. Mais depuis quelques jours, vous pouvez aussi vous engager à faire un don chaque mois. C’est vous qui choisissez évidemment le montant. De notre côté, cela nous donne un peu de visibilité sur les rentrées à venir. C’est décisif pour pouvoir planifier nos événements à l’avance et donner un peu de visibilité aux insoumis qui mettent leur carrière entre parenthèse pour animer nationalement la campagne ainsi qu’aux prestataires avec qui nous travaillons. Si vous voulez financer la campagne de la France insoumise, vous pouvez le faire en donnant en ligne sur le site jlm2017.fr.

    Mais il est aussi possible de donner par chèque à l’ordre de l’AFCP JLM2017 (association de financement de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon 2017). Les chèques sont à envoyer à l’adresse AFCP JLM2017, 6 bis rue des Anglais, 91 300 MASSY. Dans les deux cas, chacun peut donner au total dans la campagne 4600 euros au maximum. Ca laisse de la marge n’est-ce pas ? Et seules les personnes physiques peuvent financer une campagne : il est interdit par exemple pour les associations ou les entreprises de faire des dons à une campagne électorale.

    Pour être tout à fait honnête, je dois souligner aussi l’apport du Parti de Gauche. Je le mentionne pour dire combien être « hors cadre de parti » n’empêche pas les partis d’aider quand ils le veulent. Mais le PG ne roule pas sur l’or et n’a pas de compte à Panama. En tout cas, nous n’avons pas l’intention de dépasser les plafonds de dépenses autorisés par la loi comme Nicolas Sarkozy est accusé de l’avoir fait pour sa campagne de 2012. Et je n’ai pas l’intention non plus d’aller quémander l’obole de la finance comme Emmanuel Macron à Londres ces jours-ci. Il paraît qu’il a le soutien de 2000 financiers et banquiers. Quoi de plus étonnant pour un énarque parti pantoufler à la Banque Rothschild il y a quelques années ? La finance reconnaîtra les siens. D’autres ont aussi besoin d’argent pour financer leur campagne des primaires et créent des micros partis pour cela comme Benoît Hamon et son indépassable « Elpis ».

    Dans son livre Le piège des primaires, mon porte-parole Alexis Corbière démontre implacablement que l’argent est la principale arme des candidats aux primaires. En 2011, dans la primaire socialiste, le score de chacun des trois premiers candidats était strictement proportionnel à son budget de campagne. Autre coïncidence frappante, le ratio de chacun est strictement identique : 0,24 euros par voix obtenue ! Pour gagner, il faut payer, voilà aussi l’une des implacables logiques de la primaire.

    De notre côté, nous n’avons pas d’amis à la City ! Emmanuel Macron se vante donc d’avoir 2000 donateurs. Nous en avons 14 000. Je ne sais pas combien lui donne chacun de ses riches amis. Les insoumis eux, donnent en moyenne 23 euros chacun. C’est quasiment identique à la moyenne des dons que recevait Bernie Sanders dans la campagne des primaires aux Etats-Unis : 27 dollars. Bien sûr certains donnent moins, d’autre plus, chacun selon ses moyens. Mais la moyenne parle pour nous : c’est par notre nombre que nous finançons notre campagne. C’est pour cette raison qu’il est possible de faire des dons de seulement quelques euros.

    Mais si chacun s’y met, on y arrivera. Ils ont des millions mais nous sommes des millions. L’adage commence à se vérifier. Tranquillement mais fermement.

    par Jean-Luc Mélenchon

    Illustration Scéne  Sans langue de bois

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