• Des menaces pour la démocratie

    Des menaces pour la démocratie

    CategoriesDes menaces pour la démocratie. Déjà pour le  49.3 : un rude coup porté à la démocratie que la presse européenne se désole de la méthode employée par le gouvernement français. Et prédit des lendemains qui déchantent à François Hollande et à son équipe selon le courrier international.

    49-3 : LES CASSEURS SONT AU POUVOIR

    Syndicats et étudiants se disent trahis, le patronat déçu. Et la démocratie française a du plomb dans l’aile. Avant l’adoption de la loi Travail, la presse dresse un portrait sans concessions du système politique hexagonal, à un an de l’élection présidentielle.

    En Allemagne, la Frankfurter Allgemeine Zeitung est consternée. “Nul gouvernement n’a le droit de gouverner sans le peuple, écrit le quotidien conservateur. Tout démocrate doit souffrir en voyant cela. Et le fait que le gouvernement français ait ainsi ignoré, depuis 1958,  les représentants du peuple 80 fois n’aide en rien. Qui se sert d’un tel article d’étranglement avoue sa faiblesse.”

    “France arrogante et bouffie d’orgueil”

    En Italie, le journal financier Il Sole-24 Ore se désole que cette réforme, qui à ses yeux s’imposait, ait été réduite à la portion congrue, et que le gouvernement n’ait eu d’autre choix que de recourir au 49.3. La réforme française a souvent été comparée au Jobs Act italien, que Renzi a également fait passer en engageant la confiance de son gouvernement – ce qui est en train de devenir la façon normale de légiférer en Italie : en un peu plus de deux ans de gouvernement Renzi, on en est à 54 lois passées de cette façon.  

    Qui l’eût cru ? Qui aurait pu imaginer qu’un jour la classe dirigeante de cette France arrogante et bouffie d’orgueil aurait regardé avec admiration ce qui se passe de l’autre côté des Alpes, chez ses cousins pauvres ? C’est pourtant ce qui s’est passé ces dernières semaines”, avec le projet de réforme du code du travail, qui, “dans sa version initiale, a été rebaptisé un peu rapidement ‘jobs act à la française’”. 

    CategoriesUne version initiale qui, au pays des 35 heures et de l’hyperpouvoir de chantage des syndicats (qui ont pourtant le nombre d’adhérents le plus faible d’Europe occidentale), aurait représenté une véritable révolution. Et une adaptation, enfin, d’un système archaïque et ankylosé aux exigences des entreprises.”

     Londres, The Guardian s’inquiète de la façon dont François Hollande va pouvoir survivre à sa dernière année de mandat : “L’utilisation de la tactique constitutionnelle musclée [le 49-3] va certainement continuer de saper un peu plus la position de Hollande auprès des électeurs de gauche, dont il a pourtant cruellement besoin s’il veut se lancer dans une course crédible à sa réélection.” 

    Echange d’amabilités 

    La France est-elle dans une situation si grave que même les personnages de fiction se ruent à son chevet ? C’est ce que raconte le site Politico : “Ce n’est pas tous les jours qu’un Premier ministre se dispute avec un personnage de série télévisée. C’est pourtant ce qui est arrivé à Manuel Valls [le 11 mai], qui a échangé des amabilités avec [le compte Twitter fictif de] Frank Underwood, le dirigeant politique antihéros de la série House of Cards, au sujet de sa décision de passer en force pour imposer sa loi Travail au Parlement, sans débat.”  

    “@Manuel Valls La démocratie est surfaite” a tweeté le compte officiel de la série de Netflix, un message agrémenté de la vidéo d’un Underwood souriant.

    Réplique du Premier ministre français qui, sans se démonter, cite Winston Churchill : “Cher Frank, la démocratie est la pire forme de gouvernement, à l’exception de toutes les autres. Ne l’oublie jamais !”

    Ce que voulait vraiment dire Churchill avec son «La démocratie est le pire des systèmes...». Le discours du dirigeant britannique est plus complexe que ne le laissent entendre ceux qui utilisent sa phrase, comme Manuel Valls relate Jean-Marie Pottier.

    «La démocratie est le pire des systèmes, à l'exclusion de tous les autres.» Signé Winston Churchill, cet aphorisme est un des plus inusables du débat politique. Manuel Valls s'en est resservi, mercredi 11 mai, dans un échange étonnant avec... le compte Twitter de la série de Netflix House of Cards:

    49-3 : LES CASSEURS SONT AU POUVOIR

    La citation est très connue, son contexte méconnu. Quand Winston Churchill prononce cette phrase, il n'est pas, comme on pourrait le croire, le dirigeant tout-puissant d'une démocratie britannique qui a gagné la Seconde Guerre mondiale face aux dictatures, mais un leader déchu: il la lance en effet le 11 novembre 1947 à la Chambre des communes alors qu'il n'est plus «que» leader de l'opposition, après avoir été, à la surprise générale, largement battu lors des législatives de juillet 1945 par le travailliste Clement Attlee. Il reproche alors à un gouvernement qui s'enfonce dans l'impopularité de chercher à diminuer les droits du Parlement en amenuisant le pouvoir de veto de la Chambre des Lords, la deuxième Chambre du Parlement:

    «Comment l'honorable gentleman conçoit-il la démocratie? Laissez-moi la lui expliquer, M. le président, ou au moins certain de ses éléments les plus basiques. La démocratie n'est pas un lieu où ou obtient un mandat déterminé sur des promesses, puis où on en fait ce qu'on veut. Nous estimons qu'il devrait y avoir une relation constante entre les dirigeants et le peuple. "Le gouvernement du peuple, par le peuple, pour le peuple": voilà qui reste la définition souveraine de la démocratie. [...] Démocratie, dois-je expliquer au ministre, ne signifie pas "Nous avons notre majorité, peu importe comment, et nous avons notre bail pour cinq ans, qu'allons-nous donc en faire?". Cela n'est pas la démocratie, c'est seulement du petit baratin partisan, qui ne va pas jusqu'à la masse des habitants de ce pays. 

    [...] 

    Ce n'est pas le Parlement qui doit régner; c'est le peuple qui doit régner à travers le Parlement. 

    [...] 

    Beaucoup de formes de gouvernement ont été testées, et seront testées dans ce monde de péché et de malheur. Personne ne prétend que la démocratie est parfaite ou omnisciente. En effet, on a pu dire qu'elle était la pire forme de gouvernement à l'exception de toutes celles qui ont été essayées au fil du temps; mais il existe le sentiment, largement partagé dans notre pays, que le peuple doit être souverain, souverain de façon continue, et que l'opinion publique, exprimée par tous les moyens constitutionnels, devrait façonner, guider et contrôler les actions de ministres qui en sont les serviteurs et non les maîtres. 

    [...] 

    Un groupe d'hommes qui a le contrôle de la machine et une majorité parlementaire a sans aucun doute le pouvoir de proposer ce qu'il veut sans le moindre égard pour le fait que le peuple l'apprécie ou non, ou la moindre référence à sa présence dans son programme de campagne. 

    [...] 

    Le parti adverse doit-il vraiment être autorisé à faire adopter des lois affectant le caractère même de ce pays dans les dernières années de ce Parlement sans aucun appel au droit de vote du peuple, qui l'a placé là où il est? Non, Monsieur, la démocratie dit: "Non, mille fois non. Vous n'avez pas le droit de faire passer, dans la dernière phase d'une législature, des lois qui ne sont pas acceptées ni désirées par la majorité populaire. [...]»

    Bien sûr, le discours de Churchill, qui cherche ici à la fois à défendre les droits de la Chambre des lords (héréditaire) et du peuple britannique (pour qui il réclame des élections anticipées), n'est pas exempt d'opportunisme. Bien sûr, tout cela ne nous dit pas ce qu'il penserait de l'article 49 alinéa 3 de la Constitution ou de la loi El Khomri.

    49-3 : LES CASSEURS SONT AU POUVOIR

    Mais cela nous rappelle en tout cas que le contexte des «grandes phrases» historiques est souvent plus compliqué que ce que laisse voir une simple formule frappante et qui sonne bien. Quant au «V sign» de la victoire utilisé par Manuel Valls dans son tweet, rappelons par ailleurs qu'il a une deuxième signification, celle d'une insulte, selon l'orientation qui est donnée à la paume de la main.

    Noël Mamère le confirme le 49.3, une arme contre la démocratie. 

    « Eh oh », là-haut ! Ce ne sont pas les voix de Jeanne d’Arc qu’il faut écouter, elles parlent déjà à Macron ( !), mais celles, bien réelles, qui viennent des ateliers, des bureaux, des facs et des lycées, ces centaines de milliers de voix de Gavroche en révolte contre cette société de galère et de misère.

    Cet entêtement incroyable de nos gouvernants à vouloir se couper de l’électorat qui les a portés au pouvoir, est un cas d’école en science politique. Ils ne gagnent rien sur leur droite, qui les méprise et ils perdent chaque jour un peu plus sur leur gauche, qui les considère désormais comme des adversaires tout aussi dangereux que les Républicains ; Ce peuple de gauche qui se sent abandonné face à un patronat dont la seule préoccupation, comme on vient de le voir encore une fois à Renault, est de se rémunérer sur le dos de la bête tout en demandant toujours plus de sacrifices aux salariés.

    Le résultat est là : le pouvoir socialiste, flanqué de quelques affidés, est seul. Il est nu et sa nudité n’est pas belle à voir : affrontements singuliers entre un Premier ministre et un ministre de l’économie, en concurrence au couteau pour prendre la tête d’un illusoire pôle néo centriste ; Pantalonnades d’un président qui, chaque jour, nous raconte que « ça va mieux »,alors que les pauvres sont toujours plus pauvres, les précaires toujours plus précaires, les  paysans toujours plus démunis face à l’agro-industrie et à la PAC, les salariés toujours plus seuls face aux licenciements abusifs…

    La débandade de ce pouvoir dit de gauche, 80 ans tout juste après le Front populaire, fait peine à voir. Et le discours pathétique de François Hollande, prononcé à la Fondation Jean Jaurès, tentant de se mettre dans les pas de Jaurès, Blum et Mitterrand n’est que l’expression dérisoire et grotesque d’une ultime tentative pour sauver les meubles. Nous sommes sur le Titanic, mais le commandant fait jouer l’Internationale par les cuivres et les grosses caisses. Pitoyable… Mais cohérent ! Car, depuis la campagne de 2012, c’est la même chanson : Un Président en campagne « contre la finance » profite du désarroi d’une gauche sans repères pour l’emporter face à une droite « buissonisée »… Puis elle gère à l’identique de son prédécesseur, à coups de menton et en reniant ses engagements.

    Ce n’est pas le Front Populaire et 1936 que François Hollande aurait du commémorer, mais l’année 1956, celle des pouvoirs spéciaux et de l’agression franco-britannique contre l’Egypte de Nasser, organisée par Guy Mollet. Le mollétisme, voilà ce qui caractérise le mieux le PS de 2016 : Un mélange de paroles qui invoquent la gauche et de gestion réelle de droite. Le mollétisme a enfanté la Cinquième République et ce que François Mitterrand a appelé le « coup d’Etat permanent », avant de s’installer dans ce système durant deux mandats ! Espérons que le néo-mollétisme ne sera pas balayé par le national-populisme, déguisé en bleu marine. La décomposition de la gauche est aujourd’hui à son paroxysme.

    Il n’est que temps de sonner l’heure du rassemblement contre l’oligarchie. Continuer à se disperser en fonction de son identité idéologique n’a plus de sens, quand le péril mortel frappe à la porte. Les jeunes de la Place de la République ne sont ni écologistes, ni communistes, ni socialistes, ni trotskistes. Ils sont d’abord contre les 1% qui ont mis en place le gouvernement invisible des multinationales et des lobbys de tout poil. Ils nous montrent la voie de la démocratie radicale, caractérisée par l’irruption citoyenne et l’autonomie. Notre socle commun est fondé sur la justice sociale et écologique, sur la  construction de nouveaux droits et sur la  garantie de nos droits fondamentaux à l’emploi, au revenu, au logement, à la santé, à une alimentation saine, à l’éducation, à la culture et à l’environnement.

    C’est à cette dynamique du rassemblement qu’il nous faut aujourd’hui travailler si nous voulons donner ses chances à cette transformation. La démocratie part du peuple et le gouvernement doit naitre du peuple. Or, c’est le contraire que nous constatons. Pour débloquer la crise multiple nous devons déverrouiller le système et mettre en place une nouvelle Constitution. Celle de 1958 a créé un pouvoir monarchique : Tous les cinq ans, un homme - à quand une femme ? -  est élu et cette élection détermine notre vie sans que nous ayons réellement de prise sur les décisions de ce « monarque » républicain. Nous ne voulons plus de ce simulacre de démocratie. De ce point de vue, le 49.3 est le symbole ultime de ce pouvoir personnel. Si le gouvernement l’utilise pour faire passer sa loi, il nourrira le ressentiment une fois de plus, une fois de trop. Ouvrons les yeux avant qu’il ne soit trop tard. Debout, partout, et passons à la contre-attaque.

    Paris, le 69 mars

    P.S : J’écoute depuis ce matin les révélations de la presse s’appuyant sur les femmes harcelées par un député EELV. Je suis abasourdi par l’ampleur et la nature des faits qui lui sont reprochés. J’éprouve une honte et un accablement indicibles. Mes pensées vont à ces femmes qui ont gardé tant d’années le silence par peur d’encourir une double peine, celle d’être victimes du harcèlement et celle d’être montrées du doigt faute de preuves suffisantes pour dénoncer ces pratiques abjectes. Pire encore, celle d’être accusées de mettre en cause un parti qui n’a cessé de hisser le féminisme, la parité, l’égalité des droits, au centre de ses valeurs. Que nous est-il arrivé ?  

    Le «secret des affaires», une menace pour la démocratie. Le 17 mai 2016, le Conseil des Ministres se réunit pour adopter la directive sur le secret des affaires. Eva Joly et Pascal Durand demandent à Michel Sapin et à Stéphane Le Foll de ne pas entériner cette directive qui érigerait l’opacité au rang de règle au détriment de l'intérêt général préviens Pascal Durand, député européen et Eva Joly, députée européen a Libération.

    Lettre ouverte à Michel Sapin, Ministre des Finances et Stéphane Le Foll, Ministre de l’Agriculture, Porte-Parole du Gouvernement.

    Le 17 mai 2016, le Conseil des Ministres se réunit pour adopter la directive sur le secret des affaires, votée par le Parlement européen le 14 avril.

    Cette directive, contre laquelle la société civile et les journalistes se sont largement mobilisés, constitue une menace pour notre démocratie, pour la liberté d’expression et d’information et pour les droits des salariés.

    Alors qu’en France, la protection des savoir-faire relève en toute logique des règles encadrant la concurrence déloyale, ce texte possède un champ d’application si large qu’il s’étendrait de facto à n’importe quel type d’information et s’appliquerait à toute personne qui les divulguerait, que cela cause ou non un préjudice économique à l’entreprise concernée.

    Il ne protège pas seulement les savoir-faire et les stratégies commerciales, il érige l’opacité au rang de règle et relègue la transparence à celui d’exception. Le risque que toute information, dont la divulgation serait pourtant d’intérêt public, puisse être gardée confidentielle de manière arbitraire par les entreprises, devient réel.

    Et ce risque, nous le connaissons bien. C’est celui qu’un laboratoire ne divulgue pas les données d’essais cliniques qui ont entraîné la mort d’une personne ou les études sur lesquelles il se base pour affirmer que le glyphosate n’est pas cancérigène, le risque qu’Antoine Deltour, Raphael Halet et Edouard Perrin soient condamnés pour avoir révélé l’ampleur de l’évasion fiscale organisée au et par le Luxembourg.

    La protection des secrets d’affaires est naturellement légitime. Mais cette protection doit avoir une limite. Et cette limite se situe précisément dans la protection de l’intérêt général.

    Or, dans un monde où l’opacité permet à certains d’agir impunément à l’encontre de l’intérêt public, la protection de l’intérêt général passe avant tout par une véritable protection juridique des lanceurs d’alerte.

    Le 4 avril, dans la foulée des révélations des Panama Papers, le Président de la République française a déclaré : «Les lanceurs d’alerte font un travail utile pour la communauté internationale, ils prennent des risques, ils doivent être protégés.»

    Le Ministre de l’économie, apportait le 26 avril 2016, son soutien à Antoine Deltour et déclarait «C’est grâce à lui que nous avons pu mettre fin à cette opacité qui empêchait les pays européens de connaître la situation fiscale exacte d’un certain nombre de grandes entreprises au Luxembourg».

    La conscience du rôle fondamental des lanceurs d’alerte dans nos démocraties est louable. Mais la conscience ne se libère véritablement que dans les actes. On ne peut encenser le courage et adopter des instruments pour le briser.

    Messieurs Les Ministres, la France ne doit pas, mardi prochain, entériner un instrument qui se dressera en obstacle supplémentaire à la protection de l’intérêt public.

    La France se grandirait le 17 mai, en exigeant de l’Union européenne en proposant que l’adoption formelle de la directive sur les secrets des affaires soit repoussée au vote d’une directive établissant une protection juridique européenne pour les lanceurs d’alerte.

    49-3 : LES CASSEURS SONT AU POUVOIR

    Des menaces pour la démocratie. Sommes-nous en démocratie ? Vous avez la réponse... REVOLUTION !

    Illustration CC/flickr termes juridiques simples  Sans langue de bois

    URL de l'article

    "Ce blog est un blog militant indépendant, sans prétention, bien évidemment non commercial et totalement amateur. Les images, les textes dont nous ne sommes pas les auteurs ainsi que les musiques et chants seront supprimés du blog sur simple demande par courriel. Nous publions textes et communiqués émanant d'auteurs et d'organisations diverses. Ces publications ne signifient pas que nous partageons toujours totalement les points de vue exprimés. Nous déclinons toute responsabilité quant au contenu des sites proposés en liens."

    Categories

    « Les eurodéputés contaminés au glyphosate : le dépistage qui dérange.Un nouveau traité européen est en préparation »
    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    Tags Tags : , , ,