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    CategorieÉlections en Irlande : comment expliquer les performances économiques du « Celtic Tiger » par rapport au reste de la zone euro ? Les Irlandais sont appelés aux urnes ce vendredi 26 février pour élire leurs députés et choisir indirectement leur prochain Premier ministre.

    Gouvernée depuis 2011 par une coalition regroupant Fine Gael (centre-droit) et le Labour Party (social-démocrate), l’Irlande connaît depuis 2013 la plus forte croissance économique de la zone euro. La reprise irlandaise fait débat : l’Irlande est-elle en train de récolter les fruits de la dévaluation interne (baisse des salaires et des coûts de travail) et de l’assainissement de ses finances publiques permis par les mesures d’austérité ? Au contraire, d’autres facteurs endogènes et exogènes jouent-ils un rôle plus important ?

    La situation financière de l’Irlande durant la crise de 2008-2009 rendait l’austérité nécessaire

    La forte exposition des banques irlandaises au marché immobilier a provoqué la quasi-faillite de nombre d’entre elles suite à l’éclatement de la bulle immobilière en 2008.  Le gouvernement, qui a procédé à la nationalisation partielle ou totale de l’ensemble des banques, s’est vu contraint de demander un plan d’aide au FMI et à l’Union Européenne en novembre 2010, à hauteur de 67 milliards d’euros. Parallèlement, le nouveau gouvernement qui arrive au pouvoir en 2011, qui regroupe le Fine Gael et le Labour Party, a mis en place plusieurs mesures d’austérité : hausses d’impôts, création d’une taxe foncière, baisse des salaires des fonctionnaires, accords de réduction des salaires avec les syndicats.

    Depuis trois ans, l’économie irlandaise se porte bien mieux que celle des autres États de la zone euro

    Après ces années difficiles (le PIB irlandais s’est contracté de près de 20 % entre 2008 et 2010), l’Irlande a connu la plus forte croissance de toute la zone euro en 2013, 2014 et 2015. Avec 7% de croissance en 2015, le Tigre Celtique a même fait mieux que la Chine ! De son côté, le taux de chômage a régulièrement baissé ses dernières années, et atteint aujourd’hui 8.1%.

    La croissance irlandaise provient davantage des caractéristiques structurelles de son économie que des bénéfices de l’austérité

    Les mesures d’austérité mises en place depuis 2011 ont bien permis d’éviter un défaut souverain et de restaurer la confiance des milieux d’affaires. Cependant, le cas irlandais est très différent du cas espagnol, où la reprise est principalement tirée par la hausse de la compétitivité permise par la baisse des salaires réels. La croissance irlandaise est tirée par la bonne santé des nombreuses entreprises technologiques (Google, Apple…) et pharmaceutiques (Pfizer) installées en Irlande, dont les coûts salariaux n’ont en réalité pas diminué depuis 2011. Ce sont les caractéristiques structurelles de l’économie irlandaise – faibles impôts sur les sociétés (12.5%), marché du travail flexible et main d’œuvre qualifiée et anglophone – qui attirent les multinationales et favorisent l’économie irlandaise. Dans le contexte de la reprise économique de ses principaux partenaires commerciaux (Grande-Bretagne, États-Unis) et de la baisse de l’euro qui favorise les exportations, l’économie de l’Irlande a bénéficié de son caractère très ouvert : les exportations représentent 115% du PIB.

    Vers un scénario à l’espagnol ?

    Alors que Fine Gael dominait largement les sondages il y a encore quelques semaines, il est aujourd’hui rattrapé par le Sinn Fein (gauche anti-austérité) et une coalition hétéroclite d’indépendants allant de la droite conservatrice à la gauche radicale. Avec seulement 30% des intentions de vote pour Fine Gael et 10% pour le Labour Party, les chances d’être reconduite semblent minces pour la coalition au pouvoir. Puisqu’aucune autre force politique ne semble en mesure de rassembler une majorité ; les élections de vendredi pourraient mener à un blocage parlementaire semblable à celui que connait l’Espagne aujourd’hui. Le Premier ministre Enda Kenny parviendra-t-il à briser la série qui a vu les gouvernements pro-austérité de tous les pays de la zone-euro secourus par le FMI (Grèce, Portugal, Espagne) échouer à être réélus ?

    Un article publié en partenariat avec Hémisphère Droit

    par Alexandre Colin

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