• Emmanuel Macron en mission par Rothschild a menti sur son CV aux citoyens !

    Emmanuel Macron en mission par Rothschild a menti sur son CV aux citoyens !

    CategoriesEmmanuel Macron en mission par Rothschild a menti sur son CV aux citoyens !. Dans son livre "L’ambigu monsieur Macron", Marc Endeweld, journaliste à Marianne, revient sur le parcours de "l'étoile filante" du gouvernement. On apprend par exemple qu'Emmanuel Macron aurait "arrangé son CV", notamment sur son passage à l'ENS, concours qu'il n'a pas eu. Mais le chantre de "la mondialisation heureuse" a réussi selon lui à redorer l'image du capitalisme.

    Marc Endeweld publie « L’ambigu Monsieur Macron », un livre-enquête sur le parcours de l'ambitieux ministre de l'Economie. Marianne en publie les bonnes feuilles dans son numéro en kiosques le 13 novembre. Entre autres anecdotes inédites et très détaillées, l'ouvrage raconte le passage méconnu d'Emmanuel Macron par le Mouvement des citoyens (MDC) de Jean-Pierre Chevènement, à la fin des années 90 selon le magazine Marianne. Extrait exclusif.

    Le 21 avril 2002, au premier tour de l’élection présidentielle, Emmanuel Macron vote pour Jean-Pierre Chevènement, comme nous l’assure l’un de ses amis énarques de la promotion Léopold-Senghor : « Je me souviens très bien qu’Emmanuel l’avait soutenu pendant la campagne alors que nous étions en stage à l’ENA », confie-t-il. Comment le futur ministre, avant de se retrouver dans les réseaux de la deuxième gauche, a-t-il pu se rapprocher de Chevènement ? « Autant la deuxième gauche m’a inspiré sur le social, autant je considère que son rapport à l’Etat reste très complexé, nous expose aujourd’hui l’intéressé. Je me suis toujours interrogé sur le rôle de l’Etat, et c’est pour cette raison que je me tourne, plus jeune, vers Jean-Pierre Chevènement. C’est une personnalité qui réfléchit et qui anime la vie intellectuelle de notre pays. J’entretiens d’ailleurs toujours une discussion avec lui. Je l’ai vu récemment en allant visiter l’usine Alstom à Belfort... On ne peut pas s’affranchir d’une réflexion sur l’Etat à l’heure de la globalisation. »

    FIN AOÛT 1998, IL ASSISTE À L'UNIVERSITÉ D'ÉTÉ DU MDC

    A l’époque, le jeune Macron pense que l’échec de Jospin et du PS s’explique notamment par l’incapacité de la gauche à tenir un discours de fermeté sur les questions de sécurité. Son compagnonnage avec le « Che » est en fait assez ancien. A peine sorti des classes préparatoires d’Henri-IV, il assiste fin août 1998, à Perpignan, à l’université d’été du Mouvement des citoyens (MDC), le parti de Jean-Pierre Chevènement.

    A quelques mois des élections européennes, le ministre de l’Intérieur du gouvernement de « gauche plurielle » de Lionel Jospin se dit « euroréaliste » : « Regardons vers l’avenir. Nous ne sommes pas contre l’Europe. Nous ne sommes pas des eurosceptiques, mais des euroréalistes, explique alors le ministre dans son discours. Nous sommes pour l’Europe des nations parce que nul ne fera l’impasse sur ces réalités qui ont été modelées par l’histoire. Il ne faut pas lâcher la proie pour l’ombre, mais construire avec patience et méthode l’Europe des peuples. Comme on dit, il faut “assurer”.

    L’Europe ne doit pas être une fuite en avant irresponsable. » Bien loin des thèses défendues aujourd’hui par François Hollande, Jean-Pierre Jouyet et le Parti socialiste... Et si Chevènement soutient à l’époque les projets de la ministre Martine Aubry sur l’exclusion ou la santé, il ne se prive pas de critiquer les privatisations de Dominique Strauss-Kahn : « On ne peut pas donner tous les pouvoirs aux marchés financiers et cautionner, à travers la mise en Bourse, les plans sociaux les plus rétrogrades », tonne-t-il à Perpignan.

    Le passage au MDC d’Emmanuel Macron est peu connu. Il durera pourtant près de deux ans. Un ancien membre du parti dispose d’ailleurs d’une photographie où l’on peut apercevoir le jeune étudiant, déjà en costume quand tant d’autres se contentent d’un look plutôt dépareillé, dans un bus affrété par le parti pour l’université d’été de Perpignan. Notre homme se tient aux côtés d’un autre militant, Gilles Casanova.« Je ne suis pas sûr qu’il avait sa carte du MDC, mais la proximité intellectuelle avec Jean-Pierre Chevènement était réelle », constate Stéphane Le Floch, un ancien du parti.

    Marqué au fer rouge par son passage à la banque Rothschild, « Monsieur Macron » – comme l’appelle froidement Martine Aubry – symbolise le grand quiproquo entre François Hollande et les Français. Pourquoi le président socialiste, élu par le peuple de gauche en 2012, a-t-il choisi comme ministre de l’Économie ce jeune homme adulé des grands patrons pour ses penchants libéraux ?

    Les amis d’Emmanuel Macron soulignent que ce pianiste émérite n’est pas du sérail et qu’il a enchaîné les grandes écoles de la République. Ils rappellent à l’envi son mariage avec sa prof de français, Brigitte Trogneux, de vingt ans son aînée. Un homme atypique, nous dit-on !

    Ses ennemis insistent sur sa proximité avec Jacques Attali et Alain Minc, et citent ses nombreuses bourdes politiques, notamment contre les fonctionnaires ou les 35 heures. Au Parti socialiste, les « frondeurs » honnissent cet héritier de la « deuxième gauche », en pleine crise de la social-démocratie.

    « Monsieur Macron » ne laisse, en tout cas, personne indifférent. Cette enquête fouillée reconstitue l’énigme de ce ministre qui crée la zizanie jusqu’au sommet de l’État.

    « On ne sort de l’ambiguïté qu’à ses dépens. »
    Jean-François Paul de GONDI, cardinal de Retz, Mémoires, 1677.

    « Macron, comment vous dire ? Ras-le-bol ! » De retour de vacances, Martine Aubry n’a pas mâché ses mots, critiquant les positions du chouchou de François Hollande sur le travail du dimanche, les fonctionnaires ou les 35 heures, « sa » loi, faut-il le rappeler. Effet garanti : elle a tétanisé la rentrée politique. L’ancienne ministre n’a pas pu s’en empêcher. Jusqu’à présent, la maire de Lille préférait pourtant traiter avec le plus grand mépris le ministre de l’Économie, ce « Monsieur Macron », comme elle le désigne sèchement en petit comité.

    Depuis son arrivée au gouvernement, ce dernier multiplie les déclarations fracassantes. Des « illettrées » de la société Gad, aux « pauvres » qui « voyageront plus facilement » en car, en passant par le statut des fonctionnaires qui n’est pas « adéquat ». Sans oublier la vocation dont tout jeune Français devrait selon lui rêver, celle de « devenir milliardaire ». Et pourtant, le ministre de l’Économie ne cesse de s’affirmer… de gauche. Et envisage même de prendre la plume pour s’en expliquer dans un livre2. Il le sait, Emmanuel Macron, pour affirmer sa ligne politique, doit sortir de l’ambiguïté.

    Son sourire, sa tête de premier communiant ou de gendre parfait ne lui sont d’aucun secours pour disposer d’un passeport de gauche. Mais c’est bien sur ses intentions et son parcours que « Monsieur Macron » reste pour le moins ambigu. A-t-il enfilé durablement le costume de responsable politique ? A-t-il, comme on le dit souvent, de grandes ambitions ? Le ministre balaye ces questions d’un revers de la main : l’essentiel, pour lui, reste de préserver l’ambiguïté sur son après-Bercy. Pour l’instant, il préfère demeurer sur le fil du monde politique : un pied dedans, un pied dehors.

    Cet été, quand il nous reçoit dans son grand bureau de Bercy, au troisième étage de « l’hôtel des ministres » de l’imposant bâtiment, face à la Seine, Emmanuel Macron est pourtant à l’aise dans ses baskets : « J’assume le syndrome frontal, nous expose-t-il. Car la vie politique française est surinhibée. Face à la névrose médiatique, on ne dit plus rien. » Ajoutant : « Je considère qu’il faut avoir, comme responsable politique, une fonction de thérapeute. Il faut reconnaître ce qui ne va pas. » Affirmant donc son parler cash, son parler vrai, le ministre se défend : « Si c’est sorti de son contexte, c’est toujours vu comme une provocation. » Macron s’irrite tout de même du « jeu tactico-médiatique ».

    Pourtant, si le ministre se détend au fil de nos questions, presque avachi sur son canapé noir après une longue journée, mais toujours souriant – très tôt le matin, il était en visite à la gare routière de Bagnolet, près du périphérique parisien, pour assister à l’application de la libéralisation du transport en car –, il ne se laisse pas percer à jour aussi facilement que ses déclarations fracassantes peuvent le laisser penser. Son « parler cash » a donc une limite : sa personne. Le ministre cultive à ce propos une ambiguïté protectrice…

    Mystérieux Monsieur Macron qui fustige « la mode de la transparence complète » : « Il y a des hommes politiques qui aiment parler d’eux, ce n’est pas mon cas. » Peut-être parce qu’au fil de son parcours fulgurant, Emmanuel Macron a fini par représenter l’expression du « système ». « C’est un jeune homme amené à diriger le monde, comme les autres, mais avec un petit supplément d’âme. Il a réussi par les mondanités », juge l’un de ses procureurs. Le ministre serait finalement devenu le symbole d’une méritocratie républicaine à bout de souffle, où copinages et connivences prennent le dessus, autant de travers qu’il se plaît à dénoncer, alors qu’il a lui-même « coché toutes les cases », comme nous le rappelle un interlocuteur, pour en arriver aussi rapidement là où il est.

    « À Paris, tout le monde a placé Macron », s’amuse l’un de ses soutiens. « Tout le monde est l’ami de Macron aussi parce qu’Emmanuel Macron est l’ami de tout le monde », ironise un autre. « J’aime la comédie humaine », nous lâche le jeune ministre au détour d’un exposé, brillant, forcément brillant. On nous avait prévenus : Macron est un séducteur, l’homme a du charisme. Certes, il est accessible. Mais est-il du genre à haranguer les foules ? À battre les estrades lors d’une campagne électorale et aller, comme Chirac, autrefois, tâter le cul des vaches ?

    Les Français l’ont vraiment découvert à la télévision en mars 2015, le jour où il a réussi, nous dit-on, sa prestation face à David Pujadas. Mais peut-on parler réellement de « charisme » ? Pour l’instant, l’homme semble être plus à l’aise avec l’ambiguïté des alcôves, dans le compromis des relations interpersonnelles. Les yeux dans les yeux. Tout en séduction, justement. Son aspect physique semble jouer chez certains : « Il est beau gosse ! » affirme à trois reprises un grand patron lors d’un de nos entretiens. « Macron a été la Ferrari rouge d’un paquet de vieux du CAC 40, sur le mode : “Tu l’as vue ma bimbo ?” C’est le trophée d’une partie de l’establishment », balance un banquier de la place de Paris. « Il a fait toute sa carrière en étant soutenu par des réseaux homos et cathos dans le grand patronat », s’irrite un autre.

    Mais Emmanuel Macron n’a que faire de ces sarcasmes, de ces jalousies. Il trace sa route, exprimant « une grande confiance en lui », estime un proche. En chair et en os, apparaît ainsi un personnage érudit qui manie les mots avec une grande dextérité ; le flot de ses paroles est d’une précision redoutable, l’enchaînement de ses exposés en devient presque mécanique. Le jeune ministre de l’Économie a plutôt l’intelligence de s’adapter à chacun, de ne sortir le grand jeu que face à un public acquis : « C’est l’homme qui sait le mieux dire bonjour au nord de l’Équateur. Comme Jack Lang. C’est comme si toute son existence n’avait qu’une fin, la conversation », confie un de ses amis. S’est-il exercé à saluer comme l’acteur Richard Anconina dans Itinéraire d’un enfant gâté ?

    En réalité, cette facilité d’user des bons codes, au moment où il le faut, vient de loin. De l’enseignement qu’il a reçu dans un établissement de jésuites à Amiens, les experts de la rhétorique et de la science du beau langage depuis le Moyen Âge. De son histoire familiale plus compliquée qu’il n’y paraît aux premiers abords : « Il est très secret sur une partie de lui-même. Comme s’il avait un double fond. Il donne à l’extérieur très peu de lui. Les gens croient le connaître, mais en fait, ils sont dans l’illusion. Quels sont ses vrais amis intimes ? » s’interroge l’un de ses anciens camarades de l’ENA.

    Depuis qu’il est devenu ministre, il se sait observé, scruté, disséqué. Aux premiers abords, il feint de ne pas s’en inquiéter. À tel contact, que nous avons interrogé pour les besoins de notre enquête, et qui l’a tenu au courant de celle-ci, il répond un SMS permissif : « Vas-y balance ! » Son couple avec Brigitte, son ancienne prof de français, de vingt ans son aînée, suscite toutes les conversations dans les dîners parisiens : « Ce qui relève de la vie intime a vocation à rester avec certains », nous rétorque-t-il fermement.

    Emmanuel Macron est sous contrôle, le sien, en permanence, et sans qu’on y prenne garde. On imagine l’énergie qu’il doit déployer pour garder ses antennes actives : « Il est d’une lucidité incroyable sur tous les gens qui l’approchent. Et il n’a aucune illusion sur les gens qui l’entourent. Il est d’une dureté métallique insoupçonnée. » Là encore, ambiguïté : nombre de ceux qui ont eu l’occasion de l’approcher constatent sa « gentillesse ». Mais serait-il finalement « méchant » ? Tel le diabolique Frank Underwood de la série américaine House of Cards ? Ses proches nous assurent pourtant qu’il est loin d’être « cynique ». Aujourd’hui, il fait de la politique « pour défendre ses convictions politiques », affirme-t-il. Sa meilleure protection reste finalement son humour – justement le règne de l’ambiguïté.

    Et si « Monsieur Macron » ne se prenait pas au sérieux ? À voir… On loue aussi sa bonne humeur égale, sa bonhomie. « C’est son côté Hollande, une petite tape dans l’épaule et il vous neutralise. C’est aussi sa force politique, la simplicité du contact qu’il imprime. Il est beaucoup plus chaleureux que n’importe quelle icône de la gauche. C’est comme s’il était le fils issu d’une GPA de Laurent Fabius, extrêmement intelligent, et de Michel Charasse, extrêmement chaleureux », note drôlement l’un de ses anciens collaborateurs à l’Élysée. Un financier nous le compare à Alcibiade, un chef athénien, doué de toutes les qualités : la beauté, la haute noblesse, la richesse et l’intelligence. Disciple, ami et amant de Socrate, il était un orateur habile, et, selon le philosophe Théophraste, « celui qui saisissait sur-le-champ les occasions et qui semblait inspiré par les affaires, frappait d’étonnement la multitude et s’en rendait facilement le maître. »

    À force, pourtant, de vouloir être ami avec tout le monde, Emmanuel Macron se mélange de temps en temps les pinceaux. « Il a parfois une difficulté avec les rapports anguleux », remarque un conseiller qui l’a connu à l’Élysée. « Quand je parlais politique avec Macron, je ne savais pas ce qu’il pensait. C’est un truc de hauts fonctionnaires ça ! Il regarde le rapport de force, et se met au milieu », persifle un proche d’Arnaud Montebourg. « C’est quelqu’un pour qui l’ambiguïté est un gisement d’opportunités », remarque un grand patron.

    Depuis qu’il est ministre, « Monsieur Macron » ne se fait pas que des amis. « Il existe même un groupe dans Paris que j’appelle les déçus discrets d’Emmanuel Macron », s’amuse un initié du monde des affaires. « Ce sont les gens qui se sont fait “entuber” mais qui ont honte de le dire. Il a fait, comme son ami Jean-Pierre Jouyet, des promesses à tout le monde, il a dit “oui” à tous. Mais ce n’est pas la réalité, on ne peut pas faire plaisir à tout le monde ! » À Bercy, Emmanuel Macron en a donc surpris plus d’un. S’opposant, on le verra dans ce livre, au puissant patron de Renault, Carlos Ghosn, sur les droits de vote double réclamés par l’État, ou au controversé Henri Proglio qui aurait souhaité prendre la présidence du groupe de défense Thales. Le ministre n’a pas hésité non plus à défendre l’idée du contrat unique auprès de l’Élysée ou de Matignon dans les mois qui ont précédé les discussions de sa loi au Parlement…

    Mais Emmanuel Macron ne cesse de fuir une question, celle de ses ambitions politiques, ses intentions. Lui préfère affirmer sa liberté. Une posture qui lui est possible, car il n’est ni totalement un responsable politique au sens traditionnel du terme, ni un acteur économique investi de la responsabilité d’une entreprise et d’emplois. Toujours un pied dedans, un pied dehors. « Emmanuel n’a pas un tempérament de rebelle. Il est légitimiste vis-à-vis des institutions. Ce n’est pas un franc-tireur. Mais il affectionne d’être à la croisée de plusieurs univers, de plusieurs champs de pouvoir, analyse l’un de ses amis. De se trouver au croisement de la bourgeoisie amiénoise et des cercles intellectuels parisiens. En sociologie, on dirait que c’est un “marginal sécant”. Son parcours touche à tout lui permet de ne pas être enfermé dans une case. »

    Si voilà sa principale ambiguïté, ses multiples légitimités sont également sa principale force. « Je ne me retrouve pas dans la démarche des “entomologistes modernes” qui passent leur temps à mettre les hommes et les femmes dans des cases étriquées. Si l’idée, c’est de laisser fonctionner le marché comme étant la loi du plus fort, alors je ne me sens pas libéral », assurait-il au Soir l’année dernière. « Les étiquettes importent peu. Elles me sont indifférentes », explique-t-il en 2015 à El País. En un an à Bercy, une chose est en tout cas incontestable : Macron s’est imposé dans le jeu politique français. « C’est un jeu à trois désormais », lance-t-il à l’un de ses proches. François Hollande, Manuel Valls, Emmanuel Macron. Celui des trois qui a le moins de pouvoir est le plus populaire. C’est aussi celui qui suscite le plus de curiosités à l’étranger. Mark Rutte, le Premier ministre néerlandais, demande ainsi à l’un de ses interlocuteurs français : « Parlez-moi de Macron », comme un banquier américain : « C’est qui ce Macron ? »

    En attendant, le ministre de l’Économie trace sa route. Il multiplie les rendez-vous au cours d’une journée, gourmand de rencontres variées et de contacts transversaux : « Il ne cesse d’écouter les gens, de les recevoir, il n’est pas rare qu’il se fasse deux petits déjeuners le matin, plus un dîner, doublé d’un souper ! » note un habitué des cabinets ministériels. « Un athlète du pouvoir », s’extasie un de ses proches. Certains ne devraient pas l’oublier : Emmanuel Macron est un jeune homme pressé : « Je ne me vois pas à 60 ans faire de la politique », nous assure-t-il. Une anecdote est particulièrement révélatrice : un jour, l’une de ses connaissances lui lance : « En 2022, je vote pour Valls, et en 2027, je vote pour toi ! » Réponse immédiate de l’intéressé : « Alors, je vais accélérer! »

    Voilà pourquoi il était temps d’enquêter sur ce ministre qui fascine et qui dérange.

    La surprise du remaniement

    Le coup de fil est bref. Les deux hommes se connaissent bien, et s’apprécient. Raison de plus pour ne pas perdre de temps, alors qu’en ce matin du mardi 26 août 2014, le deuxième remaniement gouvernemental est bien en route : « J’ai besoin de toi », lance Jean-Pierre Jouyet, secrétaire général de l’Élysée, à son protégé Emmanuel Macron… qui lui répond immédiatement : « Je peux travailler avec toi, oui. » En mode automatique. Au printemps, lors de l’arrivée à l’Élysée de son ami Jouyet auprès de François Hollande, le jeune Macron, alors secrétaire général adjoint, avait pourtant jugé préférable de s’éclipser du « Château », ne voulant pas jouer les doublons. Mais là, on ne le sollicite pas pour redevenir collaborateur du chef de l’État. « Non, j’ai besoin de toi au gouvernement », réplique Jouyet. À quelques heures de l’annonce du nouveau gouvernement, voilà Macron quasiment ministre.

    Surprise ! Depuis son départ de l’Élysée, la vie d’Emmanuel Macron s’est orientée sur d’autres rails. À peine rentré de Californie où il a passé plusieurs semaines de vacances en famille, Macron a d’autres projets. Son esprit est ailleurs. Certes, après deux ans de loyaux services au cabinet du président de la République, le jeune homme commençait à susciter la curiosité des milieux politiques et de la presse. Mais, en cette fin d’été, l’ancien banquier a surtout envie de concret dans sa vie professionnelle. « Il est parti de l’Élysée avec des projets personnels plein la tête », précise un de ses amis. Retrouver le temps long, celui de la réflexion. Un ressourcement nécessaire après une vie à flux tendu, entrecoupée de trop rares répits, embuée par les polémiques incessantes, lots communs des pouvoirs ballottés par les crises et les médias.

    Place aussi aux amis, à sa femme, et à la famille. Comme ce 17 juillet, où il dîne avec les Ferracci, père et fils, à la brasserie de la Rotonde, à l’angle du boulevard Montparnasse et du boulevard Raspail. L’endroit lui est familier, c’est dans ce lieu parisien de la Rive gauche que plusieurs économistes se réunissaient autour de Michel Sapin et lui pour préparer la candidature de François Hollande. Loin de cette frénésie de conquête, Emmanuel semble désormais détendu, comme rarement depuis 2012, et avide de nouvelles expériences. « Tu vas investir dans mon centre de formation ? » lui lance, un brin bravache, le père, Pierre Ferracci, patron du cabinet de consultants Secafi-Alpha, qui bosse notamment pour la CGT dans le cadre des comités d’entreprise, et est aussi dirigeant… du club de foot Paris FC. Contre toute attente, Emmanuel Macron répond le plus sérieusement du monde : « Et pourquoi pas ? »

    Une proximité qui ne date pas d’hier. Les deux hommes se sont côtoyés au sein de la commission Attali. Pierre Ferracci en était membre au titre du quota « vie sociale et syndicale », indispensable aux côtés des grands patrons du CAC 40. Mais en réalité, le duo se connaît depuis bien plus longtemps. Car Emmanuel Macron est un ami de longue date de son fils, l’économiste Marc Ferracci, rencontré sur les bancs de Sciences Po au début des années 2000, dont il est devenu plus tard l’un de ses témoins de mariage. « Lors de ce dîner, il semblait apaisé, et soulagé. On avait le sentiment qu’il commençait une nouvelle vie, se souvient Pierre Ferracci. Sa volonté d’écrire et d’enseigner était très forte. »

    Enseigner ! Au début de l’été, Emmanuel Macron a en effet décroché un poste universitaire à Berlin, et s’est fait agréer, avec l’aide d’Alain Minc, par la prestigieuse London School of Economics, comme Senior Research Fellow en économie politique. L’enseignement, un vrai changement de vie pour l’ancien « SGA » de l’Élysée, qui s’apprête alors à devenir maître de conférence en policy-mix européen, l’art d’agencer le plus efficacement les outils budgétaire et monétaire pour maintenir un sésame aujourd’hui tant recherché par les gouvernants européens : la croissance économique. En plus de cette charge de cours, la grande école londonienne projette également de lui confier l’organisation d’un séminaire sur le réformisme en Europe. Un investissement intellectuel qui lui aurait « coûté » une nuit à Londres par semaine. Petit effort pour une telle gratification : « Il en était tellement fier », confie un ami.

    Après son départ de la rue du Faubourg-Saint-Honoré, l’enseignement est pourtant loin d’être le seul projet de l’ancien banquier. Le trentenaire au costume soigné fourmille d’idées. Au fond, il veut montrer à son ancien patron, le président de la République, qu’il n’a pas besoin de lui pour devenir quelqu’un. Dans cette logique, lors de son départ du « Château », il n’a rien demandé à François Hollande. Surtout pas de poste – contrairement à une pratique courante dans les lieux de pouvoir, presque une tradition républicaine : après avoir officié dans des cabinets ministériels, les hauts fonctionnaires ont pris l’habitude de quémander une fonction prestigieuse, n’importe laquelle pourvu que l’apparat et le maintien des rétributions compensent l’éloignement soudain du pouvoir réel – ou fantasmé – des plafonds dorés de l’Élysée et des ministères. Une manière de récompenser les collaborateurs, voire d’acheter leur silence, bien éloignée des affectations et mutations réglementaires des corps respectifs de ces hauts fonctionnaires.

    Peu de temps avant son départ, Macron fut ainsi sidéré par la décision de François Hollande de nommer son ancien secrétaire général, et par ailleurs ami de promo à l’ENA, Pierre-René Lemas, à la tête de la très stratégique Caisse des dépôts et consignations, un des bras armés financiers de l’État. D’habitude si jovial, l’ancien prodige de l’Élysée semble gagné par l’amertume en présence de ses proches. Il ne croyait pas Hollande capable d’une nomination de « copinage ». « Ce fut un vrai camouflet pour Emmanuel, assure un ancien conseiller. D’autant qu’il n’entretenait pas les meilleures relations avec Pierre-René. Il voyait là une prime à l’incompétence. Je me souviens qu’il m’a dit : “Puisque c’est comme ça, je me tire.” » Une amertume d’autant plus grande, qu’avant l’arrivée de Jouyet auprès de Hollande, Emmanuel Macron avait espéré pouvoir récupérer le prestigieux poste de secrétaire général de l’Élysée. Lui comme Nicolas Revel, l’autre secrétaire général adjoint de la présidence, les deux piliers de l’équipe, étaient effectivement envisagés à ce poste pour régler le « cas » Lemas au moment du remaniement gouvernemental post-élections municipales… Mais, comme souvent, François Hollande en a décidé autrement. 

    Emmanuel Macron serait-il insatisfait du sort que le président de la République lui réserve en ce printemps 2014 ? François Hollande n’a-t-il pas opposé un refus poli, mais ferme, à son nouveau Premier ministre, Manuel Valls, qui avait proposé de le nommer secrétaire d’État au Budget ? N’a-t-il pas choisi Jean-Pierre Jouyet comme patron de l’Élysée au poste de secrétaire général ?

    Non, Macron, n’est pas de ce bois-là. Le jeune secrétaire général adjoint s’imagine si différent des autres. Son avenir, croit-il, il le devra avant tout à ses compétences, à ses convictions. Surtout pas à la machine étatique, au « système »… Un système dont il est pourtant totalement issu. Par trois lettres, il en est l’expression ultime : Macron est un « IGF », un Inspecteur général des finances, corps de très hauts fonctionnaires parmi les plus prestigieux de la République. Un corps qui sait se serrer les coudes.

    Mais notre homme, après quatre années passées chez Rothschild, préfère apparaître au-dessus de ces contingences et autres connivences technocratiques… Depuis l’été 2013, fatigué de la machine élyséenne qu’il juge particulièrement inefficace et surannée, voire incapable de répondre aux grands enjeux duXXIe siècle, il prépare sa sortie : « Il m’a toujours assuré qu’il comptait ne rester que deux ans à l’Élysée, et il l’avait d’ailleurs dit à François Hollande », souffle un intime. À la fois dedans et dehors. L’ambigu Macron cultive les allégeances multiples, manière, pense-t-il, de ne dépendre d’aucune.

    Pour autant, sa proximité avec le « PR », le président de la République, ne l’a-t-il pas fait roi ? Emmanuel s’y refuse : François Hollande n’a pas fait, pense-t-il, et ne fera pas Macron. Cette posture d’indépendance, « sa liberté », comme le rappelle un ami, il y tient beaucoup. Derrière cette affirmation d’indépendance se cache néanmoins une personnalité animée d’une ambition dévorante. Une ambivalence qui n’a pas échappé à un autre grand ambitieux : le président de la République lui-même. Lors du pot de départ d’Emmanuel Macron, organisé en début d’été à l’Élysée, François Hollande n’a pas manqué de faire une petite blague à ce sujet : « Vous savez, je suis le président qui travaille avec Emmanuel Macron. » Tout était dit.

    Peu importe, Macron a sa botte secrète. Depuis son départ de l’Élysée, il réfléchit à créer sa propre société de conseils, sur le modèle des « petites boutiques » de banques d’affaires, ou des cabinets d’avocats spécialisés dans la vie des affaires. « Il réfléchissait à monter une boîte originale », nous confie un de ses amis. Un de ses modèles ? Celui d’Antoine Gosset-Grainville, lui aussi inspecteur des finances, ami de Jean-Pierre Jouyet, et ancien directeur adjoint de cabinet de François Fillon à Matignon : après un passage à la Caisse des dépôts, ce dernier a créé un cabinet d’avocats nouvelle formule, dénommé BDGS (pour Bonnasse, Djehane, Gosset-Grainville, Skovron), spécialisé dans les fusions-acquisitions. « Il voulait s’en inspirer, nous raconte le même ami. Car c’était plus grand qu’une simple “boutique” sur un nom, et moins important qu’une banque d’affaires comme Rothschild. »

    Quelques semaines après son départ du Château, son projet est déjà bien avancé. Comme souvent chez Macron, les réflexions ne sont jamais des paroles en l’air : Time is money. Et en ce début d’été, lors d’un pot amical avec un ancien collègue élyséen, le jeune impétrant est fier de pouvoir dévoiler la première version du site Web de sa future structure, sobrement intitulée Macron Partners…

    D’autres idées viennent à l’esprit d’Emmanuel Macron : la gestion d’un fonds d’investissement pour financer des projets innovants, notamment dans le domaine de l’éducation, domaine qui lui tient particulièrement à cœur, comme à celui de sa femme, Brigitte Trogneux, professeur de français… Avant que son temps ne soit totalement accaparé par l’Élysée après 2012, Macron était d’ailleurs le trésorier de l’ONG Bibliothèques Sans Frontières.

    Ainsi, refusant de se laisser enfermer dans le secteur bancaire et financier – « Au fond, son idée était de se mettre en réserve de la République, plutôt que de faire fortune… Revenir dans la banque pouvait lui être préjudiciable au niveau de son image », souligne un proche –, l’ambitieux Macron envisage de développer son activité de conseil en priorité en direction des États sur des sujets macro-économiques – par le plus grand des hasards, la spécialité de son rival Matthieu Pigasse, banquier chez Lazard… mais surtout activité plus noble aux yeux des Français.

    Car si Macron s’éloigne de la politique en quittant l’Élysée, assurément il ne l’oublie pas ! « Dans ma tête, je quittais la sphère publique pour plusieurs années. Évidemment, tout est toujours possible ; et je ne crois pas beaucoup aux choix de vie définitifs, expliquait-il au Point en début d’année 2015. Mais je ne m’attendais pas du tout à ce qui s’est passé ce mardi 26 août… » Macron ne s’attendait pas à être « rappelé » aussi vite, mais il en avait tellement envie.

    Tout va donc s’accélérer avec un « coup de bol de l’Histoire ». Fin août 2014,exit « les petits cons » du gouvernement, comme aime les nommer une figure du PS. À sa fête de la rose, Arnaud Montebourg, jouant au petit malin, s’est lui-même sorti de Bercy. La fameuse « cuvée du Redressement », dont il promet, à la télévision, d’adresser une bouteille à François Hollande, lui aura été fatale : « Une ligne jaune a été franchie », balance Matignon à l’AFP le soir même. Valls a montré sa mauvaise humeur au président, lui qui n’a pas digéré sa perte vertigineuse dans les sondages publiés le matin même par Le Journal du dimanche. S’il passait ça, ça en serait fini de son image d’autorité, pense-t-il. Mais Hollande lui-même est excédé. Et comme à son habitude, profite de la situation pour rebattre les cartes. Tout au long de la journée, Benoît Hamon et Arnaud Montebourg tentent de sauver leurs têtes. Mais le lundi matin, le « vicomte » de Saône-et-Loire, qui avait promis au Château qu’il allait procéder à un mea-culpa radiophonique, n’en fera rien.

    Son sort en est alors jeté. François Hollande en profite pour proposer à son Premier ministre un remaniement complet. Contre toutes les apparences, Manuel Valls, malgré ses rodomontades d’autorité, n’est pas à l’aise. Avec le départ de Montebourg et de Hamon, sans compter celui d’Aurélie Filippetti, il perd des alliés précieux, qui lui avaient permis de décrocher son ticket pour Matignon lors du printemps précédent, période où le rapport de force au sein des institutions lui était davantage favorable qu’en cette rentrée… « Résultat, lors de ce deuxième remaniement, c’est Hollande qui va jouer Macron, alors que Valls avait essayé de se l’approprier lors du premier remaniement », commente un ami du président. Voilà peut-être pourquoi, des mois plus tard, Yves Colmou, le bras droit de Valls, tient à répéter à ses interlocuteurs : « C’est nous qui avons imposé Macron ! »

    Qui l’a fait roi lors de ce deuxième remaniement ? Les entourages respectifs de François Hollande comme de Manuel Valls s’échinent chacun à s’en attribuer le mérite. Macron serait-il devenu un trophée qu’on se dispute ?

    Avec ses lunettes embuées de pluie sur l’île de Sein, après ce fameux week-end de recomposition politique, François Hollande ne reste pas inactif quant à la composition de son gouvernement, qu’il lui faut compléter d’urgence. Le lundi, prise de température auprès des écolos, et de certains aubrystes, comme François Lamy, qui n’est plus ministre de la Ville depuis plusieurs mois déjà. Refus des intéressés. L’exécutif se tourne alors vers les fidèles grognards du socialisme, les « anciens », les mitterrandiens : Élisabeth Guigou, Jean Glavany… À Bercy, est même envisagé le retour de Bertrand Delanoë, l’ancien maire de Paris, pour chapeauter un grand ministère de l’Économie et des Finances. Mais ce dernier fait savoir qu’il n’est pas intéressé. Ensuite, aux côtés de Michel Sapin, sont envisagés l’ancien patron de la SNCF, Louis Gallois, comme ministre de l’Économie, et Gérard Collomb, le maire de Lyon, comme secrétaire d’État à l’Industrie. Mais Gallois, en voyage en Chine, refuse : « Je suis trop vieux », répond-il en substance. Le nom de Pascal Lamy, l’ancien patron de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) est également évoqué. Mais Laurent Fabius, poids lourd du gouvernement, souvent associé aux nominations en tous genres depuis le début du quinquennat, oppose un veto inflexible. Retour à la case départ. L’idée vient alors de faire monter « la jeune garde » comme va la surnommer le lendemain Libération.

    Au cours de la journée de mardi, c’est en fait le secrétaire général Jean-Pierre Jouyet qui pousse la candidature d’Emmanuel Macron au gouvernement. Manuel Valls ne s’y oppose pas, et François Hollande y voit une sacrée occasion de reprendre la main… « En fait, il serait étonnant que Jouyet ait agi sans le consentement de Hollande », indique un communicant proche du Château. Au cours de cette dernière journée de remaniement, Hollande et Valls se sont retrouvés à l’Élysée à la mi-journée pour déjeuner ensemble, afin de pouvoir finaliser le gouvernement. Les deux hommes prennent leur repas dans le salon des portraits, où sont regroupés plusieurs tableaux représentant des chefs d’État européens sous Napoléon III. À table, l’échange s’éternise, et se prolonge en début d’après-midi.

    Jean-Pierre Jouyet et Véronique Bédague-Hamilius, la directrice de cabinet de Manuel Valls, les rejoignent. « C’est à ce moment-là que Jean-Pierre a proposé les noms d’Emmanuel Macron à l’Économie et de Fleur Pellerin à la Culture, ses deux “dauphins” », nous explique un proche du président de la République. Une proposition qui convient à Valls, lui qui avait déjà proposé Macron pour son premier gouvernement. « C’est la bonne solution au bon moment », aurait alors répondu François Hollande à ses hôtes. Réticent à nommer Emmanuel Macron au printemps, quand ce dernier n’était que l’un de ses collaborateurs, le président mettra cette fois-ci peu de temps à se convaincre. Le jeune Macron lui sera bien utile pour « bordurer » le fougueux Premier ministre, jusqu’alors présenté par les médias comme le héraut des « réformes ». « Pour les journalistes, insiste sur le fait que c’est quelqu’un de très proche », ordonne d’ailleurs François Hollande à Gaspard Gantzer, son chargé de communication… Une histoire d’image, là encore.

    Et d’ambitions personnelles. Sentant son heure arriver, Emmanuel Macron a fait monter les enchères. Pas question pour lui d’accepter cette fois-ci un secrétariat d’État. Il voulait la place de ministre de l’Économie, celle d’Arnaud Montebourg. Transformant du même coup sa nomination en choix politique. 

    Sur le perron de l’Élysée, en ce mardi 26 août, le remaniement vient d’être annoncé par Jean-Pierre Jouyet, le secrétaire général de la présidence. Quand le haut fonctionnaire à la mèche de surdoué annonce la nomination d’Emmanuel Macron comme ministre de l’Économie, il laisse échapper un sourire. On l’a vu, Macron est son ami, son protégé. Peut-être même son obligé. Jouyet, véritable symbole de l’oligarchie inamovible, ex-patron de la puissante Inspection générale des finances, et secrétaire d’État aux Affaires européennes de Nicolas Sarkozy, peut être satisfait. Si Macron, « c’est le troisième choix », comme le souffle perfidement un ministre, c’est bel et bien celui de François Hollande.

    Une nomination que le président de la République revendique le soir même, lors d’un dîner à l’Élysée avec plusieurs hiérarques socialistes. Et c’est peu dire si prendre le jeune Emmanuel Macron, ancien banquier d’à peine 36 ans, au poste qu’occupait Arnaud Montebourg, l’apôtre de la démondialisation, au moment même où le président a décidé de laisser filer davantage les déficits, n’est pas du goût de tout le monde autour de la table. Tous craignent « l’effet d’image ». « C’est une erreur d’avoir mis un financier de plus dans notre gouvernement, et à l’Industrie, qui plus est ! Quand on n’a plus que des symboles, on ne les gâche pas ! » râle un ministre entre le fromage et le parfait au chocolat. Un autre convive suggère : Macron au gouvernement pourrait causer un véritable « accident industriel » au PS. Devant ses convives, Hollande se raidit, assume, et en profite pour tacler son Premier ministre : « Quel est le procès qu’on fait à ce garçon ? On le critique depuis des années, mais il est quand même venu travailler avec moi très tôt. On lui fait un faux procès. Emmanuelli a bien travaillé chez Rothschild ! Et puis demain, quand Manuel ira devant le Medef, il se fera évidemment applaudir. Au fait, est-ce que tu es sûr de vouloir vraiment y aller ? » Sous-entendu, Macron est un hollandiste de la première heure, pas toi, Manuel Valls, qui te situe à la droite du PS. « Le président a désormais un collaborateur à l’Économie », remarque un des futurs collègues de Macron. Le jeu de rôle des prochains mois peut commencer.

    Mais pour le moment, le nouveau ministre de l’Économie reste un symbole, qui va très vite se transformer en boomerang pour l’exécutif… à quelques jours de l’université d’été de La Rochelle. « En pensant constituer leur dream team, ils n’ont pas percuté qu’ils faisaient une faute d’image, juge un responsable socialiste. Remplacer Montebourg par Macron, ça fait sens. Un frondeur par un banquier de chez Rothschild, ça fait sens. Et ça fait sens tout de suite. D’autant que Manuel Valls va au Medef juste après… et que Macron donne une interview au Pointparticulièrement libérale sur le plan économique en contestant les 35 heures… »

    Marqué au fer rouge par son long passage de quatre ans à la banque Rothschild, Emmanuel Macron est loin d’incarner l’identité sociale que les socialistes aiment encore se donner. Le soir même, les médias et les éditorialistes se félicitent et interprètent l’arrivée au gouvernement de l’ex-banquier comme une « clarification de la ligne », « un marqueur social-libéral », « le signe de l’inflexion donnée par Manuel Valls ».

    Bible des capitalistes du monde entier, The Wall Street Journal sort les dithyrambes la semaine suivante pour saluer l’arrivée de Macron au sein du gouvernement français : « Félicitations Mister Macron, vous commencez là où il faut… » Le quotidien libéral se félicite : « Il arrive parfois des miracles. » Et souligne « un changement rafraîchissant par rapport à son prédécesseur Arnaud Montebourg, pour qui la politique économique se résumait à faire fuir les investisseurs étrangers ».

    En ce mardi 26 août, Emmanuel Macron est pourtant encore loin des polémiques. Quand François Hollande l’appelle pour lui proposer le poste de ministre de l’Économie, l’ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée est en train de faire du vélo avec sa femme au Touquet, la station balnéaire huppée du Nord-Pas-de-Calais où les deux tourtereaux aiment se reposer le week-end. Ils y disposent d’un grand pied-à-terre. Dans son entourage, peu après la sortie de route de Montebourg, sa femme Brigitte fut d’ailleurs l’une des rares à avoir anticipé : « Tu vas voir, ils vont t’appeler ! » avait-elle assuré. En tout cas, avant que son futur ministre décroche son téléphone, le président de la République tentera à quatre reprises de le joindre… Sur son vélo, son ancien collaborateur n’avait guère prêté attention à son portable !

    Au bout du fil, Hollande commence la conversation avec Macron par une question anodine : « Comment ça va ? » Puis le président évoque le contexte politique avant de lui demander d’entrer au gouvernement. « Est-ce que j’aurai mandat pour pouvoir faire des réformes ? » questionne alors Macron, qui se permet de solliciter un délai de réflexion d’une heure – notamment pour s’assurer du soutien de sa femme… Une heure après, c’est Manuel Valls qui l’appelle. Macron réitère sa question sur les « réformes ». Comme le chef de l’État, le Premier ministre lui assure tout son soutien. Banco, répond Macron.

    Une fois confirmée sa nomination dans l’après-midi, il a foncé en voiture jusqu’à son appartement parisien dans le XVe arrondissement. Mais une grappe de journalistes l’attendant en bas de chez lui, le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, dont il est proche, lui propose de trouver refuge place Beauvau pour une courte nuit. Son emploi du temps de ministre a déjà commencé : à 7 h 30 le lendemain, il doit petit-déjeuner avec Arnaud Montebourg. Puis à 9 heures, ce sera la passation de pouvoir. Avant son premier conseil des ministres, à 10 heures.

    À la sortie, commentaire d’un de ses collègues : « Hollande est pour Macron car Macron réussit. » Le message est clair : Macron ne doit pas uniquement faire ses preuves, il doit réussir.

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    Illustration CC0 couverture du livre Pas d’attribution requise Sans langue de bois

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