• Hollande désespère ses fidèles, un plan B est envisagé

    CategoriesHollande désespère ses fidèles, un plan B est envisagé. « À déblatérer sur tout et tout le monde, il est devenu indéfendable », dit du chef de l'Etat un fidèle de Manuel Valls. Mais après la publication d'« Un président ne devrait pas dire ça… », même le cœur des fidèles de François Hollande est gagné par le doute. L'appel de soutien à sa candidature est reporté. Les partisans du premier ministre envisagent un plan B. 

    Sidérés, fatigués et en colère. Jusqu’à envisager qu’il faille changer de candidat à la présidentielle. Depuis la publication d’un nouveau livre consacré à François Hollande, le doute a gagné le cœur des fidèles du président de la République. De retour à l’Assemblée mardi, les députés socialistes tentaient de faire bonne figure, mais sans grande illusion.

    « J’ai déjà eu une centaine de députés au téléphone, je pense que je vais encore en avoir cent autres. Il y a un trouble bien sûr, pour certains de la colère », lâche, salle des Quatre-Colonnes, le président du groupe PS Bruno Le Roux. Dans la matinée, lors de la réunion du groupe, le peu de députés qui acceptent de s’arrêter pour parler à la presse sont sur la défensive, et oscillent entre agacement forcé et ingénuité feinte. 

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    Marie-Arlette Carlotti, ancienne secrétaire d’État sous Jean-Marc Ayrault, tente de faire diversion : « Moi j’ai d’abord lu l’article dans le Nouvel Observateur la semaine dernière. Il était très, très intéressant », glisse-t-elle, en référence à l’entretien accordé par le chef de l’État à L’Obs et titré « Je suis prêt », mais passé quasiment inaperçu. Il a été publié le jour de la sortie en librairie d’« Un président ne devrait pas dire ça… » de Gérard Davet et Fabrice Lhomme (Stock, 2016). Ce carambolage de calendrier a accentué la colère et la moquerie des socialistes.« C’est vraiment une bande de pitres à l’Élysée », lâche l’ancien ministre Benoît Hamon.

    « Le président préside, le gouvernement gouverne, et c’est le président le maître du calendrier », insiste de son côté le légitimiste député PS Sébastien Denaja, tentant désespérément de relativiser la tempête. Dans la salle des Quatre-Colonnes, il va même jusqu’à démentir « formellement » qu’un appel de parlementaires soutenant François Hollande était sur le point de sortir. Il était pourtant écrit, signé par 170 députés, 90 sénateurs et 75 premiers fédéraux du PS, et devait être publié dans les prochains jours. La publication du livre a tout arrêté : plusieurs parlementaires ont même retiré leur signature.

    « Le livre a un peu rebattu les cartes – moi, j'appelle un chat un chat, a confirmé mardi au micro de RFI le président des sénateurs PS Didier Guillaume. Je ne fais pas de langue de bois donc à partir de là, nous ne sommes plus dans la phase de sortir la liste qui était très nombreuse : les copains, les amis, les parlementaires qui voulaient soutenir François Hollande. L'heure n'est plus à cela. L'heure aujourd'hui est : il faut que François Hollande s'exprime devant les Français. » Le député Laurent Grandguillaume, aux Échos :« À force de se tirer des balles dans le pied, on va manquer de balles et de pieds. »

    Car tous s’interrogent désormais : et si le livre de nos confrères était l’affaiblissement de trop d’un président au plus bas dans les sondages, et contesté dans son camp ? Et s’il se mettait lui-même en position de ne plus pouvoir être candidat ? « La balle est dans son camp », a lâché mardi sur BFM-TV le premier secrétaire Jean-Christophe Cambadélis.« J'explique [le livre – ndlr] mais je n'excuse pas les phrases. » 

    « Ce qui est en jeu c’est l’existence de la social-démocratie dans ce pays, concède bien volontiers le député marseillais Patrick Menucci. Ce n’est pas un problème de personne : la question est politique, c’est l’avenir d’un courant politique. Il faut savoir s’il y a une capacité à rebondir, on le saura rapidement. » Avant d’ajouter : « La situation humaine n’est pas simple pour nous. »

    « C’est à François Hollande de trouver le moyen de nous rassurer, dit de son côté Olivier Faure, qui a longtemps travaillé avec le chef de l’État quand il était premier secrétaire du PS. Moi je n’ai jamais voulu signer d’appel du tout. François Hollande a du ressort ; c’est à lui d’en faire la démonstration. On ne signe pas un chèque en blanc. » « À partir de maintenant, tout est ouvert », glisse un de ses collègues, sous couvert d’anonymat.

    Lundi matin, lors d’une réunion à Matignon, « j'ai expliqué au premier ministre que les gens, y compris les légitimistes, sont sidérés. Ils nous disent : “Ce n'est pas possible” », a également expliqué le député PS du Val-d'Oise, Philippe Doucet.

    L'hypothèse Manuel Valls

    Dans les ministères aussi, l’ambiance est lourde. Ou plutôt : encore plus lourde. L’année 2016, marquée par la déchéance de nationalité, réforme avortée, et la loi sur le travail, réforme contestée, a été particulièrement éprouvante pour les socialistes, où même les plus légitimistes ont été ébranlés dans leurs convictions. Mais, ces dernières semaines, ils tentaient de s’accrocher à la stratégie du « trou de souris » que vendent le dernier carré des fidèles “hollandais” pour espérer une victoire à la présidentielle.

    Depuis la fin de la semaine dernière, certains semblent avoir acté l’ultime rupture. « On joue du violon à l’avant du Titanic », grince un conseiller ministériel. À la question de savoir si François Hollande est encore leur meilleur candidat, une secrétaire d’État avoue, sous couvert d’anonymat : « Franchement, j’en sais rien. » Auriez-vous dit la même chose la semaine dernière ? Sans hésiter: « Non. » « Cela fait un certain temps qu’il y a eu des ruptures entre les citoyens et certaines décisions prises », explique ce membre du gouvernement. Alors, dit-elle, le livre « perturbe tout le monde, d’autant plus qu’on était déjà assez fragile, avec l’ambiance mortifère qui règne au groupe socialiste ». 

    Le ministre des affaires étrangères Jean-Marc Ayrault est sorti de son habituelle réserve : « Un président ne devrait pas dire ça. C'est le titre du livre, et c'est la seule chose valable dans ce livre. » Dans l’ouvrage, François Hollande raconte qu’il a envisagé son remplacement à Matignon dès l’automne 2013, et qu’il en avait parlé à l’époque avec Manuel Valls.

    De nombreux parlementaires, élus et cadres du PS sont « choqués ». Sur le fond, et sur la forme. Un collaborateur socialiste à l’Assemblée, partisan de Hollande à la primaire de 2011 et social-démocrate revendiqué, demande l’anonymat – il ne veut pas perdre son travail – avant de livrer son sentiment : « Je suis consterné. Quelle absurdité, quelle naïveté ! Je me souviens de l’espoir qu’on avait il y a cinq ans… Là, je n’ai même pas l'envie de frapper à une seule porte. Pourtant, il y a des trucs bons dans le bilan. Mais je ne vois pas comment faire campagne. On a tué une génération de militants. » 

    « Ce livre nous fait honte, estime aussi Benoît Hamon, ancien ministre et candidat à la primaire du PS. Par ruissellement, cela frappe du sceau de la légèreté, de la négligence et de l’égocentrisme ce quinquennat et tous ceux qui y sont associés. » Dont lui, donc. « Il y a là une forme d’incontinence verbale. On a juste envie de dire : “Mais tais-toi !” »

    Au-delà des frondeurs, qui présentent quatre candidats à la primaire, certains élus du PS n’hésitent plus à appeler à un plan B. Le député Yann Galut demande à ses camarades de« reprendre les commandes » :

    Le vallsiste Luc Carvounas n’est guère plus tendre, cité par L’Opinion : « On nous demande d’aller au combat pour lui dans les prochaines semaines, mais à déblatérer sur tout et tout le monde, c’est devenu indéfendable. » Les socialistes s'interrogent à voix haute : qui pour remplacer François Hollande ? « S'il n'y va pas, il faut une candidature tampon entre Montebourg et Valls ou Macron », dit un de ses amis. Certains pensent à Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l'éducation et, surtout, à Ségolène Royal.

    Chez les proches du premier ministre, l’hypothèse d’une candidature est remontée en flèche. Manuel Valls lui-même, arrivé souriant mardi à la réunion du groupe PS et reparti deux heures plus tard sans un mot, a pris ses distances avec le président. En fin de semaine, en déplacement au Canada puis à Saint-Pierre-et-Miquelon, il avait lancé : « Il faut de la dignité. Il faut de la pudeur. Il faut de la hauteur de vue. » Puis : « Je veux vraiment, à travers le bilan qui a été le mien, incarner cette gauche moderne, républicaine, qui regarde le monde. »

    « Heureusement que Valls est premier ministre ! Il tient la baraque, lâche un ministre. Et François Hollande a de la chance. Si Valls n’était pas si loyal, le putsch se serait déjà mis en place. » À voir le premier ministre tout sourires mardi matin, la loyauté pourrait cependant vite trouver ses limites. Celles que le président s’est lui-même infligées.

    par LÉNAÏG BREDOUX ET CHRISTOPHE GUEUGNEAU

    Illustration CC/flickr termes juridiques simples  Sans langue de bois

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