• Hollande, entre narcissisme et mépris

    CategoriesHollande, entre narcissisme et mépris. La publication du livre Un président ça ne devrait pas dire ça… écrit par deux journalistes du Monde, Gérard Davet et Fabrice Lhomme, et rendant compte des soixante heures d’entretien qu’il ont eu avec le Président François Hollande[1], révèle bien des choses sur la personnalité, mais aussi la forme d’intelligence, de ce dernier.

    Ce livre est en train de provoquer un scandale sans précédent, non seulement car il fait exploser l’image consensuel d’un Président qui se voulait « normal », non seulement parce qu’il décrit en termes crus le mépris de classe que François Hollande éprouve pour de nombreux français, confirmant ainsi sa déclaration sur les « sans dents », mais enfin parce qu’il porte une atteinte grave à la fonction même de Président de la République. Les attaques contre la magistrature de la part du premier d’entre eux ont suscitées une réaction indignée des plus hauts magistrats de France.

    Un narcissisme obsessionnel

    Ce livre est donc révélateur du rapport plus que trouble que François Hollande entretient avec les journalistes. On imagine mal un Président conscient de ses devoirs, un Président faisant face à une crise économique structurelle, à des problèmes internationaux urgents, à la vague d’attentats que la France a connue, trouver 60 heures pour parler devant le magnétophone tendu par ces deux journalistes. Pour qu’il en soit ainsi, il faut que François Hollande soit véritablement fasciné par le monde journalistique, ce que Aude Lancelin, la journaliste de l’Obs renvoyée sans ménagements ce printemps à cause de ses articles jugés trop favorables par l’Elysée au mouvement Nuits Debout confirme dans un livre qui sort ces jours-ci. Cette trouble fascination révèle le côté profondément narcissique de ce Président, qui passe donc une grande partie de son temps à se regarder dans le miroir métaphorique que sont les journalistes. Ce côté narcissique nous indique que François Hollande est bien le Président de cette époque où la marchandisation généralisée fait exploser les égo des uns et des autres. A cet égard, il n’est guère différent de ces jeunes perdus qui se vautrent dans le narcissisme religieux, comme je l’indiquais dans Souveraineté, Démocratie, Laïcité[2]. Mais, comme narcisse, à trop s’admirer dans la rivière médiatique, il finit par s’y noyer.

    Il est aussi hautement révélateur qu’un Président qui a, sur le fond, renoncé à la souveraineté nationale et donc à gouverner, et ceci dès son arrivée au pouvoir puisqu’il fit voter le TSCG en octobre 2012, se préoccupe avant tout de ce que l’on va dire, ayant donc abdiqué en réalité le pouvoir de faire. Il y a un lien profond qui unit l’abandon de la Souveraineté à ces comportements qu’il faut bien ici qualifier de pathologiques. Vincent Tremolet de Villers, sur FigaroVox, fait alors l’analyse suivante : « Tout se passe comme si la fonction politique imposait un devoir de réserve devant la réalité. Ça fait partie du job. Alors on biaise, on contourne, on ment »[3]. En réalité, c’est la fonction politique quand elle s’exerce hors de toute souveraineté, et dans un Etat déliquescent, qui impose ce déni de réalité systématique.

    Un mépris de classe affiché

    Mais, si le déni est théorisé, et de multiples exemples l’attestent, le mépris de classe s’impose. Il faut voir comment, à propos des joueurs de football, François Hollande, qui prétend aimer ce sport (ce qui n’est pas mon cas) parle, quand il en appelle à une « musculation intellectuelle ». Ce faisant, il confond – et c’est justement là la marque certaine du mépris de classe – la culture, que clairement certains joueurs n’ont pas, et l’intelligence. Car, penser que n’importe quel sport collectif, que ce soit la football ou le rugby, le handball ou le basketball, on puisse être un très bon joueur simplement parce que l’on a des capacités physiques, et une technique, hors du commun, est une immense erreur. Tous les sports demandent une intelligence particulière, qu’ils soient individuels ou collectifs. Mais, les sports collectifs, et justement parce qu’ils sont collectifs, et de manière proportionnelle à la taille du terrain sur lequel ils sont pratiqués, impliquent des combinaisons tactiques multiples qui peuvent changer d’un moment à l’autre, et qu’il faut choisir en quelques fractions de seconde. Il a été montré à de nombreuses reprises que ces combinaisons tactiques s’apparentaient à celles des petites unités (groupe de combat ou section) militaires. Il faut donc avoir ce que l’on appelle « l’intelligence du jeu », et cette « intelligence » mobilise les mêmes mécanismes que l’intelligence. Dit autrement, on ne peut pas être Henry, Zidane, Pogba ou Griesman, et être con !

    Bien sûr, il ne serait que trop facile de pointer les erreurs de comportement, les cafouillages d’expressions, le langage même, de certains joueurs. Mais, cela relève justement de la culture et non de l’intelligence, de la culture que l’on apprend à la fois dans sa famille (d’où la notion de capital culturel) et en fréquentant l’école, le lycée, Science-pô, HEC et l’ENA, bref ce qui a été le parcours de François Hollande, même si sur ce point on peut considérer qu’il en a moins acquis que ce qu’il aurait dû et que ses lacunes sont parfois flagrantes. L’intelligence, elle, renvoie à la capacité d’innover, de s’adapter, d’analyser une situation et de ne pas répéter les erreurs passées. On peut donc être intelligent et manquer de culture, tout comme l’on peut être éduqué et cultivé et ne pas être intelligent.

    On voit donc où se situe le profond mépris de classe de François Hollande, ce mépris qui l’avait conduit à parler des « sans dents » et qui s’exprime encore à propos des footballeurs. Ce mépris pour les gens qui n’ont pu suivre le même parcours que lui, qui sont dans une autre culture, une culture qui peut d’ailleurs dans certains cas être aux limites de la marginalité et du banditisme, est l’irrémédiable preuve que François Hollande est très profondément un homme de droite, voire d’extrême-droite.

    Notes

    [1] Davet G. et Lhomme F., Un président ça ne devrait pas dire ça, Paris, Stock, 2016.

    [2] Sapir J., Souveraineté, Démocratie, Laïcité, Paris, Editions Michalon, 2016.

    [3] www.lefigaro.fr

    par JACQUES SAPIR

    Illustration CC/flickr termes juridiques simples  Sans langue de bois

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