• Hugo Chavez ou la révolution démocratique

    Hugo Chavez ou la révolution démocratique

    CategoriesHugo Chavez ou la révolution démocratique. C’est bien au Venezuela, riche pays en pétrole – mais longtemps exploité par les apparentes démocraties du Nord -, qu’il y eût jusqu’au 5 mars 2013, un dirigeant véritablement soucieux de sa nation. D’ailleurs, si Hugo Chavez – car c’est évidemment de lui dont il s’agit – fut autant diabolisé par notre Occident perverti, c’est qu’il demeurait l’un des rares gouvernants à organiser une politique en faveur de son peuple. Politique diminuant considérablement la pauvreté et résistant radicalement aux multinationales, particulièrement celles de l’impérialisme américain.

    Les symptômes de ce protectionnisme créole ?

    L’efficience d’une démocratie participative, d’abord par le contrôle du peuple sur ses élus grâce notamment au référendum révocatoire ; ensuite par une organisation politique qui s’institue de la base via les comités urbains : les consejoscommunales, de compesinos et de trabajadores  se sont progressivement substitués à une bureaucratie pétrifiante pour s’approprier directement les moyens financiers qui leurs étaient destinés…

    Certes, la classe moyenne et les riches, forcément minoritaires, ne furent pas très satisfaits de cette politique générée grâce aux ressources pétrolières. Ces dernières n’appartinrent en effet plus, ni à un seul, ni à un groupe majoritaire, mais à tous (parce que la richesse d’un pays, – comme le définit la loi économique de toutedémocratie digne de ce nom -,  doit servir tous ceux qui y vivent, sans exception).

    Aussi, comme le raconte si clairement Vanessa Stojilkovic dans son Bruxelles-Caracas, la classe des privilégiés, constituant l’opposition, reprocha à Chavez de concentrer tous les pouvoirs tel un dictateur. Cette classe de nantis, encouragée par la CIA, organisa alors en 2002 un coup d’Etat militaire avec la complicité des chaînes privées de télévision. Chavez fut enfermé ; la constitution suspendu ; le parlement, le gouvernement et  les autres élus dissous ; les médias publics interdits. Pedro Carmona, alors président de la Chambre des Commerces – autrement dit le patron des patrons -, s’autoproclama Président du pays et s’en attribua les pleins pouvoirs. Inutile de préciser que l’imposteur fut immédiatement reconnu et qualifié de grande démocrate par Washington !

    Le peuple descendit dans la rue ; et Chavez revint tel l’enfant prodigue…

    Hugo Chavez a donc généré cette  façon subversive, voire insolente, de régir par son droit et ses attributions une économie qui se voulait alors autrement libérale, – voire impératrice. Comme Thomas Sankara quinze ans auparavant au Burkina Faso, le président vénézuélien se libéra progressivement de la dépendance envers les multinationales américaines.

    Généalogie d’une révolution

    Première étape : récupérer l’argent du pétrole s’esquivant aux Etats-Unis par l’intermédiaire de la PDVSA(Petroleos De Venezuela S.A.), compagnie pétrolière apparemment vénézuélienne. Un des plus gros exportateurs au monde.

    Jusqu’à l’arrivée de Chavez c’était même principalement une filiale américaine, basée à Houston au Texas, qui gérait la production, la répartition et les bénéfices du pétrole extirpé du sol vénézuélien. Ce pillage en règleexpliquait la pauvreté des gens sur ces terres pourtant si riches.

    Mais, dès son  élection, le 6 décembre 1998, Chavez renversa le processus de privatisation de la compagnie. En 1999, l’article 12 de la nouvelle constitution – discutée par le peuple avant  son adoption par référendum – proclama la souveraineté nationale sur le pétrole :

    Les gisements miniers et d’hydrocarbures sont des biens du domaine public et sont en conséquence inaliénables et imprescriptibles. »

    En 2002 c’était déjà 26 milliards de dollars en redevances et taxes de récupérés qui allaient pouvoir être investis pour les réformes nécessaires à un meilleur développement de l’ensemble du pays. On comprend mieux la colère des américains et leur concours au coup d’Etat d’avril 2002, évoqué ci-dessus ; puis, en décembre de la même année, leur sabotage de l’industrie pétrolière, considérablement informatisé par des cadres de l’ère multinationale. Enfin, le 6 mars 2003 Chavez et les vénézuéliens parviennent à reprendre intégralement le contrôle de PDVSA. Cette date est d’autant plus forte qu’elle symbolise la fin de l’hégémonie des Etats-Unis sur l’Amérique Latine.

    Troublant de constater, par ailleurs, que le 20 mars 2003 débuta l’entrée en guerre de l’armée de Bush contre l’Irak  : opération « Iraqi freedom » ! Là encore, certaines mauvaises langues parleront de pétrole là où il n’y eut qu’une lutte pour la liberté et la démocratie. Non ?

    Mais fermons la parenthèse, et revenons sur la nationalisation de PDVSA avec ce propos si juste de Michel Collon dans son colossal ouvrage Les Sept Péchés D’Hugo Chavez :

    Se réapproprier les richesses naturelles pour qu’elles servent enfin à développer une vraie économie, telle est la tâche qui se pose à tous les pays du tiers monde pour se libérer du néocolonialisme. Les profits, les redevances, les impôts, tout cela peut être converti en programmes sociaux et économiques d’émancipation. »

    Dès 2004, la compagnie pétrolière, alors plus indépendante et économe, versa 11,4 milliards au budget national pour financer éducation, terres, clinique, terrain de jeux et développer la production d’aliments et produits agro-industriels.

    Les bienfaits du chavisme

    Hugo Chavez instaura ainsi une réforme agraire : les sols furent rentabilisés pour que les vénézuéliens ne consomment plus, par exemple, le cacao ou le tabac importé. Des centaines de milliers de familles furent aussi installées sur les terres, anciennement latifundias monopolisés alors par de riches propriétaires acoquinés avec banques et industries étrangères. Avant cela, 40% de la population s’étaient égarées dans le secteur informel du petit commerce, ce qui avait ruiné le pays. Michel Collon raconte qu’on ne pouvait faire un pas « sans buter sur l’échoppe d’un buhunero, petit vendeur sans licence » de boissons, cigarettes, gadgets, vêtements, téléphones…
    Ainsi Chavez relança la culture du travail productif.

    Un Etat à la fois fort et populaire favorisant dès lors une économie mixte avec secteur privé, public et coopératif (plus de 70.000 coopératives en 2012) ; récupérant les entreprises abandonnées par les patrons, mais maintenues par les ouvriers ; redistribuant les revenus ; garantissant des crédits importants sans taxes ; et indemnisant les multinationales pour mieux nationaliser l’acier, le ciment, la téléphonie ou internet.

    La banque centrale vénézuélienne, contrôlée par les élus et non les banques privées, fut aussi subordonnée aux intérêts du peuple. Ses réserves – comme elles devraient l’être dans toutes les banques centrales de la planète – constituèrent alors une partie du Trésor Public. Les taux pour la monnaie restèrent de la sorte fixes et stables.

    En bref, un ministère de l’économie populaire, un développement endogène, des flux financiers contrôlés… Nous sommes loin des « privatisations massives » d’un certain ancien Ministre français (et socialiste ! ) de l’Economie, des Finances et de l’Industrie.

    De toute façon, privatiser c’est exclure. C’est instaurer le monopole du privé contre les consommateurs. En outre, les bénéfices issus d’une privatisation prennent généralement le chemin de ceux qui en ont le moins besoin. Quand un ministre privatise, c’est la preuve que c’est la finance qui gouverne.

    Le Venezuela aurait pu s’aligner comme d’autres nations puissantes et prétendues démocratiques, en investissant ses dollars dans la guerre ou la quête de pétrole. La priorité sembla ailleurs : en effet l’investissement prioritaire demeurait l’amélioration du sort de toute la population. Rappelons-nous des paroles de Chavez du 24 Août 2011 :

    Le Venezuela a investi 400 milliards de dollars dans le social depuis 10 ans. Il est le pays le moins inégalitaire de toute l’Amérique. Il a réussit en une décennie à réduire de plus de moitié la pauvreté structurelle héritée de 100 ans. »

    Nos médias se sont-ils rendus au cœur du Venezuela, loin des réceptions de la bourgeoisie compradore des beaux quartiers de Caracas – une bourgeoisie certes accueillante mais en rien représentative de l’épanouissement général ?

    Comment n’ont-ils pas pu alors constater les produits locaux vendus partout bon marché, les soins, les transports en commun, internet et le téléphone portable à des sommes modiques et donc accessibles à tous ? Et que dire de ces cantines publiques ou comedores pour les plus de 60 ans, ou encore ces écoles de musique gratuites pour tous !

    Pour finir, un petit pourcentage qui ne devrait pas déplaire à Emmanuel Todd, le Venezuela était, en 2012, le pays qui étudiait le plus au monde : grâce aux bourses généreuses, 36% de la population s’instruisait… contre alors 25% en France (soit 15 millions de personnes).

    Drôles de révolutions !
    Quoique…quand on sait que toute cette politique a contribué à diminuer la dette au point d’acquérir démocratiquement cette indépendance et cette liberté. Liberté que nous revendiquons d’ailleurs tous, mais que nous oublions dès que l’argent et son confort potentiel nous enivre.

    Les rares exemples, où la politique échappe à la dictature économique et financière, témoignent toujours de leur légitimité démocratique.

    par CÉDRIC BERNELAS

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