• L'International Socialist Organization, Bernie Sanders et le Parti démocrate

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    CategorieL'International Socialist Organization, Bernie Sanders et le Parti démocrate. Un article sur les ‘caucus’ de l’Iowa publié sur Socialist Worker, le site Web de l’International Socialist Organization (ISO), et intitulé « le message radical de l’Iowa » contribue aux efforts de cette organisation pour créer des illusions dans le Parti démocrate en se servant de la campagne du prétendu « socialiste démocratique», Bernie Sanders.

    La ligne générale de l’article est que le candidat démocrate Sanders est un véritable progressiste et même un socialiste, que le Parti démocrate est en quelque sorte moins redevable à la classe capitaliste américaine que les républicains, et que les travailleurs et les jeunes devraient chercher à pousser vers la gauche, par pression d’en bas, tant Sanders que le Parti démocrate.

    Une des caractéristiques de l’ISO est qu’elle rejette, comme toutes les autres organisations composant la pseudo-gauche anti-marxiste, toute analyse de classe de l’évolution politique, des partis politiques ou de figures politiques particulières. Cela lui permet, derrière un écran de termes nébuleux tels que « de gauche » et « progressiste », de promouvoir différents candidats et partis bourgeois parlant à gauche.

    L’élite au pouvoir a de cela un besoin urgent dans des conditions d’aliénation de masse vis-à-vis des deux principaux partis bourgeois et d’une profonde crise de légitimité de tout l’establishment politique. Ce processus a trouvé une expression dans le soutien populaire pour Sanders, qui a pris l’establishment politique et médiatique, comme Sanders lui-même, par surprise.

    La campagne de Sanders, qui met l’accent sur les inégalités sociales et la criminalité de Wall Street, n’est pas une manifestation de la combativité et de la radicalisation politique montantes des travailleurs et des jeunes. Au contraire, c’est la réponse de la classe dirigeante américaine au tournant vers la gauche qui s’est opéré dans la conscience politique de larges couches de la population. Son but est de contrôler ce développement, de le canaliser derrière le Parti démocrate et de le rendre politiquement inoffensif.

    D'où l'importance pour la classe dirigeante de favoriser les illusions populaires à l’égard de Sanders et de raviver ainsi les illusions en baisse dans le Parti démocrate. C’est là le rôle de l'ISO.

    Les auteurs de l’article Danny Katch et Alan Maass donnent dès le départ de la crédibilité à l’affirmation non fondée de Sanders qu’il est socialiste; ils écrivent dans le premier paragraphe que « le gagnant du premier duel de la primaire à l’investiture présidentielle démocrate était le socialiste du Vermont. » Ils concluent leur article sur la même note, parlant de Sanders comme d’« un candidat socialiste démocratique. »

    Ce thème est développé plus loin et sa rhétorique anti-establishment, discours de « révolution politique » compris, est fourgué au lecteur comme l’article authentique. Ceci en dépit du fait que le sénateur du Vermont participe depuis des décennies aux ‘caucus’ du Parti démocrate au Congrès et qu’il ait soutenu chaque administration démocrate.

    Les auteurs indiquent eux-mêmes l’absence dans le programme de Sanders de toute proposition de réforme de grande envergure, sans même parler de revendications socialistes. Ils reconnaissent que le « discours radical du socialisme et de la révolution » de Sanders est utilisé « pour décrire des positions politiques loin d’être révolutionnaires et ressemblant davantage au passé libéral du Parti démocrate. » Ils continuent : « Et nous ne parlons pas de questions comme la politique étrangère, où il est impossible de le distinguer des démocrates traditionnels et conventionnels et même de quelques républicains modérés. » C’est là un euphémisme de l’ISO pour dire que Sanders soutient pleinement l’impérialisme américain et ses sanglantes guerres d’agression.

    Mais cela n’empêche pas les auteurs, dans leur double discours, d’écrire que la campagne de Sanders « représente un espoir pour l’opposé » du « genre de compromis », représenté par Hillary Clinton, « dont la base du Parti [démocrate] a assez. »

    À un autre moment, ils défendent la prétendue « révolution politique » de Sanders qui revient simplement à élargir la base électorale du Parti démocrate. Ils écrivent que dans les prochaines semaines, de nombreux partisans de Sanders « se trouveront soutenus dans leur conviction qu’un système conçu pour favoriser un statu quo pourri et inégal a vraiment besoin de la ‘révolution politique’ réclamée par Sanders. »

    La caractérisation par l’ISO de Clinton comme d’une « conciliatrice » est révélateur de ses efforts pour minimiser le caractère réactionnaire de ce parti de Wall Street, du Pentagone et de la CIA. L’ancienne secrétaire d’État multimillionnaire a joué un rôle de premier plan dans l’organisation de la guerre en Syrie et en Libye et a soutenu le programme d’assassinats par drones. Comme membre du cabinet d’Obama, elle a aidé à mettre en œuvre la politique d’austérité et de répression de l’administration. Lui donner l’étiquette d’une simple « conciliatrice », plutôt que de représentante d’une classe dirigeante criminelle, reflète l’attitude de l’ISO vis-à-vis du Parti démocrate dans son ensemble.

    Ailleurs, les auteurs saluent l’annonce par Sanders au printemps dernier d’une candidature à la présidence comme d’un « signe clair et bienvenu du mécontentement à l’égard des deux partis du statu quo en général – et du Parti démocratique ‘néolibéralisé’ et conciliateur, en particulier... » [nos italiques]. Autrement dit, le problème n’est pas le Parti démocratique en soi, mais seulement sa version la plus récente.

    L’utilisation par l’ISO d’une terminologie vague, non-marxiste et non de classe afin de dissimuler sa propre position de classe apparaît encore lorsque les auteurs, cherchant à l’avance à faire oublier la suite de personnalités démocrates qu’ils promeuvent derrière Clinton, écrivent que « beaucoup de voix progressistes bien connues » s’associeront à des attaques contre Sanders par l’establishment du parti. Ils ne cherchent pas à faire cadrer leur qualificatif de « progressistes » avec le soutien à l’ establishment du Parti « néolibéralisé. »

    Vers la fin de l’article, les auteurs réaffirment leur différence tactique avec Sanders – le fait qu’il se présente en tant que démocrate plutôt qu’en candidat indépendant ou d’un parti tiers. Ils écrivent : « Et, malheureusement, Sanders a clairement fait savoir dès le début de sa campagne que s’il perdait la nomination, c’est exactement ce qu’il allait faire – soutenir le candidat démocrate, plutôt que de transformer sa campagne en candidature indépendante ou de soutenir un véritable candidat de gauche comme Jill Stein du Parti Vert. »

    L’implication est que Sanders a fait une regrettable erreur en décidant de se présenter à la nomination du Parti démocrate, comme si cette décision n’avait rien à voir avec sa position de classe ou le caractère essentiel de sa prétendue « révolution politique. »

    Ensuite, il y a l'expression: « véritable candidat de gauche », dépourvue de tout contenu objectif. En fait, le Parti Vert est un parti bourgeois qui tire l'essentiel de son soutien des couches les plus privilégiées de la classe moyenne et est hostile aux intérêts de la classe ouvrière. Les homologues internationaux de Jill Stein ont pleinement soutenu la politique de guerre, d'austérité et de répression menée par les gouvernements européens, et sont actuellement en train d’attiser une chasse aux sorcières raciste contre les réfugiés et les musulmans sur le continent.

    Même si Sanders avait décidé de se présenter comme indépendant, cela n’aurait pas modifié fondamentalement le caractère de sa campagne. La classe dirigeante américaine possède une vaste expérience dans la production de campagnes soi-disant « tierces » ou « indépendantes » qui servent de paratonnerres au mécontentement populaire et à devancer un mouvement politique indépendant de la classe ouvrière – du Parti populiste à la fin du 19e siècle à la campagne du « Parti progressiste » de Henry Wallace en 1948.

    Le principal motif de l’ISO pour présenter ainsi la campagne Sanders est d’encourager l’illusion que la pression populaire peut pousser Sanders et le Parti démocrate vers la gauche – que ce parti capitaliste de droite peut en quelque sorte servir de véhicule à la satisfaction des besoins et des intérêts des travailleurs.

    Il y a huit ans, l’ISO était devenue, avec le reste de la pseudo-gauche, l’ardent meneur de claque de la campagne présidentielle de Barack Obama. L’ISO a salué son élection comme un événement « transformateur » qui mettrait fin à des décennies de réaction politique et ouvrirait en Amérique une nouvelle période de réforme sociale progressiste. Quand Obama a commencé, avec une incroyable rapidité, à briser ses promesses de campagne, tout en poursuivant et en intensifiant la politique réactionnaire de son prédécesseur, l’ISO a adopté la ligne que la pression populaire d’en bas pourrait le libérer de l’influence de l’aile droite et lui permettre de suivre son penchant prétendument naturel pour la réforme progressiste.

    Ceci, bien entendu, s’est avéré être, dans l’expérience de millions de gens, une fraude politique. Mais, comme le reste de la fratrie de la pseudo-gauche, l’ISO ne rend jamais compte de son passé. Utilisant la même méthode cynique, elle s’est maintenant engagée dans une campagne pour promouvoir des illusions similaires dans Sanders, pour les mêmes fins réactionnaires. 

    par Tom Hall et Barry Grey

    Illustration Bernie Sanders Sans langue de bois

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