• L’or continue de hanter notre système monétaire.

    CategoriesL’or continue de hanter notre système monétaire. Basé sur l’indice M1 de la Chine, de la zone euro et des États-Unis, et adossé à 40% sur l’or, cela impliquerait un prix de l'or de 10.000 $ par once pour ne pas entraîner de déflation. A ce prix, un système monétaire stable pourrait être soutenu.

    Pendant un siècle, les élites ont travaillé pour éliminer l’or en tant que monnaie, à la fois physiquement et idéologiquement. Cela a commencé en 1914, avec l’entrée du Royaume-Uni dans la Première Guerre mondiale. La Banque d’Angleterre a voulu suspendre la convertibilité des billets de banque en or. Keynes a alors conseillé à la banque, à bon escient, de ne pas le faire. L’or est un matériau à quantité limitée, mais le crédit est élastique.  

    En restant attaché à l’or, le Royaume-Uni pouvait maintenir son crédit, et financer l’effort de guerre. Cela c’est su. La Maison de Morgan [la banque J.P. Morgan, NdT] a organisé des emprunts massifs pour le Royaume-Uni, et aucun pour l’Allemagne. Ce financement était crucial, et a permis de soutenir le  Royaume-Uni jusqu’à ce que les États-Unis abandonnent leur neutralité et fassent pencher l’équilibre militaire en défaveur de l’Allemagne.

    Malgré la convertibilité formelle de la livre sterling en or, la Banque d’Angleterre en a systématiquement découragé la conversion réelle, et cela a marché.

    Les pièces d’or ont été retirées de la circulation et transformées en barres de 400 onces. Cette méthode limitait la propriété d’or aux gens suffisamment riches pour pouvoir s’acheter des lingots, et a confiné la présence de l’or aux coffres. Une disparition similaire de l’or en tant que monnaie en circulation a eu lieu aux États-Unis.

    Le prix de l’or a bondi ces dernières années

    En 1933, le président américain Franklin Roosevelt a publié un décret faisant de la possession d’or un crime. FDR s’est basé sur Trading with the enemy Act de 1917 [Loi sur le commerce avec l’ennemi, NdT] pour justifier cette loi. Puisque les États-Unis n’étaient pas en guerre en 1933, l’ennemi était sans doute le peuple américain.

    En 1971, le président américain Richard Nixon a aboli la convertibilité du dollar américain en or pour les partenaires commerciaux des États-Unis. Nixon avait promis que cette mesure serait temporaire. Quarante-cinq ans plus tard, elle est toujours en place.

    En 1973, les pays du G7 et le FMI ont démonétisé l’or. Les membres du FMI n’étaient plus obligés de détenir des réserves d’or. L’or était dorénavant devenu un produit comme un autre. Le point de vue des élites financières était que l’or était fini.

    Pourtant, comme le fantôme de Banquo, l’or insiste pour garder sa place à la table monétaire. Les États-Unis détiennent 8 133 tonnes d’or [Non audité depuis fort fort longtemps, NdT]. Les membres de la zone euro et la BCE en détiennent 10 788 tonnes. La Chine dit en détenir 1 788 tonnes, mais les chiffres réels sont plus près de 4 000 tonnes, sur la base de données fiables provenant des exportations de Hong Kong et de l’exploitation minière chinoise.

    La Russie en a 1 447 tonnes, et en achète plus de 200 tonnes par an. Le Mexique, le Kazakhstan et le Vietnam, entre autres nations, ont augmenté leurs réserves d’or récemment. (Dommage pour le Royaume-Uni, qui a vendu plus de la moitié de son or à des prix au plus bas entre 1999 et 2002.)

    Après des décennies comme vendeurs nets d’or, les banques centrales sont devenues des acheteurs depuis 2010. Une nouvelle ruée vers l’or a commencé.

    Quels sont les moteurs de ce nouveau comportement vis à vis de l’or? Dans certains cas, les banques centrales sont en train de se prémunir d’une inflation du dollar américain.

    La Chine possède 3 200 milliards $ en réserve, dont plus de la moitié en dollars américains, principalement des bons du Trésor américain. Le dollar n’a pas de meilleur ami que la Chine, parce que sa richesse est thésaurisée en dollars. Pourtant, le risque d’inflation se profile. La Chine ne peut pas se débarrasser rapidement de ses bons du Trésor; le marché en bons du Trésor est vaste, mais pas si vaste.

    Si la vente de bons du Trésor chinois devenait une menace pour les intérêts américains, un président américain pourrait geler les comptes chinois par un simple coup de fil.

    Les Chinois le savent. Ils sont coincés avec leurs dollars. Ils craignent, avec raison, que les États-Unis ne se débarrassent de cette dette de 19 000 milliards par l’inflation.

    La solution de la Chine est donc d’acheter de l’or. Si l’inflation du dollar commence, les avoirs en bons du Trésor de la Chine vont dévaluer, mais le prix en dollars de son or va monter en flèche. Une grande réserve en or est un moyen de diversification prudent.

    Les motifs de la Russie sont géopolitiques. L’or est l’arme du XXIe siècle pour les guerres financières.

    Le dragon chinois

    Les États-Unis contrôlent les systèmes de paiement en dollars et, avec l’aide des alliés européens, peuvent éjecter leurs adversaires du système de paiement international appelé Swift. L’or est à l’abri de telles agressions. L’or physique en votre possession ne peut pas être piraté, effacé, ou bloqué. Utiliser l’or est un moyen simple pour la Russie de régler ses comptes sans ingérence des États-Unis.

    Certains pays acquièrent aussi de l’or en prévision d’un effondrement du système monétaire international. Le système s’est effondré trois fois au cours du siècle dernier. Chaque fois, les grandes puissances financières se sont réunies pour écrire de nouvelles règles.

    Ces réunions se sont tenues à Gênes en 1922, à Bretton Woods en 1944, et à la Smithsonian Institution en 1971. Un système monétaire international a une durée de vie moyenne de 30 ans.

    Trente ans ont passé depuis l’Accord du Louvre (une réévaluation de l’accord Smithsonian). Cela ne signifie pas que le système va s’effondrer demain, mais personne ne devrait être surpris si c’est le cas. Lorsque les pouvoirs financiers suivants se réuniront pour réformer le système, ce sera pour réformer le privilège exorbitant du dollar.

    Le yuan chinois et le rouble russe ne sont pas de vraies monnaies de réserve. Les seules références possibles pour le nouveau système seront les droits de tirage spéciaux du FMIet l’or.

    Les critiques affirment qu’il n’y a pas assez d’or pour soutenir le système financier. C’est n’importe quoi. Il y a toujours assez d’or, ce n’est qu’une question d’accord sur son prix.

    Basé sur l’indice M1 de la Chine,  de la zone euro et des États-Unis, et adossé à 40% sur l’or, cela impliquerait un prix de l’or de $10 000 par once pour ne pas entrainer de déflation. A ce prix, un système monétaire stable pourrait être soutenu.

    En ce qui concerne les élites monétaires, regardez ce qu’elles font, pas ce qu’elles disent. Alors que les élites dénigrent l’or à chaque occasion, elles l’achètent, le stockent, et se préparent pour le jour où posséder de l’or déterminera leur place à la table de la réforme du système monétaire international.

    James Rickards est l’auteur du livre The New Case for Gold, publié aux éditions Portfolio Penguin. 

    par James Rickards

    James Rickards est l’auteur du livre The New Case for Gold, publié aux éditions Portfolio Penguin.

    Illustration aucun Copyright Sans langue de bois

    Source The Telegraph

    Traduit par Wayan, relu par nadine pour le Saker Francophone.

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