• La chasse aux musulmans est lancée

    La chasse aux musulmans est lancée

    CategoriesLa chasse aux musulmans est lancée. le vêtement qui fait peur ? Près d’une trentaine de communes balnéaires ont interdit le port du burkini sur leurs plages. Car leurs maires considèrent cette tenue de plage musulmane comme une forme de revendication religieuse, d’encouragement à rejoindre l’islam. Or, le principe de la laïcité en France pose une séparation entre l’État et la religion. Selon ce principe, il est interdit de porter des signes religieux trop visibles à l’école car ils pourraient être une forme d’encouragement envers telle ou telle religion. Mais une plage n’est pas une école…

    Un mois après le massacre de Nice le soir du 14 juillet, plusieurs maires de droite ont pris un arrêté interdisant le « burkini », une tenue de plage couvrant le corps selon Benoit Delrue du portail le bilan. Ce vêtement porterait atteinte à l’ « ordre public », serait le « symbole de l’extrémisme islamiste » selon l’édile de Cannes, et ferait même « référence à une allégeance à des mouvements terroristes qui nous font la guerre » d’après son directeur général des services selon le Monde.

    Qu’importe si la tenue en question n’a strictement rien à voir ni avec Daesh, qui voit d’un mauvais œil l’apparition de femmes musulmanes sur les plages mixtes, ni avec la burqa, qui dissimule le visage – c’est ce pourquoi elle a été interdite en 2010. Se battre contre un vêtement qui permet à des femmes pudiques de se baigner en public serait l’extension logique de la guerre contre le terrorisme que le gouvernement a déclaré à maintes reprises depuis un an et demi. D’ailleurs, le Premier ministre socialiste Manuel Valls n’a pas hésité à s’inscrire dans la polémique en apportant son « soutien » aux maires de droite ayant pris les arrêtés.

    Quant à l’application de ces arrêtés, elle ne fait pas mystère : toutes les femmes habillées à la plage, et même celles qui portent un simple foulard sur leurs cheveux selon Libération, sont visées par les policiers municipaux qui n’hésitent pas à verbaliser. Ces derniers ne font pas nécessairement preuve de zèle ; il ne font que suivre les ordres de leurs municipalités, dirigées par des forces réactionnaires n’hésitant pas à semer des amalgames entre voile, vêtements longs, burqa et terrorisme. Ainsi donc les forces de l’ordre partent à la chasse aux musulmans, de même que de (grands) adolescents partent à la chasse aux Pokémon le regard vissé sur leur smartphone. Pendant ce temps, le burkini bat des records de ventes depuis qu’il a été médiatisé d’après le magazine Le Point .

    La polémique est un piège bien huilé, dans lequel tombent de nombreuses personnalités progressistes au nom des droits des femmes. Alors que le mouvement féministe exige depuis plus d’un siècle qu’on laisse les femmes s’habiller comme elles le souhaitent, voici qu’il faudrait interdire certaines tenues jugées inadéquates vis-à-vis des « valeurs de la République ». La « laïcité », concept dévoyé désormais invoqué pour forcer les musulmans à la discrétion, voire à la disparition, n’a plus grand chose à voir avec la grande loi de 1905 séparant l’Église et l’État, ni avec la déclaration des droits de l’Homme, qui stipule le libre exercice de ses croyances dans l’espace public, en particulier lorsqu’elles s’inscrivent dans un culte minoritaire à l’échelle d’un pays ou d’un continent. Le piège fonctionne : nombreux sont ceux, à droite comme à gauche, qui jugent insupportable de voir des femmes porter un vêtement couvrant à la plage. Celles-ci seraient, forcément, opprimées par leurs maris, leurs frères, leurs pères, et leur libération ne surviendrait que lorsqu’elles se déshabilleront.

    Mais ce sont des femmes qui se font verbaliser sur les plages méditerranéennes, et ce sont elles qui souffrent en premier lieu du climat nauséabond qui se disperse dans l’hexagone. En réalité, la polémique appuie une fois encore sur la fracture entre les musulmans (et leurs rares soutiens) et le reste de la communauté nationale. Les Français tolèrent de moins en moins la présence de fidèles à l’islam dans l’espace public, précisément comme le souhaite le Front National, qui fait son beurre sur un énième faux débat, déversé par les grands médias, poussant les citoyens à se tourner contre leurs voisins musulmans. Derrière la haine de l’islam se cache la haine des Arabes, un racisme d’État toujours plus intense et qui amène à considérer que, pour s’intégrer, l’étranger se doit d’adopter le même comportement que le Français soi-disant de souche.

    Cet épisode politico-médiatique, qui stigmatise les citoyens de confession musulmane et construit un amalgame autour du danger terroriste, s’inscrit dans le processus guerrier que nous avons analysé, voici plus de quinze mois, sur la place de l’islam en France. C’est bien le risque d’une guerre civile qui se couve derrière l’intolérance grandissante de notre pays. Certains y ont intérêt : la haute bourgeoisie, constituée des milliardaires français, ne s’est jamais autant gavée que lorsque le peuple subit une guerre intestine. Cette polémique, à leurs yeux, revêt deux avantages : dresser les travailleurs les uns contre les autres, et faire oublier que c’est une lutte puissante et fraternelle contre la loi Travail de Manuel Valls qui faisait l’actualité avant l’été. Mais leur système pourrit de l’intérieur, et la roue de l’Histoire tournera.

    le Conseil d’Etat a insisté sur la liberté de conscience selon le Monde. La liberté de conscience, la liberté d’aller et de venir et la liberté personnelle sont des libertés fondamentales, de celles que, depuis la loi du 30 juillet 2000, la juridiction administrative protège, s’il y est porté une atteinte « grave et manifestement illégale » par une décision d’une autorité publique. Et s’il y a urgence, en ordonnant toute mesure nécessaire à leur sauvegarde, comme la suspension de la décision, par une ordonnance de référé, prise par un ou plusieurs juges du tribunal administratif, dans les quarante-huit heures, avec appel possible devant le Conseil d’Etat.

    Le maire de Villeneuve-Loubet (Alpes-Martimes), avant d’autres maires, avait pris, le 5 août, un arrêté modifiant la réglementation de l’accès aux plages de la commune, pour l’interdire à toute personne portant des vêtements ayant une « connotation » contraire au principe de laïcité.

    Saisi de demandes de suspension de cet arrêté, le tribunal administratif de Nice les a rejetées en jugeant que si le respect de libertés fondamentales était bien en jeu, elles pouvaient être limitées légalement par cette mesure d’interdiction.

    L'ONU défend le droit à porter le burkini rapporte la Dépêche. Le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme a vivement défendu mardi le droit à porter le burkini, fustigeant les arrêtés pris en France contre cette tenue vestimentaire et estimant qu'ils favorisent la "stigmatisation" des musulmans. 

    Dans un communiqué, le Haut-Commissariat appelle "toutes les autorités locales ayant adopté des interdictions (...) à les annuler immédiatement".

    "Les codes vestimentaires, tels que les décrets anti-burkini, affectent de manière disproportionnée les femmes et les filles et sapent leur autonomie en niant leur aptitude à prendre des décisions indépendantes sur leur manière de se vêtir", assure le communiqué.

    Pour le bureau du Haut-Commissaire, le Jordanien Zeid Ra'ad Al Hussein, "l'égalité des genres ne peut être obtenue en réglementant les vêtements que les femmes décident de porter".

    Une trentaine de villes du littoral, notamment sur la Côte d'Azur, ont interdit cet été le maillot de bain intégral musulman ou "burkini", certains y voyant une provocation après l'attentat islamiste qui a fait 86 morts le 14 juillet à Nice.

    Vendredi dernier, la plus haute juridiction administrative française, le Conseil d'Etat, a toutefois suspendu l'un de ces arrêtés municipaux et a averti les maires que toute interdiction du burkini devait s'appuyer sur des "risques avérés" pour l'ordre public.

    Malgré cette décision, plusieurs maires ont décidé de continuer à infliger des amendes aux femmes portant des burkinis.

    'Polarisation' entre communautés

    Ces arrêtés "n'améliorent pas la situation sécuritaire; ils tendent au contraire à alimenter l'intolérance religieuse et la stigmatisation des personnes de confession musulmane en France, en particulier les femmes", a dénoncé le Haut-Commissariat.

    "En favorisant la polarisation entre les communautés, ils n'ont réussi qu'à aggraver les tensions et pourraient, en réalité, miner les efforts destinés à combattre et prévenir l'extrémisme violent, des efforts qui dépendent de la coopération et du respect mutuel entre les communautés", relève le communiqué, qualifiant ces interdictions de "hautement discriminatoires".

    "De plus, et comme cela a été largement rapporté, la façon dont les décrets anti-burkini ont été mis en oeuvre dans certaines stations balnéaires a été humiliante et dégradante", s'insurge-t-il également.

    D'après l'agence onusienne, selon les standards internationaux des droits de l'Homme, les limites à la liberté de toute personne de manifester sa religion ou ses convictions, y compris par le choix de tenues vestimentaires, "ne sont autorisées que dans des circonstances très limitées, y compris pour la protection de la sécurité publique, l'ordre public, la santé publique ou la morale".

    Pour le Haut-Commissariat, "toute préoccupation relative à l'ordre public doit être gérée de manière à cibler les personnes qui incitent à la haine ou réagissent violemment, et non les femmes qui veulent simplement marcher sur la plage ou se baigner dans un vêtement dans lequel elles se sentent à l'aise".

    "De même, on ne peut prétendre que l'interdiction d'une tenue de bain est nécessaire pour un motif d'hygiène ou de santé publique", conclut-il.

    Illustration CC/flickr termes juridiques simples  Sans langue de bois

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