• La fermeture de Fessenheim, de la mauvaise science-fission l’État brade nos atouts énergétiques

    La fermeture de Fessenheim, de la mauvaise science-fission l’État brade nos atouts énergétiques

    CategoriesLa fermeture de Fessenheim, de la mauvaise science-fission l’État brade nos atouts énergétiques. Promesse du candidat Hollande aux Verts en 2011, la fermeture de la doyenne des centrales a été actée et chiffrée en août par le gouvernement et la direction d’EDF. Un accord que contestent notamment les syndicats. Fessenheim serait-elle le bouc émissaire d’un choix purement politique ?

    C’est à la mi-août que le processus de fermeture anticipée à 2018 de la plus ancienne centrale nucléaire en France a franchi ce qui pourrait être son ultime étape, avec l’annonce d’un accord sur les modalités d’indemnisation que l’État versera au groupe EDF. Une indemnisation par étapes, avec un premier versement de 100 millions d’euros au moment de l’arrêt de la centrale et des étapes ultérieures en fonction de plusieurs paramètres, dont l’évolution du prix de l’énergie. Un second versement de 300 millions d’euros serait déjà acté. EDF pourrait donc recevoir aux alentours de 400 millions d’euros. Pour le gouvernement, ces versements devraient permettre à EDF de financer non seulement les coûts de fermeture des deux réacteurs de 900 mégawatts mais aussi l’éventuel manque à gagner pour le groupe durant les années où la centrale aurait pu fonctionner.

    « Foutaises », selon Philippe Page Le Merour, de la FNME CGT, qui qualifie de « blague » le montant, alors que son syndicat l’estime à 2 milliards : « La reconversion sociale est comprise dans les 96 millions – et non pas 100 comme annoncé. Cela ne laisse pas beaucoup de moyens pour le reste. Nous allons tout faire pour que le comité central d’entreprise d’aujourd’hui utilise toutes ses prérogatives. Tout n’a pas été exploré. Toutes les conséquences de cette fermeture sur le réseau électrique français et les répercussions économiques et sociales sur le bassin d’emploi ne sont pas connues. »

    Une décision sans fondement technique

    « Fermeture incohérente », pour le sénateur PCF Jean Pierre Bosino : « Cette centrale a bénéficié récemment d’investissements de plusieurs centaines de millions d’euros pour améliorer sa sûreté conformément aux exigences de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN). Elle est amortie et fournit une électricité à faible prix de revient. »

    Fessenheim, non contente d’avoir reçu l’aval de l’ASN pour 10 années supplémentaires, est aussi performante. « C’est la troisième plus efficace du parc nucléaire français », explique-t-on à la CGT, mais aussi une centrale très rentable qui rapporte 200 millions d’euros par an. Avec cette fermeture, plus de 2 000 emplois seront aussi supprimés sur un territoire dont le taux de chômage a doublé en dix ans. Mais au-delà des dégâts sociaux, les partenaires d’EDF sur le site pourraient aussi avoir leur mot à dire. L’électricien allemand EnBW et les suisses Alpiq, Axpo et BKW, qui reçoivent de l’électricité au prorata de leur participation, soit 32,5 %, auraient en effet beau jeu de contester la somme proposée par Ségolène Royal et de réclamer une rallonge en raison des préjudices.

    Alors pourquoi Fessenheim ? Décision purement politique sans fondement technique, dénonce-t-on, déclinaison des promesses faites aux Verts par le candidat Hollande en 2011 : « C’est l’un de ses engagements, admet Michèle Rivasi, députée européenne EELV. Mais il a mis du temps à le concrétiser. » Certes, d’autres centrales auraient aussi pu être dans la ligne de mire, convient la députée. N’en reste pas moins que ce choix se justifie : « Plusieurs critères viennent l’appuyer à nos yeux. Premièrement, c’est la plus vieille et plus elle vieillit, plus il y a de risques. » Mais au-delà de cet argument, c’est la situation géographique de la centrale qui inquiète singulièrement les écologistes : « Elle est située sur une zone sismique et en contrebas d’une digue. Si le canal déborde suite à une rupture, elle risque d’être inondée. L’eau, qui assurait jusque-là le refroidissement, mettra hors services les systèmes électriques. » Reste, enfin, la sécurité à l’intérieur de la centrale, qui d’après elle ne répond pas aux risques extérieurs. Ainsi l’épaisseur du radier, dalle de béton en sous-bassement des réacteurs, moins épais que dans les autres centrales. « Suite à Fukushima, il a certes été renforcé et des travaux à hauteur d’une vingtaine de millions d’euros ont été réalisés », admet encore Michèle Rivasi. « Mais est-ce bien suffisant pour cet élément de confinement de la radioactivité ? En cas de fusion, le radier pourrait être percé. Or, Fessenheim se trouve sur la plus grande nappe phréatique d’Europe. Tout le sol du Rhin jusqu’à Amsterdam pourrait devenir radioactif. », anticipe la députée.

    Manque d’anticipation du gouvernement

    À ces arguments écologiques, l’intersyndicale, présente aujourd’hui à Paris, et qui, dans le cadre des manifestations, prévoit des baisses de production, en avance d’autres : « Cette fermeture est une drôle de manière pour l’Europe de lutter contre le réchauffement climatique et cette volonté de réduire les émissions de CO2 d’ici 2040. Fermer Fessenheim c’est, dans un laps de temps encore indéfini, aller se fournir en électricité ailleurs. Et pourquoi pas en Allemagne et ses centrales thermiques au charbon ? Le dégagement de CO2 de la production électrique de nos amis d’outre-Rhin est huit fois supérieur au nôtre. »

    Divergences, donc, sur le choix de Fessenheim, mais convergences pour ce qui est de pointer du doigt le manque d’anticipation du gouvernement : « La reconversion du site aurait dû être anticipée depuis longtemps. Non seulement par le gouvernement, mais aussi par la direction d’EDF. Là nous sommes face à une situation économique inextricable, à de l’à-peu-près », termine la députée EELV. « Quelles sont les solutions électriques alternatives à cette fermeture ?, personne n’en parle. On ne règle rien en disant juste : “On ferme !” » termine Jean-Pierre Bosino.

    par ERIC SERRES du journal l'Humanité

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