• Le mouvement « Nuit Debout » peut-il avoir un avenir sans se structurer politiquement ?


    CategoriesLe mouvement « Nuit Debout » peut-il avoir un avenir sans se structurer politiquement ? Coupure de courant à République, un «lampagate» pour les participants selon le Parisien. Un place emblématique plongée dans le noir. Alors que tous les soirs depuis une douzaine de jours, des centaines voire des milliers participants se retrouvent sur la place de la République pour les désormais célèbres « Nuit debout », c'est une coupure d'électricité qui fait hurler les participants ce mardi soir 43 mars, selon le décompte des organisateurs.

    Sur les réseaux sociaux, notamment sur Twitter, les témoins racontent.  Un nouveau hastag  #Lampagate est apparu, visant notamment la maire de Paris Anne Hidalgo accusée, à tort ou à raison, d'être responsable de cette coupure de courant lors de cette nuit du 12 au 13 mars, marquant le douzième jour de ce mouvement né des suites des manifestations contre la loi du travail El Khomri.

    « Le pays des Lumières coupe le courant à sa jeunesse. Pour ensuite déplorer qu'elle n'aille plus voter. Brillant. #NuitDebout», s'exaspère notamment Guillaume Blardone. « Drôle de Ville Lumière dans l'obscurité. #NuitDebout semble mener pouvoirs publics vers la sphère de l'absurde #Com», ajoute Clara-Doïna Schmelck, une journaliste.

    Vers minuit, un cortège de plus d'une centaine de manifestants s'est rendu devant un commissariat du IIe arrondissement, au cri notamment de «Paris debout, soulève toi» pour réclamer la libération d'un étudiant interpellé dans la journée à la suite d'un manifestation à Saint-Lazare contre la loi travail. Ils ont été bloqués à proximité de l'hôtel de police par un cordon de policiers. Un rassemblement relayé sur les réseaux sociaux en direct grâce à l'application Périscope. Selon des témoins sur place, relayé sur le web, les manifestants crient « libérez Baptiste ». A 1 heure du matin, une intervenante prend la parole, toujours relayée sur les réseaux.

    Nuit debout se délocalise à Saint-Lazare rapporte le magazine le point. Une centaine de manifestants sont entrés dans la gare et une dizaine ont tenté de bloquer les quais avant d'être délogés par les policiers.

    Plus d'une centaine de personnes se sont rassemblées mardi après-midi à la gare Saint-Lazare à Paris à l'appel de la Coordination nationale étudiante (CNE, universités mobilisées), rejoints par des participants à la Nuit debout, pour demander le retrait du projet de loi travail. Derrière des banderoles « Faisons dérailler le gouvernement - Paris 6 avec les cheminots » et « Grève générale », environ 100 à 200 étudiants se sont rassemblés sur le parvis de la gare Saint-Lazare en milieu d'après-midi « en soutien aux cheminots », actuellement en négociation avec leur direction.

    Les manifestants sont ensuite entrés dans la gare et une dizaine d'entre eux ont tenté de bloquer les quais. Les policiers ont alors fait usage de gaz lacrymogènes à une heure d'affluence dans la gare. Délogés de la gare, ils se dirigeaient ensuite vers la place de la République, lieu de convergence des participants à la Nuit debout, qui occupent la place chaque soir depuis le 31 mars, a constaté un journaliste de l'Agence France-Presse.

    Des annonces en faveur des jeunes

    Au lendemain d'une rencontre entre le Premier ministre et les organisations de jeunesse mobilisées, plusieurs annonces ont été faites : surtaxation des CDD, prolongement des bourses après les études, augmentation du nombre de places en BTS-IUT et une hausse de la rémunération des plus jeunes apprentis. « Ce n'est pas aux syndicats de faire des négociations. Aucune organisation ne peut parler au nom du mouvement », ont déclaré à l'Agence France-Presse deux portes-parole de la CNE, Aïssatou et Lucie.

    Concernant le principal syndicat étudiant Unef, elles ont estimé que celui-ci devait être « satisfait » des propositions du gouvernement. « C'est (son) histoire, la nôtre, c'est le retrait de la loi travail. » Pour Samuel et Alice, deux étudiants venus respectivement de Béziers et Paris-I, qui ne sont « pas satisfaits des annonces », « les propositions du gouvernement sont un leurre pour décourager les gens » à poursuivre le mouvement. La CNE a par ailleurs décidé la tenue d'une manifestation jeudi à 14 heures au départ de Stalingrad (est parisien) pour demander le retrait de la loi.

    Le mouvement « Nuit Debout » peut-il avoir un avenir sans se structurer politiquement ? Un nouveau mouvement de contestation qui semble spontané occupe la place de la République à Paris depuis le 31 mars et rencontre un certain succès rappel Iris-France. Quels sont les modes d’actions, les modèles et les codes qui inspirent ce mouvement ? Quelle est la dynamique actuelle du mouvement, notamment quant à son exportation dans d’autres villes de France, voire à l’étranger ?

    Le mouvement « Nuit debout » n’est peut-être pas si spontané que cela. C’est le magazine de gauche radicale Fakir qui est à l’origine de ce rassemblement régulier sur la place de la République. Pour le moment, il réunit plusieurs milliers de personnes chaque soir, s’étend dans plusieurs villes en France et, à priori, aussi en Europe. Son succès dépendra de sa durabilité.

    Les modalités d’action sont assez traditionnelles. Elles retracent la naissance de la démocratie à travers moult assemblées générales et citoyennes qui débattent à la fois de l’avenir du monde et du mode d’organisation propre au mouvement. Il s’agit de définir un cadre pour déterminer comment prendre des décisions, dans une logique que l’on peut retrouver dans d’autres types de mouvements, à savoir la logique d’horizontalité. Celle-ci refuse la structuration, l’identification d’un porte-parole, d’une doctrine, d’un programme bien établi et prône l’égalité entre les différentes personnes en termes notamment de temps de parole et d’idées.

    Quant à la dynamique du mouvement, on peut d’ores et déjà être surpris que l’appel au rassemblement ait fonctionné. Il y a eu cette manifestation du jeudi 31 mars dernier et ce rendez-vous qui invitait les participants à se retrouver place de la République. Cela avait déjà étonné les organisateurs. Puis le mouvement a duré au-delà du week-end et continue chaque soir malgré la pluie occasionnelle, la présence des forces de l’ordre et parfois de groupes d’extrême-droite. La contestation s’exporte à la fois en province – dans une quarantaine de villes – et, à priori, en Belgique, à Berlin et en Espagne alors même qu’on considère les membres de Nuit Debout comme des Indignados à la française.

    Il y a donc certainement une dynamique. Il faut voir comment elle va s’inscrire dans le temps. Le fondement légal de l’occupation de la place de la République expirera le 9 avril prochain. Il sera donc intéressant de voir ce qu’il en adviendra après. Y aura-t-il toujours des rassemblements, illégaux éventuellement ? Y aura-t-il des tensions avec les forces de l’ordre et les autorités ? Y aura-t-il des éléments violents ? Ce n’était jusqu’alors pas le cas. Le pacifisme contribue à la sympathie qu’inspire le mouvement auprès des curieux, des médias et de certains politiques. Cela pourrait évoluer si des éléments violents venaient se greffer sur cette dynamique.

    L’occupation populaire de l’espace public est rarement synonyme de conquête politique. Pourquoi une telle difficulté à traduire la sagesse collective des citoyens en projets politiques ?

    C’est une grande interrogation. Tous les mouvements de protestation que l’on a pu connaitre jusqu’à présent, des printemps arabes jusqu’à la place Maïdan, en passant par la Bulgarie et Hong-Kong, connaissent cette difficulté. Ce sont souvent des personnes qui rejettent la façon dont la politique traditionnelle est menée, les partis politiques de gouvernement, et qui veulent influencer le système politique sans y participer. Cette attitude rappelle le fameux slogan des altermondialistes « changer le monde sans prendre le pouvoir » qui est compliqué à mettre en place de façon concrète. Comment changer le système politique uniquement en se rassemblant sur une place, sans passer, à un moment donné, par le jeu politique, politicien voire par le jeu électoral ?

    L’Espagne est certainement l’exception à la règle. Podemos, qui a été créé en 2014, 3 ans après l’occupation de la Puerta del sol, s’inspire de la philosophie des indignés. Or c’est toute la difficulté que l’on connait à ces mouvements. A un moment donné, une structure politique cherche à récupérer leur vision du monde parce que les mouvements d’occupation refusent toute structuration et toute compromission avec le système politique. La question qui se pose est donc comment changer le système politique sans y participer d’une manière ou d’une autre ?

    En n’offrant pas de reconnaissance ni de débouchées aux mouvements pacifiques citoyens, le système politique ne s’expose-t-il pas à l’émergence de modes de contestation plus radicaux ?

    On perçoit aujourd’hui, en France ou ailleurs, la volonté des citoyens et de la société civile de remettre en cause les partis traditionnels, l’application de la politique actuelle caractérisée par l’omniprésence du marketing, de la communication et du politiquement correct. D’un certain point de vue, il s’agit d’« ubériser » la politique. En France, ces revendications s’expriment à travers plusieurs initiatives, depuis le début de l’année, comme « LaPrimaire.org » qui vise à identifier un candidat citoyen à travers une primaire ouverte, ou encore « La Transition » qui tente aussi de faire émerger un candidat à la présidentielle qui ne provient pas du sérail politique.

    Nuit Debout entre peut-être dans ce contexte là où il s’agit d’inciter une partie de la population, notamment les jeunes, à s’intéresser à nouveau à la politique au sens large du terme, soit au collectif et à la manière d’envisager le vivre ensemble. Il y a aussi le souhait d’influencer les échéances électorales à venir. La difficulté est que le système politique est plutôt fermé.

    Récemment, la possibilité pour des candidats de se présenter à la présidentielle a été cadenassée avec des obstacles supplémentaires. Je ne dis pas que cela va favoriser des mouvements extrémistes ou une violence politique mais ce n’est pas forcément le bon message à envoyer aux citoyens ou à la société civile.

    On peut plutôt envisager une sortie du système politique à l’image du modèle zadiste qui cherche à créer des communautés alternatives pour rompre avec la société. A partir du moment où vous ne pouvez pas changer le jeu, les zadistes proposent d’en sortir. La fermeture du système politique peut ainsi, plutôt que de provoquer des violences, entraîner des exit options, soit des situations dans lesquelles les personnes décident de sortir du système politique : certains refusent de voter tandis que d’autres créent des communautés alternatives comme c’est le cas pour les Zones à défendre passées et présentes.

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