• Le nationalisme et le « Brexit »

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    CategoriesLe nationalisme et le « Brexit ». L'apparition de George Galloway à la campagne Grassroots Out (La base pour une sortie) qui soutient une sortie britannique de l'Union européenne non seulement obscurcit la ligne de classe – elle l'efface.

    Galloway fut introduit vendredi comme l’orateur surprise au centre de conférence Queen Elisabeth II de Westminster par Nigel Farage, le leader du parti d'extrême droite xénophobe UK Independence Party (UKIP). Il était à la tribune aux côtés de représentants de l'aile hyper-thatchérienne du Parti Tory comme les députés Bill Cash et Peter Bone et de l'ancien ministre de l'Intérieur du cabinet fantôme David Davies.

    Farage a présenté Galloway comme une « personnalité imposante de la gauche de la politique britannique ». Sa présence était selon lui la preuve que les différences entre la « gauche » et la « droite » étaient sans importance devant l'objectif commun de préserver la « souveraineté » du parlement face à la dictature de Bruxelles.

    Le discours de Galloway était une caution éhontée de la bonne foi politique de Farage et de la droite Tory. « Sans Nigel Farage, nous n'aurions pas de référendum sur cette question », a-t-il déclaré.

    Pis encore, ses remarques visaient d’un bout à l’autre à affirmer que les divisions entre gauche et droite et entre classe ouvrière et classe dirigeante britannique comptaient peu par rapport à la nécessité commune de défendre la souveraineté britannique.

    Bien qu'il ait dit avoir peu de choses en commun avec le programme de Farage pour la Grande-Bretagne, Galloway a en fait totalement adopté l'argument central de la droite que le camp de la « sortie [de l’UE]» cherchait à empêcher des bureaucrates non élus de l'UE d’avoir la haute main sur le Parlement britannique.

    À plusieurs reprises, les déclarations plus manifestement nationalistes de Galloway lui ont valu les applaudissements déchaînés d'un auditoire composé très largement de conservateurs et de partisans d'UKIP, comme quand il a affirmé que « le droit de décider de qui peut venir vivre et travailler en Grande-Bretagne, de qui nous pouvons expulser… de quel niveau de déficit nous pouvons avoir en Grande-Bretagne, ou de quelle devrait être notre politique étrangère britannique » avait été « sous-traité au gouvernement roumain ».

    Il a qualifié l'opposition à l'UE d'« internationaliste», terme qu'il a ensuite défini de façon explicitement capitaliste, comme la liberté du Royaume-Uni de faire du commerce « avec le Commonwealth » et « avec le Brésil, la Russie, l'Inde, la Chine, l'Afrique du Sud, avec l'Iran, là où le soleil se lève et non pas où il se couche, et là où la plupart des clients du monde vivent en réalité. ... Voilà ce qu’est l'internationalisme ».

    Il a ensuite qualifié David Davies d’« homme qu’[il] aime et respecte beaucoup », dont deux discours avaient soi-disant empêché le Royaume-Uni d’entrer en guerre avec la Syrie en 2014 – prouvant ainsi les mérites de la « souveraineté parlementaire ... que nous pouvons avoir si nous quittons cette Union européenne. » Il a bien sûr ignoré que la Grande-Bretagne fait la guerre à la Syrie maintenant grâce à ce même parlement et aux votes de Cash, Bone et d’autres.

    L'affirmation que Farage et la droite Tory protègent la démocratie est fondamentalement fausse.

    L'UE doit être résolument combattue par les travailleurs en tant qu'instrument réactionnaire pour soumettre le continent aux diktats des marchés financiers et un forum où les Etats européens concurrents se battent entre eux et conspirent contre la classe ouvrière. Elle poursuit une politique d'austérité brutale et est devenue un mécanisme de remilitarisation du continent pour une guerre contre la Russie.

    Suggérer que le parlement britannique et ses partis sont moins un instrument pour imposer la volonté du capital financier que l’UE est une fraude patente. L'opposition de la droite Tory et d’UKIP à l'UE est totalement réactionnaire. Elle se fonde sur l’exigence que la City de Londres soit libérée de toute réglementation même minimale, que toutes les restrictions à l'exploitation de la classe ouvrière soient enlevées et que les migrants soient maintenus à tout prix hors du Royaume-Uni.

    Galloway sera sans aucun doute amené de temps en temps à exprimer ses profonds désaccords avec ses nouveaux alliés, dont beaucoup l’ont déjà condamné pour son opposition à la guerre en Irak, en Libye et en Syrie et pour d'autres positions publiques pour lesquelles le World Socialist Web Site a à l’occasion pris sa défense. Mais cela ne rend sa position que pire. Quelle que soit la crédibilité politique qu’il possède, il la met à la disposition de Farage et Cie. En outre, son insistance sur la primauté de la souveraineté nationale sur les divisions politiques et de classe a les conséquences les plus dangereuses, qui vont bien au-delà du référendum du 23 juin.

    Cela fut souligné par sa mise sur le même plan du référendum sur l'UE et de la Seconde Guerre mondiale, laquelle a-t-il dit « était, comme M. Churchill l’a dit, notre heure de gloire. Lorsque nous avancions tous ensemble – M. Churchill et M. Atlee et M. Bevan... Voilà ce que nous faisons ici ce soir. M. Farage et moi. Mlle Hoey et M. Davies. Gauche, droite, gauche, droite, en avant ».

    Sur Twitter, il a dit plus tard de Farage, « nous ne sommes pas des copains. Nous sommes alliés pour une cause. Comme Churchill et Staline ...”

    Invoquer Staline comme modèle parle de soi-même pour ce qui est de la politique de Galloway. Mais vu la personne dont il parle pour forger une alliance, une comparaison plus appropriée serait le pacte Hitler-Staline.

    Les conséquences des déclarations de Galloway sont en tout cas politiquement toxiques. Faire une telle analogie au Royaume-Uni tout en invoquant la guerre et le sacrifice est toujours un appel aux sentiments anti-européens et en particulier anti-allemands, plutôt qu'antifascistes. L'image de Churchill et le drapeau de l'Union sont une caractéristique de chaque rassemblement d'extrême droite, comme les récentes manifestations anti-migrants du Pegida britannique, dirigées par un ancien candidat d'UKIP aux législatives, Paul Weston.

    Plus généralement, les actions de Galloway mettent fortement en évidence les implications politiques de la position prise par divers travaillistes, groupes de la pseudo gauche, par le syndicat maritime et du transport et celui des conducteurs de train, ASLEF. Tous cherchent à présenter la campagne pour une « sortie » au référendum du 23 juin comme un fondement pour une opposition « démocratique », « progressiste » et même « socialiste » à l'UE – quelque soit l’origine réelle du référendum et du caractère de sa direction. Chacun d'entre eux adopte en réalité la position qu’on doit s’opposer à l'UE sur la base d'une réaffirmation de la souveraineté nationale.

    La première responsabilité d'un socialiste est de s'opposer à la fraternisation de classe. Dans ce référendum, cela signifie rejeter tous les appels aux travailleurs de se mettre à la remorque de l'une ou de l'autre des factions de la bourgeoisie qui se battent entre elles sur la meilleure stratégie à suivre pour défendre les intérêts de l’impérialisme britannique.

    Faire autrement et cautionner d’une quelconque façon les perspectives nationalistes et pro-capitalistes adoptées tant par la campagne du « rester » que par celle du « sortir » sème une dangereuse confusion politique, affaiblit les défenses politiques de la classe ouvrière à un moment où les relents nocifs du nationalisme, de la xénophobie anti-migrante et du militarisme polluent le Royaume-Uni, l'Europe et le monde.

    Vaincre la menace posée par l'austérité et la guerre et la destruction en cours des droits démocratiques exige que les travailleurs en Grande-Bretagne mènent une lutte unifiée avec les travailleurs de l'Europe contre les élites capitalistes et pour la construction des Etats socialistes unis d'Europe.

    Le Parti de l’égalité socialiste publiera une déclaration exhaustive sur le référendum britannique lundi prochain.

    par Chris Marsden

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