• Le Qatar a copieusement arrosé nos politiques

    CategoriesGeorges Malbrunot : «L’ancien ambassadeur du Qatar a copieusement arrosé nos politiques». Le co-auteur, avec Christian Chesnot, d’un livre sur les relations entre la France et les monarchies du Golfe, décrit les dérives d’un système et les petites corruptions à coups de gros cadeaux rapporte libération.

    Dans un livre paru ce jeudi, Nos très chers émirs (éditions Michel Lafon), les journalistes Christian Chesnot et Georges Malbrunot décryptent les liens vénéneux entre les responsables politiques français et leurs homologues des monarchies du Golfe. «Vendre à tout prix aux émirs, propulsés au rang de "partenaires stratégiques", semble être devenu l’alpha et l’oméga de notre diplomatie au Moyen-Orient»écrivent les auteurs. Georges Malbrunot.

    Pourquoi la France a-t-elle noué des liens étroits avec les monarchies du Golfe ?

    Le deal de départ est de leur faire signer des contrats en échange de notre appui politique et diplomatique. La France avait aussi besoin de sécuriser ses approvisionnements pétroliers au vu de l’instabilité au Moyen-Orient. Mais cette relation est déséquilibrée. Pour l’Arabie Saoudite, le véritable partenaire stratégique reste les Etats-Unis, alors que nous sommes considérés comme un partenaire de compensation. (Photo AFP)

    François Hollande a-t-il changé quelque chose lors de son arrivée au pouvoir ?

    Hollande a décidé de rééquilibrer les relations par réalisme politique. Nicolas Sarkozy avait tout misé sur le Qatar, qui est un Etat lilliputien. Mais le mastodonte du Golfe, c’est l’Arabie Saoudite. En 2015 les autorités saoudiennes laissent entendre qu’elles sont prêtes à investir 50 milliards d’euros dans les années à venir. Le problème est que la France est toujours dans cette posture d’en faire trop, il faut absolument faire plaisir à l’Arabie Saoudite. Comme dans le dossier du nucléaire iranien, l’ennemi historique de Riyad.

    Vous écrivez que, dans ces relations, des personnalités politiques se sont laissées aller à des pratiques relevant du trafic d’influence ?

    Nous avons observé ces dérives notamment avec l’ambassade du Qatar. De 2003 à 2013, Mohamed Jaham Al-Kuwari, l’ambassadeur à Paris, a copieusement arrosé nos responsables politiques. Sans tenir un fichier, il savait très bien qui se laissait corrompre. «Les Français sont les plus faciles à acheter», nous avait dit un proche de Hamad Al-Thani, l’émir qui régnait à l’époque. Puis lui a succédé son fils Tamim qui a souhaité nettoyer les écuries.

    Illustration Rachida Dati CC/flickr termes juridiques simples

    Mais les habitudes ne se perdent pas facilement et, dans un premier temps, les politiques français ont continué à demander des cadeaux. Des membres de la nouvelle équipe étaient stupéfaits et en avaient marre d’être pris pour des «distributeurs de billets de 500 euros». Alors même que le discours est désormais au «Qatar bashing», accusé d’injecter de l’argent dans les banlieues et de financer le terrorisme. On a sorti une dizaine de noms révélateurs de ces pratiques, mais il y en a certainement beaucoup plus qui sont concernés.

    Jean-Marie Le Guen, Rachida Dati ou encore Nicolas Bays pointés du doigt

    Christian Chesnot raconte plusieurs exemples d'élus qui cherchaient à tirer profit des immenses fortunes des émirs selon France Inter. Des personnes qui, contactées par France Inter, ont annoncé leur intention de poursuivre en justice l'auteur du livre pour diffamation. De quoi inquiéter ? Pas vraiment, réfute le journaliste qui dit n'avoir publié que des noms pour lesquels il possède des éléments probants et a laissé de côté nombre de "rumeurs".

    Réécoutez l'interview de Christian Chesnot

    Il raconte ainsi, par exemple, que Jean-Marie Le Guen, secrétaire d'Etat chargé des relations avec le Parlement, qui réclamait 10 000 euros par mois pour imposer une agence de communication destinée à bloquer les questions au gouvernement sur le Qatar.

    Autre exemple, Nicolas Bays, député socialiste du Pas de Calais et membre du groupe France-Qatar, demandait par SMS à ce qu'on lui paie ses billets d'avion, ses nuits d'hôtel avec sa femme et ses enfants, des paires de chaussure de luxe également, parce qu'on lui en avait offert en cadeau, et de l'argent, enfin, pour finaliser des travaux dans son appartement. Des demandes nettement rejetées par cet ambassadeur.

    La gauche n'est pas la seule visée. A droite, l'eurodéputée et maire du 7 ème arrondissement de Paris, Rachida Dati décroche un rendez-vous avec l'ambassadeur et demande 400 000 euros pour financer une association diplomatique du 7 ème. Devant le refus de l'ambassadeur, la voici le lendemain, à dénoncer "tout le mal qu'elle pense du Qatar au micro de Jean-Jacques Bourdin sur RMC".

    Bruno Le Maire, enfin, fait une visite en 2009 chez un émir du Qatar et reçoit une montre dont la valeur est de plusieurs dizaines de milliers d'euros. Il affirme l'avoir laissée dans le coffre du ministère de l'Agriculture. Une information "que l'on pourrait vérifier", conclut Christian Chesnot.

    La corruption des élus français n'est pas le seul sujet abordé dans le livre. Les liens entre Qatar et salafisme sont aussi évoqués.

    Un officiel qatari cité par les auteurs affirme que le socialiste aurait déclaré "tenir tous les députés et sénateurs de [son] camp", et qu’il pouvait ainsi "bloquer les questions hostiles au Qatar ou au contraire les alimenter" raconte France 24.

    L’ancienne Garde des sceaux Rachida Dati est elle accusée d'avoir réclamé en 2015 "pas moins de 400 000 euros" à l’ambassade du Qatar pour financer une association diplomatique du 7e arrondissement de Paris, dont elle est le maire. Devant le refus de l'ambassadeur, l’eurodéputée aurait attaqué l’émirat lors d’un entretien accordé le lendemain au journaliste Jean-Jacques Bourdin sur RMC. Une initiative qui lui a valu d’être placée sur la liste noire du Qatar.

    Une sénatrice réclame un cadeau de "fin d’année"

    Le livre présente un autre épisode singulier. La sénatrice centriste Nathalie Goulet aurait réclamé un cadeau de Noël à l’ambassadeur fin 2015. "Comment se fait-il que je n’aie pas reçu mon cadeau de fin d’année ; d’autres sénateurs en ont eu un et pas moi ?"

    Autre caprice rapporté dans le livre : celui de l’ancien Premier ministre Dominique de Villepin, qui bouderait les invitations à Doha, s’il n’obtient pas de place en première classe dans les avions de la Qatar Airways.

    Selon un proche du représentant de l’émirat, ce dernier en a eu "assez des hommes politiques français qui le prennent pour une banque". Et ce, même si l’émirat pratique "depuis longtemps la diplomatie du carnet de chèques" rappellent les auteurs, qui évoquent des Rolex et des bons d'achat de 6 000 euros dans les grands magasins offerts à certains parlementaires.

    Plusieurs personnes citées dans le livre ont annoncé leurs intentions de poursuivre en justice les auteurs du livre pour diffamation. De leurs côtés les deux journalistes affirment n'avoir publié que les noms de ceux pour lesquels ils possèdent des éléments probants.

    Illustration Jean-Marie Le Guen CC/flickr termes juridiques simples  Sans langue de bois

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