• Le retrait des forces russes de Syrie. Quoi en penser ?

    Le retrait des forces russes de Syrie. Quoi en penser ?

    CategorieLe retrait des forces russes de Syrie. Quoi en penser ? Vladimir Poutine a annoncé hier avoir donné l’ordre au ministre russe de la Défense Sergueï Choïgou de commencer le retrait du contingent russe de la Syrie à compter d’aujourd’hui selon la traduction de Svetlana Kissileva.

    La nouvelle est tombée inopinément et a dû surprendre plus d’un. Qui serait capable de faire pareil au moment où vos troupes remportent des victoires aussi importantes sur plan tactique ?+

    Pour vous aider à y voir plus clair, nous vous proposons ici l’analyse fait par Vlad Shurygine sur son blog « Nous ne partons pas, nous pratiquons un retrait …»

    Qu’avons-nous, selon l’expression russe, comme « extrait sec » ?

    – Les bases à Tartous et à Hmeymim continuent à fonctionner normalement comme des bases militaires russes.

    – Tous nos conseillers restent sur place.

    – Idem en ce qui concerne tous les volontaires du «Vent du Nord » (NDT : l’expression imagée qui a vu le jour l’été 2014).

    – L’aide militaire et technique continue à être accordé pleinement.

    Bilan :

    Ce que nous avons réussi :

    – Il y a six mois, les USA, la Turquie, l’Union Européenne et les Saoudiens refusaient d’emblée l’idée même d’engager des négociations avec Assad et envisager un quelconque avenir pour le gouvernement syrien. Aujourd’hui tout le monde a parfaitement reconnu qu’Assad et son gouvernement sont des acteurs à part entière du processus des négociations et qu’il était impossible d’atteindre la paix en Syrie.

    – Le dialogue inter-syrien, les négociations et le cessez-le-feu ont commencé et se poursuivent.

    – La date des élections parlementaires a été fixée et elles auront lieu.

    – La menace d’une invasion militaire externe (de la coalition saoudienne, de l’OTAN et des USA) a été nivelée.

    – Au cours de 6 derniers mois plus de 500 villes et villages ont été libérés. Les menaces principales ont été liquidées : la région de Lattaquié a été libérée, le blocus autour des bases et des garnisons principaux a été levée, les champs pétroliers de Palmyre ont été repris et on continue l’expulsion des rebelles d’Alep.

    – L’approvisionnement des principaux groupes islamistes a été brisé.

    – Le potentiel de combat de l’armée syrienne a été rétabli, elle a été renforcée par le matériel et les armes, nos conseillers procèdent à la formation et l’entrainement de ses effectifs à tous les niveaux.

    Ce que nous n’avons pas pu atteindre :

    – Anéantir complètement l’armée de l’Etat Islamique et de ses proches alliés.

    – Prendre entièrement sous contrôle la frontière entre la Syrie et la Turquie

    – Nettoyer Alep et la banlieue de Damas et de Hama.

    Le pronostic :

    – L’armée syrienne est-elle capable dans son état actuel de continuer à assurer la défense de son pays ? Avec le soutien des ses alliés : la Russie, l’Iran, le Hezbollah et les kurdes cela ne fait aucun doute !

    – Cela voudrait-il dire que la menace que la Syrie pourrait être envahie a été levée ? Non ! La menace existe toujours. Et tout ce qui est acquis en six mois peut-être perdu. Mais il faut être conscient que nous n’avions qu’une alternative : l’intervention à part entière des nos forces et notre entrée en guerre de grande échelle contre le monde sunnite dont les perspectives restent incertaines.

    Et le fait que nous avons pu l’éviter est à mes yeux une bonne décision.

    Le dernier coup de poker de Vladimir Poutine

    168 jours après le début de l’opération militaire, Vladimir Poutine a stupéfié tout le monde en annonçant le retrait de “la majeure partie” des forces russes de Syrie. Et déjà affluent les commentaires étonnés, médusés ou cyniques, comme cela fut le cas le 30 septembre dernier lorsque Moscou avait annoncé le déploiement du contingent militaire. Que cache cette déclaration que personne n’attendait?

    Plusieurs hypothèses sont plausibles selon Valéria Smakhtina. Il est certain que l’intervention russe a considérablement changé la donne sur et autour du terrain. Selon le ministre russe de la Défense, Sergueï Choïgou, Moscou a réussi à couper la voie principale du trafic d’hydrocarbures entre la Syrie et la Turquie en privant les terroristes de leurs sources de ravitaillement. “Les avions russes ont détruit 209 sites de production et de transformation de pétrole et 2.912 camions-citernes en Syrie, a déclaré le ministre. Ils ont effectué plus de 9.000 sorties et porté des frappes contre les positions des terroristes de Daesh et du Front al-Nosra. Nos actions ont permis de déloger les terroristes de Lattaquié, de rétablir la communication avec Alep, de libérer la plus grande partie des provinces de Hama et de Homs, de débloquer la base aérienne de Kuweires, de rétablir le contrôle des champs pétrolifères près de Palmyre.”

    Cependant, l’explication officielle – “les objectifs ont été globalement atteints” et cela “stimulera le processus de paix” – ne convainc qu’à moitié l’opinion publique occidentale. Pourquoi s’arrêter à mi-chemin, pourquoi ne pas en remettre une petite couche supplémentaire? – lit-on dans la presse. Passons les interprétations du type “Poutine aurait lâché Assad” qui prêtent plutôt à sourire. La Syrie, semble-t-il, a été remise en état, que ce soit au niveau d’armements, de formation des militaires, de façon à pouvoir “tenir”, voire finir la guerre. Plus intéressantes sont les tentatives d’explications faisant état d’un “coup de bluff” dans le sens où le Kremlin a précisé que “la partie russe conserve sur le territoire syrien un site de maintenance de vols”, la base aérienne de Hmeïmim, dans la province de Lattaquié, et la base de Tartous.

    En réalité, tout le monde avait oublié la réponse donnée par Vladimir Poutine à un journaliste concernant la durée de l’opération russe en Syrie. Dès le début des bombardements, le président avait indiqué la date du retrait: mars 2016. Ainsi s’est-il contenté de tenir parole, suscitant l’émotion générale.

    Or, le “jeu” fait partie du plan:

    • Primo, c’est un signal (pour ne pas dire une invitation) à tous les belligérants de se retirer. Si la mission des Russes a abouti, il n’y a plus aucune raison de voir les membres de la coalition initiée par les États-Unis sur le sol syrien ou à proximité.
    • Secundo, c’est un signal de respecter la mise en œuvre de la résolution 2254 de l’ONU qui prévoit une solution politique. C’est justement ce qui est en train de se passer: l’annonce de Moscou coïncide avec le premier jour de négociations de Genève entre des représentants du pouvoir syrien et de l’opposition. Depuis cinq ans de guerre, une transition politique est envisageable.
    • Tertio, cela évite à Poutine d’attaquer immédiatement la Turquie et donc d’embarrasser l’OTAN. Outre l’affaire d’un Su-24 abattu et les renseignements déjà disponibles sur les liens personnels du président Erdogan avec le banquier d’Al-Qaïda et sur le recel par son fils du pétrole volé par Daesh, Moscou a remis, fin février, au Conseil de sécurité un rapport de renseignement sur les activités de soutien de ce pays aux jihadistes. Thierry Meyssan, consultant politique, président-fondateur du Réseau Voltaire et de la conférence Axis for Peace, a alors précisé: “Le document comprend une dizaine de révélations mettant en cause les agissements du MIT”, dont le transfert de combattants de Daesh de Syrie au Yémen, l’existance du «village tatar» (les États-Unis, la Turquie et l’Ukraine sponsorisent les jihadistes tatars en Syrie, en Crimée et au Tatarstan, y compris des membres d’Al-Qaïda et de Daesh), etc. Compte tenu des preuves accumulées, la Russie pourrait faire condamner le pouvoir d’Erdogan devant les tribunaux comme criminel de guerre et pour d’autres forfaits.


    On en déduit qu’au moment où certains experts avaient prédit le déclenchement d’une opération au sol, que les Américains se frottaient les mains en s’attendant à un “second Afghanistan” pour la Russie, cette dernière a pris tout le monde de court et s’est de nouveau imposée comme un acteur incontournable dans la crise syrienne. Cette position de sage a permis à Vladimir Poutine de remporter une victoire massive, y compris sur Washington qui reste “comme un enfant perdu dans les bois du chaos proche-oriental”, selon Fox News.

    Quoiqu’il en soit, la tournure des événements nous situera sur les causes du retrait des forces russes. En attendant, quelques heures après la décision de Poutine, les terroristes du Front al-Nosra ont annoncé le début d’une offensive dans les 48 heures en Syrie…

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