• Légion d'honneur en cachette pour un tyran

    Légion d'honneur en cachette pour un tyran

    CategoriesLégion d'honneur en cachette pour un tyran. L’Élysée a caché que François Hollande a décoré vendredi le prince héritier d'Arabie saoudite, et a omis d'annoncer que le pays allait bénéficier de nouvelles livraisons d’armes.

    François Hollande entretient décidément des relations troubles avec les dignitaires d'Arabie saoudite. Mais comme il sait qu’on risque de le lui reprocher, il prend souvent soin de n’en faire aucune publicité. À preuve, ce week-end, l’Élysée a caché que le chef de l’État avait remis la Légion d’honneur au prince héritier du régime, tout comme il a caché que de nouvelles ventes d’armes françaises avaient été effectuées à son profit.

    Ainsi donc, François Hollande a reçu, vendredi 4 mars, le prince Mohammed ben Nayef ben Abdelaziz al-Saoud, prince héritier d'Arabie saoudite, également vice-président du conseil des ministres et ministre de l'intérieur. Ce rendez-vous était connu et a fait l’objet de photos rendues publiques sur le site internet de l’Élysée.

    Mais sans doute gênée à l’idée que cela puisse déclencher une polémique, compte tenu de la personnalité pour le moins contestée de son hôte, la présidence française n’a pas révélé que, dans la foulée, François Hollande avait remis la Légion d’honneur à son invité. C'est la Saudi Press Agency, l’agence de presse officielle d’Arabie saoudite, qui l’a révélé peu après : « Après cela, le président français a remis à son altesse la médaille de l’ordre national de la Légion d’honneur qui est la plus haute distinction française pour tous ses efforts dans la région et dans le monde dans la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme. »

    Combattre Daech en association avec une monarchie obscurantiste qui promeut elle-même une idéologie totalitaire : voici donc la prouesse à laquelle prétendent se livrer les autorités françaises. La remise de cette Légion d’honneur par François Hollande à son hôte apparaît d’autant plus révoltante que les droits de l’homme sont toujours spectaculairement malmenés en Arabie saoudite. Dernière illustration en date : le blogueur Raïf Badawi a été fouetté publiquement, vendredi 9 janvier, après la prière hebdomadaire, près d'une mosquée de Jeddah. Condamné à 10 ans de prison et à 1 000 coups de fouet pour avoir plaidé en faveur de la Saint-Valentin et pour des mesures libérales en Arabie saoudite (lire Arabie saoudite: le blogueur Raef Badawi fouetté en public).

    La situation très dégradée des droits de l’homme en Arabie saoudite ne cesse d’alarmer les associations démocratiques. Le Monde rappelle à ce sujet que « depuis le début de l’année, le régime saoudien a procédé à 70 exécutions, la dernière ayant eu lieu ce dimanche avec la décapitation d’un Saoudien condamné à mort pour meurtre ». Et le quotidien ajoute : « Le 2 janvier, 47 personnes avaient été mises à mort en une seule journée pour “terrorisme” dans le royaume, notamment le dignitaire et opposant chiite saoudien Nimr al-Nimr, dont l’exécution a provoqué une crise diplomatique entre Riyad et Téhéran. En 2015, 153 personnes ont été exécutées en Arabie saoudite, selon un décompte s’appuyant sur des chiffres officiels, un niveau inégalé depuis vingt ans dans ce royaume ultraconservateur régi par une interprétation rigoriste de la loi islamique. Les autorités invoquent la dissuasion pour justifier la peine de mort dans des affaires de terrorisme, de meurtre, viol, vol à main armée et trafic de drogue. »

    Quiconque veut mieux comprendre les ressorts de l’Arabie saoudite peut utilement se reporter à l’entretien vidéo que Mediapart avait eu à ce sujet avec Stéphane Lacroix, professeur en science politique et spécialiste du monde arabe : L’Arabie saoudite, un «Daech qui a réussi»?

    On comprend donc mieux la raison pour laquelle François Hollande n’a pas fait la moindre publicité sur cette remise de Légion d’honneur. Plusieurs médias relèvent que cette attribution n’a pas plus fait l’objet d’une publication au Journal officiel. Il n’en est pas plus fait mention sur le site internet de la Légion d’honneur,comme on peut le vérifier ici. Mais, en fait, comme la grande chancellerie de la Légion d'honneur l'a expliqué à la journaliste de Mediapart Lénaïg Bredoux (lire Les petits secrets de la Légion d'honneur), « les nominations d'étrangers décorés de la Légion d'honneur ne sont pas publiées au Journal officiel, sauf s'ils résident en France ». Elles restent donc le plus souvent secrètes.

    Coïncidence, on a aussi appris samedi que la France allait livrer à l'Arabie saoudite des armes destinées à l'origine au Liban, qui devait financer ce contrat de trois milliards de dollars grâce à une aide de Riyad. C’est ce qu’a fait savoir le ministre saoudien des affaires étrangères. Les autorités saoudiennes, déçues par l'attitude de Beyrouth dans l'affrontement géopolitique qui les opposent à l'Iran, ont suspendu le mois dernier ces financements, ainsi qu'une autre aide d'un milliard de dollars, rapporte l’agence Reuters. « Les contrats seront bien appliqués mais le destinataire sera l'armée saoudienne », a déclaré Adel al-Jubeir à des journalistes lors d'une visite à Paris (lire Le Liban s'enfonce dans l'impasse institutionnelle et politique).

    Le royaume wahhabite avait promis cette aide financière à l'armée libanaise en 2013 avant de la concrétiser par un accord signé en novembre 2014 à Paris. Une première livraison d'armes et d'équipements militaires français financée dans ce cadre est arrivée au Liban en avril 2015 pour renforcer l'armée libanaise face aux répercussions du conflit syrien et à la menace djihadiste du groupe Etat islamique (EI).

    Au total, selon l’agence Reuters, une vingtaine de sociétés françaises sont censées participer à ce contrat qui porte sur des équipements terrestres, maritimes et aériens, dont des véhicules blindés, des pièces d'artillerie lourde, des missiles antichar et des mortiers et armes d'assaut, précisait-on alors de source proche du ministère français de la défense.

    Une Légion d’honneur remise discrètement ; des armes vendues tout aussi discrètement… voici qui vient confirmer ce que l’on appris ces derniers mois : la France n’a plus guère de raison de se targuer d’être le pays des droits de l’homme.

    par La rédaction de Mediapart

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