• Les Français dans la rue pendant l’examen de la loi Travail

    Les Français dans la rue pendant l’examen de la loi Travail

    CategoriesLes Français dans la rue pendant l’examen de la loi Travail. Myriam El Khomri défend son texte « juste et nécessaire » à l’Assemblée rapporte le monde. Après des semaines de contestation, une première réécriture du texte par le gouvernement et des retouches faites en commission, le projet de loi réformant le code du travail est arrivé mardi 3 mai à l’Assemblée nationale. Le texte, qui fait l’objet de 5 000 amendements, devrait être examiné juqu’au 12 mai et voté en première lecture le 17 mai.

    Myriam El Khomri veut « faire du bien » au pays

    La ministre du travail, Myriam El Khomri, a ouvert les débats, expliquant dans un discours d’une trentaine de minutes vouloir faire « du bien » au pays, avec un projet « de progrès », « juste et nécessaire ». Se plaçant dans le « sillon politique et culturel » des lois Auroux de 1982, elle s’est décrite en « femme de gauche » ne trahissant pas ses convictions.

    La motion de rejet des Républicains repoussée

    Le groupe Les Républicains (LR) a présenté une motion de rejet préalable, défendue par Jean-François Copé. Le maire de Meaux a déploré la réécriture du texte par le gouvernement alors que « l’avant-projet de loi allait dans le bon sens ».

    La motion a été largement rejetée : seuls 105 députés (LR, UDI, Front de gauche, un apparenté PS et une écologiste) l’ont votée, tandis que 200 se sont prononcés contre et sept se sont abstenus (dont l’ancienne ministre écologiste Cécile Duflot et l’ex-socialiste Pouria Amirshahi).

    Une seconde motion, cette fois de renvoi en commission, a aussi été rejetée par 177 voix contre 99.

    Quelle majorité ?

    Lundi, le rapporteur du texte, le socialiste Christophe Sirugue a estimé qu’il manquait « 40 voix » pour que le texte soit adopté. Mais mardi, il a jugé possible que ce « déficit » soit en train de se « résorber » avec la suite du travail pour « rééquilibrer le texte ». Devant un groupe socialiste réuni le matin dans une ambiance « un peu tendue », Manuel Valls a tenté de convaincre les hésitants. « Nous avons conclu un accord avec les syndicats réformistes. Il faut en tenir compte », a-t-il notamment plaidé.

    Le groupe PS, qui ne dispose pas de la majorité absolue, peut compter sur des radicaux de gauche et écologistes réformistes. Mais écologistes contestataires, Front de gauche et surtout une majorité des LR et UDI vont probablement voter contre. L’exécutif pourrait donc recourir à l’article 49-3, comme en 2015 pour la loi Macron. Ce « n’est pas un choix que nous privilégions », a cependant assuré le premier ministre.

    Alors que l’examen de la loi travail a débuté à l'Assemblée nationale, des opposants à cette réforme manifestent partout en France selon Sputnik News. Mardi, la France a été paralysée par un grand nombre de protestations contre la loi Travail, l'une des dernières réformes du mandat présidentiel de François Hollande, censée améliorer la compétitivité des entreprises et favoriser l'emploi. Les manifestations sont organisées parallèlement aux débats sur cette loi qui est arrivée aujourd'hui devant l'Assemblée nationale pour deux semaines d'examen.

    La réforme du travail doit notamment inciter les entreprises à embaucher davantage d'employés sur des contrats à durée indéterminée (CDI), plutôt que temporaires (type CDD) et à baisser le taux de chômage de 10%. La loi Travail vise également à donner aux employeurs plus de latitude pour réduire les coûts et permettre à certains employés de travailler plus de 35 heures par semaine.

    D'autres propositions prévoient un plafond sur les indemnités de départ pour les travailleurs licenciés par une entreprise. Le coût actuel ne satisfait pas les entrepreneurs, qui pointent du doigt l'absence de souplesse et la baisse de la productivité. Le gouvernement propose de rendre ce plafond moins contraignant.

    La protection des employés en France est plus forte que dans d'autre pays occidentaux, selon l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) et HSBC. Le code du travail français,complexe, et le manque de flexibilité sur le marché du travail ont contribué à une hausse du taux de chômage mais aussi à un recours en masse aux CDD, ce qui provoque un sentiment d'insécurité chez les employés français.

    Selon un communiqué d'un groupe de militants du Parti socialiste, "ce projet de loi n'est avantageux ni pour la France, ni pour le bien public, ce n'est pas une loi qu'on attend d'un gouvernement de gauche".

    Malgré une faible hausse de la popularité de François Hollande après les attentats du 13 novembre, le président français reste très impopulaire et paye sa mauvaise gestion des questions économiques. Il a essayé de relancer la croissance économique en tentant de résoudre le problème du chômage en passant par une modifications du code de travail. Ses efforts ont été vains. La loi Travail proposée par le président a essuyé d'entrée les critiques des Français.

    "La gauche telle que nous l’avons connue n’existe plus"

    Le politologue Gaël Brustier a analysé la genèse et les évolutions de Nuit debout. D'après ses observations, le mouvement est né d'une "passion démocratique" et contribue à la "lente maturation d'une réorganisation de la gauche".

    Gaël Brustier, chercheur en sciences politiques au Cevipol (université libre de Buxelles) et membre de l'Observatoire des radicalités politiques de la fondation Jean-Jaurès, dresse un premier bilan de la mobilisation de la place de la République dans son livre "#Nuitdebout que penser ?" (éditions du Cerf). Selon lui, le mouvement citoyen constitue un défi pour la gauche de gouvernement qui est appelée à se repenser. Entretien.

    En quoi Nuit debout est-il le signe que la refonte de la donne politique de notre pays est inexorable ?

    Ce mouvement révèle beaucoup de la situation politique de notre pays, de l'évolution de la gauche radicale mais aussi de la fragmentation des antagonismes sociaux. Nuit debout a montré, dès les premières heures, une réelle passion démocratique qui va de pair avec une non moins réelle défiance vis-à-vis des institutions et d’une partie des médias selon Maïté Hellio de l'Obs.

    La place de la République est devenue un carrefour de parcours militants qui ont permis sa naissance, de familles politiques différentes qui se retrouvent autour de problématiques communes, mais aussi de nouveaux venus. Le maître mot est "l'horizontalité", qui caractérise nombre de mouvements sociaux dans nos sociétés. Nuit debout dit également beaucoup de choses de la difficulté qu'il y a à porter un conflit social dans une société polarisée et fracturée comme la nôtre...

    Le mouvement a-t-il connu des évolutions majeures depuis sa naissance, le 31 mars ?

    - Le cœur du mouvement c’est la contestation de la loi Travail. Un rassemblement beaucoup plus large de gens qui veulent changer le monde et qui l'assument s’est opéré. Ils viennent avec le souhait de participer à l'évolution du débat auprès de collectifs aussi divers que Hôpital debout, Musées debout, Sciences debout. Le mouvement part d'un mécontentement du "salariat" mais est aussi porté par nombre d’autoentrepreneurs et d’"intellos précaires". Sa diversité et sa richesse est portée à la connaissance de tous sur son "wiki" .

    Vous écrivez : "Le vieux monde se meurt. Le nouveau ne parvient pas encore à naître." Pourquoi ce nouveau monde a-t-il tant de difficultés à éclore ?

    - Nous vivons une période où la déconnexion entre notre modèle économique et la vision du monde des Français est béante. Quand les deux sont dissociés, c'est le moment paroxystique de la crise. Et la crise peut durer très longtemps. Dans le même temps, les grandes familles idéologiques évoluent, certaines déclinent et disparaissent, d’autres mutent. Nuit debout est un des moments de maturation à gauche, pour la gauche radicale, l’écologie politique, mais pas seulement...

    Nuit debout met sur la table un certain nombre de sujets qui contribuent à la lente maturation de la réorganisation de la "gauche". La gauche telle que nous l’avons connue n’existe plus… C’est aussi une des causes du développement de ce mouvement.

    Nuit debout est-il aujourd'hui en stagnation, en expansion ou en récession ?

    Nous sommes dans une tendance à la lente expansion, même s'il faut être très prudent, car c'est un mouvement aux multiples facettes. Il ne se développe pas de la même façon, ni évidemment au même rythme, dans Nord-Est ou dans le Sud-Ouest de la France, dans les grandes métropoles ou les petites villes industrielles, dans le centre des villes ou les banlieues.

    Dès sa création il y a un mois, vous disiez que pour durer, le mouvement devrait universaliser son discours. A-t-il réussi à le faire ?

    - Dès le départ, Nuit debout a été immédiatement conscient de ses propres limites, ce qui est très rare. François Ruffin [le rédacteur en chef de "Fakir" qui a donné son impulsion à la mobilisation, NDLR] dit par exemple depuis le début que la difficulté est de transporter le mouvement en banlieue, dans les zones rurales et dans les zones industrielles. Les membres du collectif essaient de s'adresser à une autre sociologie que la leur, ils ont du mal, ils l'assument, ils le disent. Pour l'instant, quand on regarde où le mouvement prend le plus d'ampleur, on constate qu'il se calque sur la géographie de l'électorat de gauche. Le mouvement grandit au cœur des "idéopôles", ces métropoles connectées à la mondialisation, et ses acteurs sont principalement de jeunes diplômés.

    Autre condition à la pérennité du mouvement : bannir la violence. Or, les évacuations de la place de la République les 28 avril et 1er mai ont donné lieu à des altercations musclées entre policiers et casseurs...

    - Prenons garde à ne pas faire se télescoper deux sujets : celui des casseurs qui viennent parasiter les mouvements sociaux et ce que révèlent ces mouvements sociaux de l’évolution de la France. En termes d'image, il est fâcheux que les hurluberlus qui cassent du mobilier urbain et agissent avec violence portent atteinte aux différents mouvements ou manifestations qu’ils parasitent.

    Il faut cependant toujours garder le cap d’une analyse en profondeur de ce type de mouvement, en les restituant dans des processus plus globaux, plus longs. Dans une période de crise, il n’y a rien d’étonnant hélas à ce que des groupuscules correspondant aux "phénomènes morbides" inhérents à ce type de période minent ce genre de mouvement.

    Vous soulignez que l'action de Nuit debout regarde au-delà des appareils partisans. Le mouvement peut-il néanmoins s'inscrire dans la durée sans se transformer en parti politique ?

    - Le temps de ce mouvement social n'est pas le temps d'une réflexion sur une stratégie électorale. Il serait intéressant néanmoins que le phénomène Nuit debout soit l'occasion d'une interrogation sur l'avenir de la "démocratie radicale" et sur la nécessité de "construire un peuple", selon les mots de la philosophe Chantal Mouffe et du numéro deux de Podemos en Espagne, Inigo Errejon. Le temps de Nuit debout n'est donc pas encore celui de la réponse politique qui lui sera donnée. 

    Manifestations et violences policières : Témoignage d’un journaliste indépendant.

    TÉMOIGNAGE D’ALEXIS KRALAND, JOURNALISTE INDÉPENDANT POUR DÉNONCER LES VIOLENCES POLICIÈRES. vue sur finalscape.

    (Extrait de la Nouvelle Edition de Canal +)

    Illustration CC/flickr termes juridiques simples  Sans langue de bois

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