• Les réformes, cela ne marche pas, pourquoi ?

    Les réformes, cela ne marche pas, pourquoi ?

    LCategorieses réformes, cela ne marche pas, pourquoi ? La question des réformes taraude tous les pays. C’est cette question et les mauvaises réponses qui lui sont données qui expliquent la dislocation de nos sociétés, la fragmentation politique et bien sur, la montée de ce que les bien pensants appellent les extrèmes. 

    Les Européens n’en finissent pas d’être réformés ; même les Suisses que l’on aurait pu croire protégés en raison de leurs choix historiques de neutralité et d’indépendance. Les Suisses sont sommés de s’adapter aux évolutions extérieures, même si les citoyens ne l’ont pas choisi expressément. D’ou l’argument fallacieux de ceux qui sont pour l’ouverture et l’intégration : puisque nous sommes sommés de nous adapter, alors participons et nous aurons ainsi l’illusion de choisir notre destin.

    La campagne de propagande initiée par la BCE, afin de promouvoir les réformes et de faire passer sa politique monétaire désastreuse, donne l’occasion de s’interroger sur le fond sur les réformes. Le spectacle navrant de ce qui se passe en ce moment en France au sujet de la Loi Travail,  la Loi El Khomry donne une opportunité supplémentaire. Comprendre et expliquer  nous semble important à ce stade.

    Nous le faisons car nous prenons conscience d’un paradoxe: sur plusieurs points, nous sommes d’accord avec ces réformes et, pourtant, nous, nous luttons contre elles. Dans certains cas, nous sommes plus réformistes, plus radicaux que les réformateurs du moment. Et cela nous conduit donc, par cohérence et honnêteté, à nous interroger sur « le pourquoi » de notre position.

    La première raison du refus ou de la résistance aux réformes, c’est l’évidence: les gouvernements trompent les électeurs et les électeurs le savent. Dans la plupart des cas, ces gouvernements ont été élus sur des promesses conservatrices, sur des promesses rassurantes, frileuses, de « rasage gratuit » et de « f ree lunch » et de lendemains qui chantent. Sitôt passée la période de démagogie au cours de laquelle les élus paient leurs dettes vis à vis des électeurs crédules, ils changent de cap et font ce pourquoi le Système les a promus.  Ces dirigeants entament  les réformes sur la base d’une légitimité détournée.

    Donc, premier point, la tromperie, le machiavélisme, l’immoralité politique. Un système non démocratique fondé sur le mépris du peuple, sur le viol de la légitimité. Bien entendu, les choses s’interprèteraient autrement si les élus avaient le courage de se retremper dans la légitimité et consultaient le peuple en cours de mandat. Mais ils ne le font pas car ils sont protégés par des Constitutions conçues pour violer les peuples et perpétuer le pouvoir des élites.

    La seconde raison, c’est l’absence de débat démocratique et républicain. Au lieu que les députés et sénateurs et la presse éclairent les réformes, les analysent, les décortiquent, bref au lieu qu’ils fassent leur œuvre de corps intermédiaires, ils s’aplatissent, ils montrent ce qu’ils sont: des godillots. Des marchepieds de l’exécutif. Le fond du problème, la justification de leur attitude, c’est le mépris du peuple, c’est l’idée que le peuple est bête. « Quand les choses sont sérieuses, vous devez mentir ». Rien que pour cela, si vous accpetez cela, vous devez vous abstenir de voter, vous insultez l’idéal démocratique.

    Quoi de plus révoltant que de voir les ex-rebelles du Parti Socialiste Français aller à la soupe et faire profil bas sur la Loi El Khomry? Ce qui est plus révoltant que cela, c’est de voir que l’opposition évite soigneusement les débats, elle aussi! Au fond, il est clair pour tout le monde que l’UMPSCFDT  existe et qu’on la rencontre à chaque réforme. La sociale démocratie unifiée est pour les réformes, mais il est évident qu’elle veut en laisser l’impopularité aux élus d’en face. Donc cette sociale démocratie unifiée, se tait, elle manque à sa mission d’éclairage et même à sa mission d’explication. Qui parle encore de faire progresser la conscience et l’intelligence populaire ?

    C’est de la lâcheté, de l’arrivisme de professionnels de la politique. Cela vient de la dérive du système pseudo-démocratique qui veut que l’on n’est choisi que contre quelqu’un, par défaut, et jamais par conviction ou adhésion positive. C’est un détournement de la souveraineté qui consiste à ne lui présenter que le choix « bonnet-blanc ou blanc-bonnet ».

    Le peuple ne peut donc, ni comprendre, ni adhérer, et comme dans le court terme il ne peut que perdre, alors il est « contre ». Car il faut comprendre que dans le court terme toute réforme coûte, toute transformation a un prix et ce prix n’est pas également réparti. Comme le dit le peuple,  « on voit ce que l’on perd, on voit moins bien ce que l’on gagne ».  Il y en a beaucoup qui  paient le prix et d’autres, moins nombreux,  qui ne font qu’en tirer bénéfice.

    La troisième raison est plus fondamentale, voire complexe. Pour faire passer les réformes, la classe politique joue sur le court terme, les fausses évidences, les amalgames: ainsi elle cherche à faire croire que les réformes sont un outil, un processus pour lutter contre le chômage et donc pour l’emploi. C’est Hollande qui répète: « ma priorité c’est le chômage », alors que sa priorité, c’est la compétitivité, c’est à dire produire plus avec moins de salariés.

    Exemple, d’imbécilité à l’emporte-pièce: il y a du travail puisqu’il y a des offres d’emploi en instance non satisfaites, donc il suffit de… Autre exemple, les patrons n’embauchent pas car le coût pour se débarrasser ensuite d’un salarié est trop élevé, donc réduisons les coûts de licenciements et facilitons la mise à la porte des salariés. Hélas, les études internationales comparatives montrent qu’il n’y a pas de rapport entre la rigidité du travail et le taux de chômage.

    Les motivations de fluidifier le marché du travail sont ailleurs. Elles sont dans la volonté  de faire baisser le coût du travail pour ainsi bénéficier de la concurrence mondiale et dans le fait de réinstaurer l’autorité patronale sur des salariés qui ne sont plus « work-wise », plus attachés à leur trvail. Il faut, oserions nous dire, à juste titre, mais scandaleusement,  ré-assouplir l’échine, car à la faveur des lois, le travail est devenu abstrait, il s’est vidé de son contenu et, finalement,  avoir un travail, c’est devenu recevoir une paie. Dans certains cas, l’exploitation s’est retournée!

    Même chose s’agissant des attaques sur les 35 heures, sur la volonté d’intensifier le travail, d’augmenter le taux d’exploitation pour faire face à la compétition mondiale. Il s’agit là de travailler plus ou de faire plus d’heures non payées afin de remonter le taux de profit des firmes, afin de recréer le lien entre les profits, les investissements et les embauches. Qui osera expliquer que le but des réformes dans un premier temps est d’augmenter le taux de profit, de le mettre au niveau de celui du marché international du capital et que, tant qu’il n’aura pas atteint ce niveau moyen mondial, il faut s’attendre à ce que l’emploi reste en contraction et non en expansion?

    Ou bien, en sens inverse, qui osera expliquer que le partage du travail,  les 35 heures et même les 28 heures, sont des solutions rationnelles à condition de forcer les entreprises à accepter un taux de profit durablement inférieur à ce qui se fait au plan mondial et/ou à condition de changer de système politique et économique. Partager le travail est une solution face au déclin séculaire des offres d’emplois, mais à condition de faire accepter au capital une baisse assez forte du taux de profit qu’il exige. En passant, l’une des solutions est de détruire le capital fictif, le capital de poids mort, mais, chut, personne ne veut en parler. Personne ne veut accepter l’idée que le profit est un luxe qui doit être réservé au capital le plus socialement efficace, utile et productif.

    Le vice fondamental, avons-nous dit, est complexe.

    Nous ne ferons qu’effleurer le sujet. Tout tourne autour de cette idée: quelle conception se fait-on de la démocratie, de la République, du gouvernement des hommes. Est-ce que l’on trouve normal qu’une classe sociale et ses complices prétende détenir la vérité et l’imposer au peuple, « top down »  ou bien est-ce que la vérité est produite par le bas, « bottom up »? Monopole ou concurrence?

    La finalité systémique du « One World », c’est l’établissement d’un monopole mondial de la vérité. Il s’agit de détruire la concurrence des vérités et des modèles qui s’incarne dans  les nations. Les nations sont des empêcheuses de monopoliser en rond. On le voit en Europe avec les rebellions des ex-pays de l’Est contre le monopole/dictature de Merkel et de Schauble.

    La bureaucratie elle même s’est érigée en capital , c’est à dire en droit à commander et à prélever sans produire. La montée des bureaucraties, ce que nous avons appelé le « capital bureaucratique » a pour fonction de faire taire les concurrences de vérités multiples et d’imposer un « modèle de penser » unique. Bref il s’agit avec elle, d’imposer avec une autorité non élue, dépourvue de toute autre légitimé que celle que lui confère son rôle de cire-pompes du capital ploutocratique, financier et bancaire, d’imposer la Loi du « One Europe » d’abord, puis celle du « One World » ensuite. La bureaucratie est fonctionnellement unifiante, constructiviste, destructrice de concurrence et de la pluralité des vérités. On comprend mieux la lutte des Britanniques encore épris de liberté contre la bureaucratie de l’UE et de la BCE quand on lit les textes honteux de propagande qui se multiplient à l’approche du vote sur le Brexit.

    Une politique démocratique et républicaine de réformes passe par un changement de forme et de fond dont nous ne ferons que lister les points essentiels:

    -exposé de la vraie finalité des réformes envisagées avec débat autour de ces finalités elles-mêmes. L’exposé des finalités permet de tempérer les effets  du gradualisme trompeur. On annonce la couleur.

    -analyse de l’articulation logique et organique des mesures proposées, comment elles agissent, à quel niveau, par quels mécanismes de transmission. Finis les amalgames et les mouches attrapées avec du vinaigre.

    -évaluation du facteur-temps, c’est un point essentiel, car le temps des réformes est lent et on ne peut le comprimer, les paquebots virent très lentement. L’évaluation du facteur temps permet de sanctionner et de marquer les responsabilités.

    -quelles sont les conditions extérieures de réussite. Aucune réforme ne se déroule dans la théorie ou dans l’absolu, elle intervient dans un environnement, dans un contexte. Que va faire le monde extérieur si nous faisons ceci ou cela? C’est l’un des préalables à toute action.

    -esquisse de bilan, qui gagne, qui perd? Comment dédommager les perdants, comment réintroduire la morale et l’équité dans les décisions de réformes afin de les rendre  acceptables. Il n’est pas équitable de détruire une couche sociale, une tranche d’âge, une catégorie socio-professionnelle sans compensation. Confère des exemples concrets d’actualité: les taxis, les hôteliers, les professions libérales règlementées, bientôt les pharmaciens, les agriculteurs, les épiciers de village…

    Favoriser l’adaptation d’une société est l’un des plus beaux défis qui soit. C’est l’une des tâches les plus nobles, car nous sommes dans l’humain, dans le vrai humanisme. Il est dommage de tenter de le faire par violence, par scélératesse et tromperie.

    La fin ne justifie pas les moyens; les moyens ne sont pas séparables des fins, pire, ils détruisent le bien fondé des fins.

    par Bruno Bertez

    Illustration CC/flickr termes juridiques simples  Sans langue de bois

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