• Les Suisses vont voter sur un revenu universel (prévu à 2.260 euros)

    Les Suisses vont voter sur un revenu universel (prévu à 2.260 euros)

    CategoriesLes Suisses vont voter sur un revenu universel (prévu à 2.260 euros). L'initiative n'a pas été portée par la gauche, mais par un collectif hétérogène composé majoritairement de libéraux. Les sondages ne sont pas favorables mais le débat progresse selon Pascal Riché de l'Obs.

    Dimanche 5 juin, les Suisses sont invités à voter l’introduction dans la constitution fédérale du principe d’un revenu de base inconditionnel (RBI) qui "doit permettre à l'ensemble de la population de mener une existence digne et de participer à la vie publique". La loi en fixerait les modalités mais d’ores et déjà, les initiateurs du référendum proposent de fixer ce revenu à 2.500 francs suisses (FS) mensuels par adulte (2.260 euros) et 625 francs (565 euros) par enfant, non imposables.

    Marxiste, libéral, social, chrétien : l'ADN complexe du revenu de base

    Si cette réforme était votée dimanche, tout Suisse serait assuré de recevoir au moins cette somme à la fin de chaque mois, sans condition. Ceux qui, par leur travail, gagnent moins que 2.500 FS recevraient un complément pour atteindre ce montant. Ceux qui ne travaillent pas recevraient la somme totale. Ce revenu de base inconditionnel se substituerait à diverses prestations sociales. Il ferait disparaître à jamais le stress face au risque de perdre son emploi, ou de ne pas en retrouver ; il renforcerait le pouvoir des individus face à leur entreprise ou à l’Etat ; il simplifierait radicalement l’Etat providence, supprimant des montagnes de paperasse...

    Mais ne fantasmons pas trop vite. La probabilité pour que ce projet de loi référendaire soit voté dimanche est très mince. Il faudrait que la majorité des Suisses l’approuve dans les 26 cantons. Or, à croire les sondages, moins de 40% des électeurs interrogés affirment soutenir l’initiative.

    Une défaite annoncée, mais une avancée

    Et pourtant, le fait qu’un pays riche se penche ainsi collectivement sur le revenu de base, une idée utopique restée marginale pendant plus d’un siècle, est en soi une nouvelle victoire pour ceux qui la défendent. Les auteurs du projet référendaire sont contents de leur coup :  "Même si on ne gagne pas cette fois, je suis bien plus optimiste que je ne l’étais il y a deux ans", nous déclare Gabriel Barta, membre du comité d’initiative, qui se bat depuis dix ans pour l’idée :

    "Il y a désormais un grand débat dans tout le pays, il a été plus intense que sur la plupart des autres votations. C’est un premier stade. La première grève générale pour la rente de vieillesse [la retraite, NDLR] a eu lieu en 1918, mais elle n’a été instaurée que trente ans plus tard ! Je pense qu’à la prochaine votation sur le revenu de base, dans cinq ou dix ans, ça passera."

    Le gouvernement suisse a fait campagne contre ce projet : à l’écouter, il risque d’inciter les Suisses à quitter leur travail et il coûterait 25 milliards de francs suisses par an au contribuable : il faudrait pour le financer recourir à de nouveaux impôts ou amputer des dépenses publiques.

    Les défenseurs du revenu de base rétorquent que la Suisse est un pays suffisamment riche pour pouvoir mettre en place cette petite révolution : une taxe minime sur toutes les transactions électroniques permettrait aisément de la financer.

    La somme de 2.500 FS peut sembler très élevée (les défenseurs français du revenu de base évoquent plutôt une somme inférieure à 1.000 euros), mais il faut savoir qu’en Suisse, le seuil de pauvreté est estimé à 2.200 FS. Quant au risque d’une course vers la sortie du travail, les sondages semblent le minimiser : selon un sondage de janvier, seuls 2% des sondés ayant un travail affirment qu’ils le quitteraient si un tel mécanisme était mis en place.

    Un collectif hétérogène (plutôt de droite)

    C’est un collectif de citoyens d’horizons divers qui a lancé ce débat en Suisse. On ne peut imaginer plus hétérogène : des libéraux de Zurich, des entrepreneurs, des amis "antroposophes" de Bâle, un social démocrate de Bern, un socialiste de Genève…  "C’est bien simple, je suis le seul type de gauche du comité d’initiative. Il y a bien un autre socialiste, Oswald Sigg, mais il est très centriste", s'amuse Gabriel Barta. En dehors des Verts, aucun grand parti, aucun grand syndicat ne soutient l’initiative.

    Une récolte de signatures a été lancée par le collectif en 2012. Elle a réuni plus de 100.000 signatures (126.000 exactement), le seuil nécessaire pour avoir le droit de déclencher une "votation". Pour leur campagne, les défenseurs du RBI n’ont pas mis en avant la lutte contre la pauvreté ou contre les inégalités : ils ont surtout vanté la liberté individuelle qu’apportera à chacun l’existence de ce revenu de base. Chacun sera libre de ses choix de vie ; et en remplaçant les diverses allocations publiques par un revenu inconditionnel, on rendra, selon eux, le pouvoir aux citoyens.

    Les initiateurs du projet référendaire insistent également beaucoup sur la poussée actuelle de l’automatisation (algorithmes, robots…), qui va, selon eux, détruire massivement des emplois. Professeur de finances à l’Université de Zurich, Marc Chesley, qui défend le RBI,  explique ainsi dans une vidéo :  

    "De plus en plus de robots et d’ordinateurs sont présents, donc la production est plus efficace, l’offre est plus efficace. Mais la demande souffre, parce que les robots ne vont pas au cinéma, ne partent pas en vacances."

    Et fin avril, une "manifestation de robots" (des militants déguisés) a été organisé à Zurich pour marteler l’idée de la nécessité d’un contrat social entre l’homme et la machine. Slogan : "Humains, on veut travailler pour vous !"

     
    La Finlande a décidé de tenter l’expérience du revenu de base rapporte Swiss info. Les citoyens suisses se prononceront le 5 juin sur l’initiative populaire «Pour un revenu de base inconditionnel». La Finlande a déjà tranché et fera une expérience de ce type dès l’an prochain.

    Deux pays, deux approches différentes, mais aussi des parallèles intéressants. En Suisse, les citoyens et citoyennes décideront le 5 juin s’ils veulent inscrire le principe d’un «revenu de base inconditionnel» dans la Constitution. Selon les sondages, une large majorité devrait s’y opposer.

    En Finlande en revanche, bien qu’une initiative analogue ait échoué il y a quelques années au stade de la récolte des signatures déjà, l’idée du revenu de base doit se concrétiser dans un proche avenir. Le projet a été largement approuvé par la majorité de centre droit du Parlement.

    Etats-providence

    Les similitudes sont intéressantes: la Finlande et la Suisse sont deux Etats-providence prospères. Dans les deux pays, certaines branches ont des difficultés à recruter du personnel qualifié alors qu’une partie de la population active est sans d’emploi. Et ils sont tous deux menacés par l’explosion des coûts du système des assurances sociales en raison du vieillissement de la population.

    En matière de droits populaires, la Suisse fête cette année le 125eanniversaire de l’introduction de l’initiative populaire au plan fédéral. Les cinq millions de Finlandais et de Finlandaises ne connaissent ce droit que depuis cinq ans, mais en font généreusement usage.

    L’initiative citoyenne finlandaise suit le modèle européen et n’est pas aussi contraignante que l’initiative populaire suisse. Il faut réunir 50'000 signatures en six mois pour engager un processus législatif au Parlement finlandais, l’Eduskunta. Alors qu’en Suisse les signatures sont encore récoltées sur papier, elles sont réunies en Finlande sur une plateforme internet. La signature est électronique, les citoyens utilisant leur accès à l’e-banking.

    Plus de 500 initiatives ont été lancées depuis que ce droit a été introduit en Finlande. Le plus grand succès a été enregistré par celle qui demandait la reconnaissance du mariage des couples de même sexe: elle a récolté plus de 160'000 signatures en quelques jours durant l’été 2013. Le Parlement a concrétisé le projet un an plus tard.

    Echec d’une initiative

    La même année, l’initiative demandant un revenu de base inconditionnel n’a pas eu le même succès. Elle n’a même récolté un millier de signatures alors qu’une initiative citoyenne analogue à l’échelle européenne réunissait 50'000 paraphes.

    Cela n’a pas empêché le futur Premier ministre finlandais Juha Sipilä de prendre la balle au bond. Après la victoire de son Parti du centre lors des élections législatives d’avril 2015, il a proposé de tester l’idée d’un revenu de base, un projet qui doit se concrétiser l’an prochain. Le modèle proposé est toutefois aussi différent de celui qui est soumis en Suisse que le sont les voies démocratiques parcourues par ces projets dans les deux pays.

    Expérience ciblée

    Le revenu de base équivalant à 800 francs par mois que l’État finlandais envisage de verser est loin d’être inconditionnel. Sa mise en place est centrée sur les personnes qui touchent une allocation chômage ou des aides sociales dont le montant est supérieur à ce qu’elles gagneraient si elles acceptaient certains emplois, par exemple d’aides-soignants. Elles n’ont actuellement pas vraiment de raison de travailler. En revanche, complétés par un revenu de base, ces emplois à bas salaires devraient à l’avenir permettre de mener une vie décente.

    La Finlande souffre d’un sérieux manque de personnel qualifié dans certaines branches, en particulier dans le service public. Des campagnes de recrutement ont été menées à l’étranger, notamment aux Philippines pour le personnel soignant, mais n’ont pas permis de résoudre le problème. L’introduction du revenu de base, prévue dans un premier temps pour deux ans, doit trancher ce nœud gordien tout en réduisant un taux de chômage qui depuis des années s’élève à environ 10%.

    Les différences entre les projets suisse et finlandais se reflètent également dans les milieux politiques qui les défendent. En Suisse, le revenu de base inconditionnel transformerait fondamentalement l’État-providence en introduisant un véritable revenu pour tous et il est soutenu en première ligne dans les cercles de gauche et chez les Verts. En Finlande, les milieux bourgeois défendent un projet plus restreint qui doit être un premier pas dans la réforme de l’État social.

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