• Liberté de la presse : La France tombe à la 45e place du classement mondial

    Liberté de la presse : La France tombe à la 45e place du classement mondial

    CategoriesLiberté de la presse : La France tombe à la 45e place du classement mondial. Selon le classement de Reporters Sans Frontières (RSF) publié mercredi, cette chute de 7 places serait due à "une poignée d'hommes d'affaires" rapporte Atlantico. La liberté de la presse pour le continent américain moins bien classé que l'Afrique

    Dans son classement annuel publié mercredi 20 avril, l'organisation Reporters Sans Frontières (RSF) souligne tout d'abord pour 2016 un recul général de la liberté de la presse dans le monde. C'est le cas en particulier pour le continent américain, qui passe pour la première fois derrière l'Afrique.

    "Tous les indicateurs du classement témoignent d'une dégradation. De nombreuses autorités publiques essaient de reprendre le contrôle de leurs pays, craignant de trop grandes ouvertures du débat public", a commenté auprès de l'AFP Christophe Deloire, secrétaire général de RSF.

    Pour RSF, cette tendance serait due à une avancée des nouvelles technologies, qui favoriserait les intérêts privés, ou publics en haut-lieu :

    "On entre dans une nouvelle ère de la propagande où les nouvelles technologies permettent à bas coûts de diffuser sa propre communication, son information, sous la dictée. Face à eux, les journalistes sont des empêcheurs de tourner en rond", précise Christophe Deloire.

    Depuis sa création il y a quatorze ans, le classement de RSF porte sur 180 pays et se fonde sur des indicateurs-clés tels que pluralisme, indépendance des médias, environnement et autocensure, cadre légal, transparence, infrastructures et exactions.

    Par rapport à 2015, la France est toujours loin d'occuper le Top 15. Elle perd 7 places, et se situe à la 45e place mondiale en termes de liberté de la presse.

    RSF attribue cette mauvaise note au concours d'une " poignée d'hommes d'affaires ayant des intérêts extérieurs au champ des médias finissent par posséder la grande majorité des médias privés à vocation nationale".

    D'après RSF, l'Europe reste le continent où la presse est la plus libre, mais tend à la baisse en raison du "détournement du contre-espionnage et de la lutte contre le terrorisme, [de l'] adoption de lois permettant une surveillance à grande échelle, [de l'] augmentation des conflits d'intérêts, [de la] mainmise de plus en plus grande des autorités sur les médias publics et parfois privés. Le continent ne s'illustre pas par une trajectoire positive", note le rapport 2016.

    En Amérique du Nord, la cyber-surveillance confère la 41e place aux Etats-Unis. Le Canada a perdu 10 places (18e) "pendant la fin du mandat de l'ancien Premier ministre Stephen Harper", selon RSF.

    En partant de la fin du classement, la plus mauvaise place revient à l'Érythrée (180e), suivie de la Corée du Nord (179e), du Turkménistan (178e), de la Syrie (177e) et de la Chine (176e).

    En haut du podium, la Finlande se situe toujours à la première place pour la sixième année consécutive, suivie des Pays-Bas (2e) et de la Norvège (3e).

    Lorsque la liberté de la presse française nuit debout. En 2016, à croire le rapport annuel de Reporters Sans Frontières, la liberté de la presse, d'expression et du journalisme a été plus bafouée encore qu'en 2015. Un constat inquiétant qui empire d'année en année selon Hashtable.

    Et conformément à ce qu’on pourrait attendre d’un monde qui ne choisit pas toujours ses gouvernements, ce sont à peu près les mêmes méthodes et les mêmes armes qui sont utilisées pour museler les opinions dissidentes et les voix discordantes, dans tous les pays, à différents degrés. Ainsi certains États n’hésitent pas, en plus de sucrer internet lorsqu’ils le peuvent, à détruire presses, locaux ou antennes d’émission pour s’assurer d’un épais contrôle des informations que le peuple peut recevoir.

    La France est toujours, sinon officiellement mais au moins officieusement et à l’intérieur de l’Hexagone, le phare du monde libre et moderne, qui indique à tous la direction à prendre d’un doigt secoué de Parkinson, ce qui ne l’empêche nullement d’être toujours aussi mal placée dans le classement. Ce détachement plein de toupet avec la réalité n’est pas sans évoquer un début d’Alzheimer que le pays semble mûr pour développer, mais l’oubli n’est guère possible : l’année 2015 aura été marquée, sur le plan de la liberté d’expression, par la multiplication de petits coups de canifs législatifs, la promulgation de l’état d’urgence n’étant pas le moindre.

    Dans les autres pays aussi, la dégradation observée par RSF s’explique pour partie par le passage de lois spécifiquement faites pour encadrer la liberté d’expression dans le cadre de situations exceptionnelles (liées au terrorisme, essentiellement). Cependant, RSF cite aussi l’auto-censure des journalistes comme raison supplémentaire à cette baisse de la liberté d’expression.

    De ce point de vue, RSF dresse un bilan argumenté de la situation et donne quelques éléments solides d’analyse. Il semble cependant qu’on n’insiste guère sur le lien pourtant évident entre les subventions à la presse et son comportement observé, notamment celui d’auto-censure évoqué par l’ONG.

    Difficile, en effet, de ne pas noter l’écart important entre la presse telle qu’elle est pratiquée lorsqu’elle ne dépend que de ses lecteurs (que ce soit des acheteurs ou des donateurs), et la presse qui bénéficie de long en large des facilités offertes par la puissance publique, depuis les abattement fiscaux spécialement dédicacés aux journalistes, jusqu’à des frais réduits de distribution postale en passant par des versements réguliers d’argent public, à gros bouillons, depuis des tuyaux en provenance directe du Trésor Public, et que l’organe soit public ou carrément stipendié par le Grand Kapital (bisous Libération).

    Et quand on parle d’écart, on euphémise à gros traits : il y a même un fossé entre les deux types de presse, celle directement confrontée à la concurrence et à l’obligation impérieuse d’aller conquérir un public par la pertinence de ses informations, de ses vues, de ses analyses et de son format, et l’autre, dont l’objectif sera de ménager autant que possible les susceptibilités de ceux qui autorisent les abondements publics sans lesquels, point de salut et de confortable rente.

    Évidemment, si l’auto-censure dont RSF fait mention n’est pas intégralement une conséquence de cette subsidiation massive de la presse, la présence d’un robinet public n’en reste pas moins un élément déterminant dans le choix des sujets et l’ampleur des traitements qui en seront faits par les journalistes.

    De surcroît, un autre phénomène joue énormément, en amont de cette subsidiation, et lui est consubstantiel : pour s’assurer qu’un organe de presse continuera d’obtenir ses subventions et plaira donc à l’intelligentsia en place, chaque génération de journalistes s’emploiera, par petites touches subtiles et successives, à recruter la génération suivante auprès de journalistes estimés conformes à l’idée qu’ils se font de cette continuité.

    Ces journalistes seront d’autant plus facile à recruter s’ils ont été préalablement formés dans le « bon » moule. Et – ça tombe bien – ce moule, l’Éducation Nationale et les précédents journalistes vont le fabriquer sans aucune difficulté.

    N’y voyez là aucun complot. C’est, tout simplement, de la reproduction d’un schéma qui a marché (encore une fois, l’absence de concurrence, tant au niveau de la formation qu’au niveau de la presse, explique très bien cette reproduction à l’identique du schéma désiré). Autrement dit, le journalisme français tourne en rond, produit par atavisme du journaliste en vase clos, quasi-consanguin, sans se confronter à la concurrence des idées et des méthodes. Et cela se remarque directement dans le résultat offert aux foules qui ont de plus en plus de mal à le gober.

    Ici, l’exemple des « Nuits Debout » est tellement flagrant et se vautre si tendrement dans le caricatural qu’il aurait été dommage de ne pas l’évoquer : depuis maintenant près de trois semaines, nous assistons à une véritable déferlante d’articles complaisants sur un épiphénomène au départ microscopique, qui ne représente rien dans la société civile, mais prend une importance disproportionnée parce qu’il répond aux attentes d’une classe médiatique uniformément de gauche et quasi-fonctionnarisée.

    Comment passer à côté de ces longs reportages palpitants sur Varoufakis, l’ancien et fugace ministre grec de l’Économie, qui n’est plus rien et a laissé son pays dans une merde insondable, et qui a eu la « présence d’esprit » de pointer son nez et d’être si chaleureusement accueilli place de la République ?

    Comment ne pas voir la retape quasi-putassière de nos organes de presse nationaux (ici, ici ou ) ou même régionaux (ici) lorsqu’il s’agit de bien faire passer le message, urbi et orbi, que – oyez, oyez – le mouvement s’étend, gagne en importance, se fait rallier par toutes les villes du Royaume en ébullition, sonnez hautbois, résonnez musettes ! … dans un mouvement qui sent surtout la prophétie auto-réalisatrice et l’événementiel hype & fashion du moment qui, s’il n’est pas correctement publicisé et marketé par nos écrivaillons, risque bien de s’essouffler dans un petit pschitt minable, tant l’odeur d’entre-soi exclusif devient forte.

    Et pour en revenir à RSF, comment ne pas voir l’état de délabrement avancé d’une presse qui méprise à tel point son lectorat pour lui infliger ses petites lubies ?

    Et sans même s’attarder sur les Somnambules Républicains, on aurait pu rappeler le scandale éolien dont la presse subventionnée a fini par s’emparer, plus d’un an après les remarques pourtant argumentées et les articles précis trouvés sur la presse non subventionnée, elle, Contrepoints en tête.

    De ces écarts de plus en plus manifestes entre ce qui est raconté dans les journaux et ce qui est vu, et vécu, par les populations, résulte directement l’effondrement des ventes des journaux français, de même que la désaffection progressive des lecteurs y compris sur les équivalents numériques ; alors que dans le monde apparaissent de nouveaux formats, de nouveaux tons, de nouvelles « façons de faire » journalistiques, la presse française peine énormément à se renouveler et à adopter ces nouveaux codes. Pire : engluée dans cette auto-censure, elle continue dans cette reproduction idéologique sans issue que RSF mesure pourtant si bien.

    Si, dans beaucoup de pays, la censure est un acte étatique, un choix gouvernemental, et passe par des lois et des interdits, en France il en va tout autrement : l’auto-censure a largement remporté la bataille. Le gouvernement n’a même plus besoin de faire taire ses opposants. Il lui suffit de laisser sa presse s’en occuper.


    Christophe Deloire, secrétaire général de Reporters sans Frontières (RSF), était ce mercredi l’Invité du Matin de RFI, à l’occasion de la publication du rapport annuel de RSF sur la liberté de la presse. Il répond aux questions de Frédéric Rivière.

    « Les dirigeants de très nombreux pays développent une forme de paranoïa contre l’exercice légitime du journalisme. »

    Illustration CC/flickr termes juridiques simples  Sans langue de bois

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