• Loi sur le travail: le mouvement se durcit

    Loi sur le travail: le mouvement se durcit

    CategoriesLoi sur le travail: le mouvement se durcit. La manifestation parisienne, qui a vu s'affronter manifestants et forces de l'ordre, mais aussi manifestants et services d'ordre syndicaux, a donné la tonalité de la semaine sociale, certainement plus radicale que les précédentes selon Mediapart. Partout en France, des blocages et des actions ont eu lieu, alors que plusieurs secteurs inaugurent la grève reconductible.

    Sept syndicats (CGT, FO, FSU, Solidaires, Unef, UNL et Fidl) sont à l'initiative de deux nouvelles journées d'actions unitaires mardi et jeudi, les sixième et septième en un peu plus de deux mois, pour contester le texte de la ministre Myriam El Khomri, jugé trop favorable aux entreprises rapporte le point. "Quand on n'est pas entendu, il faut essayer de se faire entendre", a résumé lundi Philippe Martinez, le numéro de la CGT, estimant que son syndicat était "en phase avec l'opinion publique". Lancé par les fédérations des transports CGT et FO, le mouvement des routiers devrait principalement toucher mardi le Nord, Nantes, Caen, Marseille et surtout Bordeaux, mais pas l'Ile-de-France, selon FO.

    Derrière Sophie, les ballons syndicaux masquent le dôme doré des Invalides, à Paris. Il est 15 heures. La jeune fille a terminé ses examens universitaires, et pris pour la première fois le chemin de la lutte contre la loi Travail, avec sa copine Fabienne, dans le joyeux cortège Interfac. Une bonne heure plus tard, sur la place Denfert-Rochereau, les yeux clairs de la jeune fille sont noyés de larmes, les gaz lacrymogènes formant un épais brouillard sur la place. La manifestation du 17 mai n’a pas failli à la règle de trois établie depuis le mois de mars : une présence policière importante, un cortège sans cesse interrompu par des affrontements entre les plus radicaux et les CRS, et pour finir, un gazage massif de tous les manifestants en guise de dispersion.

    Opération escargot à Clermont-Ferrand

    La CGT prévoit de bloquer les ports du Havre et de Nantes-Saint-Nazaire, avec d'autres actions à Lyon, Metz, au Mans ou encore à La Rochelle, selon Jérôme Vérité, le numéro un de la fédération, qui mentionne également une opération escargot à Clermont-Ferrand. Adopté sans vote en première lecture la semaine dernière après un recours à l'article 49.3 de la Constitution, le projet de loi instaure la primauté des accords d'entreprises sur les accords de branche, un casus bellipour les syndicats.

    Chez les routiers, on redoute aussi des baisses drastiques de salaires, le texte prévoyant qu'un accord d'entreprise puisse ramener la majoration des heures supplémentaires à 10 % au lieu des 25 % généralement pratiqués. Pour un chauffeur "qui fait 200 heures par mois, c'est 1 300 euros en moins sur la fiche de paie" annuelle, calcule Jérôme Vérité. "Les salariés décideront localement" des suites du mouvement, indique-t-il.

    Perturbations dans les airs

    À un mois de l'Euro 2016 de football en France, des grèves reconductibles ont également été annoncées à partir de mercredi à la SNCF, où des revendications internes s'ajoutent au rejet de la loi travail, ainsi que chez les dockers, marins, facteurs, à Aéroports de Paris. Des perturbations sont également attendues dans les airs jeudi, jour de mobilisation des aiguilleurs du ciel. Mardi, le trafic devrait être normal à la RATP malgré un préavis déposé par la CGT. La grogne s'exprimera aussi dans la rue, avec des manifestations dans plusieurs villes de France. À Paris, le cortège partira à 14 heures de la place de l'École-Militaire (7e arrondissement) en direction de la place Denfert-Rochereau (14e). Il s'agit pour les syndicats de relancer le mouvement, moins suivi la semaine dernière, avec 55 000 manifestants recensés par les autorités, contre 390 000 (1,2 million, selon les syndicats) le 31 mars. Et de profiter de la lenteur du processus parlementaire, le projet de loi travail devant être débattu en juin au Sénat avant un nouvel aller-retour entre les deux chambres, pour une adoption définitive en juillet.

    Interdiction de manifester

    Le secrétaire général de FO, Jean-Claude Mailly, qui a toujours réclamé le retrait du texte, a déclaré lundi que "si le gouvernement acceptait effectivement sur trois ou quatre points-clés (...) d'ouvrir les yeux, cela arrangerait les choses", soulignant qu'il était encore possible de "modifier le texte". Preuve d'un climat tendu, plusieurs opposants, ainsi qu'un journaliste photographe, ont reçu des interdictions individuelles de manifester mardi à Paris par la préfecture de police. Un procédé, dénoncé par les militants "antifascistes" et le syndicat national des journalistes (SNJ), et censé éviter les affrontements qui ont fait des blessés chez les manifestants comme chez les forces de l'ordre ces dernières semaines.

    Tandis que certains dénoncent des "violences policières", samedi, un lycéen a été mis en examen pour "tentative de meurtre" après l'agression d'un policier à Nantes, le 3 mai. Et le 12 mai, des casseurs s'en sont pris aux services d'ordre syndicaux. Selon un sondage BVA pour Orange et i>Télé publié dimanche, plus d'un Français sur deux soutient la mobilisation des syndicats contre le projet de loi travail, plus des deux tiers souhaitant que le gouvernement revienne sur le texte.

    À Paris, près de 60.000 personnes se sont mobilisées selon la CGT, tandis que la préfecture de police a annoncé moins de «15.000 personnes, et un policier grièvement blessé». Des manifestants se sont violemment opposés à la police qui a régulièrement usé de gaz lacrymogène entre la gare d’Austerlitz et la place de la Nation, où les affrontements n'ont cessé que vers 19h15. Ce soir, le rendez-vous est donné à République où le mouvement Nuit debout continue. À l'issue de la manifestation, l'Unef a par ailleurs dénoncé «un usage disproportionné de la force par la police».

    À Nantes, dans la matinée, près de 20.000 manifestants ont pris les rues selon les syndicats (contre 9.000 selon la police). Des «dégradations» et des «jets de projectiles» ont été signalés par la police nationale ainsi que dix neuf interpellations selon un bilan provisoire. Achevée en début d’après-midi, la manifestation a toutefois continué, sans avoir été déclarée au préalable à la préfecture. Des abris bus et des caméras de surveillance ont notamment été cassées. Au cours de cette manifestation sauvage, l’AFP mentionne l’arrestation musclée d’une jeune manifestante traînée sur plusieurs mètres au cours d'une charge menée par la Brigade anti-criminalité (BAC).

    À Lyon comme dans la plupart des villes mobilisées, les tensions étaient au rendez-vous. Les lycéens et les étudiants ont pris la tête du cortège, suivis par les syndicats. Selon la police, 5.000 manifestants étaient réunis, tandis que la CGT a de son côté annoncé près de 15.000 personnes.

    À Bordeaux, le cortège a rapidement été scindé en deux parties selon le quotidien régional Sud Ouest, qui a mentionné l'arrestation de quatre manifestants. Suite à la présence de contestataires sur les rails, la circulation des trams a été interrompues dans la journée; un blocage imprévu.

    Au Havre, dès l’aube, une centaine de manifestants, parmi lesquelles des syndicalistes et des dockers, ont bloqué les principales voies d’accès à la ville portuaire. Selon le quotidien Ouest France, dix huit point de blocages ont été recensés, maintenus par près de 2.000 personnes, avant d’être levée plus tard dans la matinée.

    À Toulouse, la préfecture a décidé d’interrompre la manifestation à mi-parcours : «Des jets de projectiles très nourris ont eu lieu contre les forces de l’ordre par des individus aux visages dissimulés situés en tête cortège. Deux policiers ont été légèrement blessés au crâne. Après contact avec les organisateurs, il a été décidé d’interrompre la manifestation à hauteur de la rue du Rempart Saint-Étienne». Visiblement d’accord avec cette décision punitive la CGT a ajouté que la manifestation avait dû être dissoute pour «des raisons de sécurité». Selon les syndicats, 12.000 manifestants s’étaient rassemblés contre la loi travail (4.000 selon la police).

    À Marseille, Solidaires a fait part de sa colère dans un communiqué qui alerte notamment sur la répression policière. Selon le syndicat, «les forces de police se sont livrées à une agression d’une violence inadmissible contre le cortège en cours de dispersion». Des tirs de grenades lacrymogènes et de flashballs ont, selon Solidaires, «atteint les manifestants et le camion de l’Union syndicale Solidaires 13», ajoutant qu’un «responsable de Sud Collectivités territoriales, touché à la gorge par un tir de flashball, est actuellement hospitalisé». Selon le préfet de police, 4.800 personnes ont manifesté dans les rues de Marseille. La CGT annonce de son côté 75.000 personnes, et FO, 30.000. À débattre.

    Concernant Paris, la préfecture de police a annoncé dans un communiqué l’interdiction de tout départ de cortège à partir de la place de la République ce jeudi soir, jusqu’à vendredi matin. En outre «le stationnement des véhicules de catégorie N1 (véhicules utilitaires légers) est interdit», tout comme «la diffusion de musiques et de bruits par tous moyens sonores» à partir de minuit et jusqu’à sept heure vendredi matin.

    Pour l’intersyndicale (CGT, FO, FSU, Solidaires, Unef, Fidl et UNL), à l’origine de cette manifestation, il est encore possible de faire retirer le projet loi travail. Elle souhaite d'ailleurs«renforcer les mobilisations», quelques jours avant le début du débat parlementaire fixé au 3 mai. Toutefois avant ces premières discussions, les opposants pourront une nouvelle fois faire entendre leurs voix le 1er mai. Des manifestations devraient là encore être organisées dans toute la France.

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