• Loi travail : Le cœur du FN balance entre matraquage policier et matraquage social

    Loi travail : Le cœur du FN balance entre matraquage policier et matraquage social

    CategoriesLoi travail : Le cœur du FN balance entre matraquage policier et matraquage social. Après des semaines de mutisme sur la question, à tel point que même un Xavier Bertrand l’a remarqué – tout en s’inquiétant que « cette chienlit et tout ce gâchis, cela profite aux intérêts de madame Le Pen » -, le Front national semble avoir cette semaine tranché sa position sur la loi travail. 

    Selon les gros titres de la presse, papier ou internet, le FN « exige le retrait » de la loi ou exhorte les députés à la « rejeter ». Si l’on en restait à l’écume des choses, le parti d’extrême droite passerait presque pour un défenseur de la classe ouvrière. Avec un « presque » souligné trois fois. Car à reprendre les déclarations des cadres du parti, la mobilisation sociale les gêne aux entournures, dans sa forme comme sur le fond. 

    Passer pour un mouvement à l’écoute des salariés demande un minimum d’investissement. Depuis des semaines, le Front national avait mis en ligne sur son site internet sa propre pétition contre la loi travail. Impossible d’en connaître le résultat : au plus fort des mobilisations, elle a été retirée.

    C’est un classique du FN, le parti affichant en bandeau de son site les prises de position « gratuites » ponctuées d’un « signez la pétition ! » qui ne se traduit jamais par une action concrète… Dans cette phase, les frontistes s’intéressaient principalement aux « dérives communautaristes » supposées de la loi (communiqué de Marine Le Pen ici :http://www.frontnational.com/2016/02/projet-de-loi-el-khomri-la-regressi...).

    Embarrassée pour traiter la question sociale, la présidente du Front national choisissait de se rabattre sur un de ses thèmes de prédilection, l’islamisation du monde du travail. Comme si c’était le cœur du texte, alors que la « liberté du salarié de manifester ses convictions, y compris religieuses », à condition qu’elles ne heurtent ni « d’autres libertés », ni « le bon fonctionnement de l’entreprise », ne figurait que dans les 61 principes de la commission Badinter édictés en préambule du premier projet de loi.

    Principe d’ailleurs retirés par les députés début avril. Autre obsession frontiste : l’Union européenne, accusée le 9 mars d’avoir piloté la loi El Khomri depuis Bruxelles. (communiqué de MLP ici :http://www.frontnational.com/2016/03/combattre-la-loi-el-khomri-et-soute...). Marine Le Pen y jetait la suspicion sur « le camp des opposants à cette loi, des organisations et des responsables politiques qui ont toujours validé l’Union européenne ». 

    Changement de braquet en mai, alors que la mobilisation s’amplifie. Le FN a enfin vu que la mobilisation des salariés ne porte pas sur ses thèmes racistes, xénophobes et antieuropéen, mais sur l’inversion de la hiérarchie des normes, les menaces sur les conditions de travail… et réoriente ses communiqués en fonction. Jean-Marie Le Pen avait coutume de dire « Je suis leur chef, il faut bien que je les suive ». Voilà une leçon retenue par sa fille, prête à tous les virages idéologiques pour attirer une base électorale ouvrière.

    Mais la machine ne s’emballe pas : c’est le Front national de la jeunesse (FNJ) qui est envoyé au front, par communiqué demandant aux députés de ne pas voter la loi (http://www.frontnational.com/2016/05/loi-travail-les-deputes-doivent-rej...). Pas vraiment un premier rôle… C’est que ce mois de mai, qui a vu une accélération de la mobilisation, a focalisé les médias sur les « violences ». Voilà donc le parti autoproclamé de l’ordre et de la sécurité investi d’une mission qui correspond mieux à sa nature profonde : dénigrer le mouvement social dans son ensemble, par la condamnation d’une poignée de casseurs et le soutien inconditionnel aux forces de l’ordre. Premier à tirer, Gaëtan Dussaussaye, directeur du FNJ, le 17 mai, opposant une «génération qui ne caillasse pas la police, ne la méprise pas, ne la déteste pas » aux « crachats », « insultes » et « coups  de la Place de la République » (sic).

    C’est que depuis quinze jours, le cœur de Paris est devenu un lieu de démocratie directe, traditionnel objet de dégoût de l’extrême droite. Le lendemain, le vice-président du parti Florian Philippot y va de son tweet pour exprimer son « soutien total à nos policiers qui manifestent aujourd’hui contre la haine antiflic des milices d’extrême gauche », ces « zozos haineux de la place de la République ». Le 25 mai, en écho à la section FN de Sciences-Po qui affirmait sur le réseau social que « Léon Blum voterait Front national » il accusait le « gouvernement socialiste qui maintient la loi travail », de provoquer « le chaos ».

    L’accusation resurgit de temps à autre dans la diatribe lepéniste. L’ordre, toujours, dans un parti qui a du mal à ne pas laisser transparaître ses divergences.  La députée frontiste du Vaucluse Marion Maréchal, tenante d’une ligne plus libérale – véritable héritière en cela de son grand-père -, se fera ainsi porte-parole d’une frange non négligeable de cadres frontistes attachée à l’ancienne doctrine (Louis Aliot, Nicolas Bay, ou l’affilié Gilbert Collard) dès le 9 mars, sur France inter. Elle y affirme, contrairement à sa tante et ses proches que « la réforme du droit du travail est une partie de la solution » à la hausse du chômage, qu’il serait « dommage de passer à côté de l'opportunité de prendre des mesures qui puissent aller dans le sens des aspirations des entreprises ».

    Une détermination qui ne la pas quittée, jusqu’au 26 mai, quand s’alignant sur la position d’une certaine droite déçue de voir la loi un brin retravaillée, elle s’est résignée – sans que ses camarades libéraux frontistes s’en émeuvent – à demander au gouvernement de cesser de « vouloir imposer une loi sans intérêt qui ne répond pas aux problématiques et aux attentes des TPE /PME ». Une manière de réconciliation avec la ligne officielle du FN sur le dos du mouvement social. « Il peut y avoir des éléments qui sont différents entre Marion Maréchal et Florian Philippot mais, sur le fond, on est sur la même ligne », expliquait mercredi dans l’Opninion Fabien Engelmann, le maire FN d’Hayange (Moselle), exclu de la CGT en 2011 pour son appartenance au FN. 

    Car si une chose fait l’unanimité au Front national, c’est la négation du droit concret des salariés. C'est-à-dire l’instauration d’un rapport de forces qui passe, le cas échéant, par la grève. Marion Maréchal voit ainsi dans la CGT « sectaire et ultraminoritaire » les « ultimes adeptes d'une lutte des classes périmée ». Logique, considérant qu’elle voyait dans la possibilité de rapatrier les accords salarié-patron au niveau de l’entreprise, hors conventions collectives ou vision sectorielle, comme une avancée. Le Front national a appelé à maintes reprises à l’abandon d’un syndicalisme de classe, au profit d’un corporatisme qui place sur le même plan, comme si c’était possible, patron et salarié.

    Dans son projet présidentiel, le FN envisage ainsi de revenir sur les règles de représentativité pour qu’ils soient « plus à même d’entrer dans des logiques de concertations constructives et moins tentés de recourir à un rapport de forces (grève, manifestation) pour pallier leur manque de légitimité ». Car c’est bien connu, « certains représentants syndicalistes ne représentent qu’eux-mêmes et sont toujours aux abonnés absents lorsqu’il s’agit de combattre les vrais problèmes ». En vrac, « l’obsession ultra-libérale bruxelloise », écrivait Marine Le Pen sur son blog mercredi dernier, ou « l’immigration qui pèse à la baisse sur les salaires », selon Florian Philippot sur BFMTV deux jours avant. En clair, les syndicats, CGT en tête, ne sont pas assez antieuropéens ni assez xénophobes pour plaire au Front national. Ouf ! 

    par GRÉGORY MARIN

    Illustration CC/flickr termes juridiques simples  Sans langue de bois

    Source URL de l'article

    "Ce blog est un blog militant indépendant, sans prétention, bien évidemment non commercial et totalement amateur. Les images, les textes dont nous ne sommes pas les auteurs ainsi que les musiques et chants seront supprimés du blog sur simple demande par courriel. Nous publions textes et communiqués émanant d'auteurs et d'organisations diverses. Ces publications ne signifient pas que nous partageons toujours totalement les points de vue exprimés. Nous déclinons toute responsabilité quant au contenu des sites proposés en liens."

    Categories

    « Fabio De Masi : « Les directives européennes ont détruit la...Le complot islamo-gauchiste »
    Partager via Gmail Yahoo! Google Bookmarks

    Tags Tags : , , , ,