• Loi Travail - Manifestant tabassé à Caen : "cette police là n'a rien à faire dans un pays démocratique !"

    Loi Travail - Manifestant tabassé à Caen : "cette police là n'a rien à faire dans un pays démocratique !"

    CategoriesLoi Travail - Manifestant tabassé à Caen : "cette police là n'a rien à faire dans un pays démocratique !". La vidéo de son tabassage par un policier lors de la manifestation contre la Loi Travail du jeudi 26 mai a fait le tour du web. Monji Essanaa, éducateur sportif de 54 ans, s'exprime une semaine après pour que lumière soit faite et que l'"agression gratuite" qu'il a subie ne reste pas impunie.

    Monji Essanaa sort de son silence. Une semaine après avoir essuyé les coups de policiers lors de la manifestation contre la Loi Travail, l'éducateur sportif caennais de 54 ans reste dans l'incapacité d'exercer son métier. A l'arrêt de travail d'une journée délivré par son médecin dans les heures qui ont suivi l'agression, s'est ajouté une semaine d'ITT pour le quinquagénaire qui souffre notamment d'un décollement de la plèvre selon Boris Letondeur de France bleu.

    Mobilisé contre la Loi Travail depuis le départ

    "J'avais déjà manifesté contre le CPE en 2006 et là, je suis mobilisé contre la Loi Travail depuis le début. Jeudi 26 mai, j'étais à la manifestation prévue par les organismes syndicaux, de l'EPSM du Bon Sauveur jusqu'à la place du Théâtre. J'ai estimé que faire une heure de marche pour se plaindre de la Loi Travail n'était pas suffisantdonc j'ai suivi le cortège qui est reparti vers 12h30".

    Frappé à 6 reprises au moins

    "Place Gardin, je me suis assis sur un bloc de granit pour ranger mes lunettes cassées dans mon sac. Le temps de regarder à l'intérieur, je vois la police à ma hauteur. Le policier me passe devant, je me dit que je suis tranquille mais non, il fait un pas en arrière et me dit : "qu'est-ce que tu fous là toi ?". Je lui explique que je range mes lunettes mais il ne cherche pas à comprendre et me donne un coup sur l'épaule. Je tente de lui redire ce que je fais et là il me remet un coup dans le bas du dos. En tentant de me lever, je trébuche sur le bloc de pierre".

    "Une fois à terre, il m'assène un coup de pied, de semelle, sur la poitrine. Je me dit que je n'ai plus qu'à me mettre en boule, à me protéger la tête. J'ai senti au moins deux coups, puis un policier me dit : "relève-toi, tu repars dans la manif !". J'ai été surpris et j'ai répondu que je ne voulais pas y retourner. On m'a ensuite menacé de me redonner des coups si je ne repartais pas. Alors j'y suis allé à travers les fumées des gaz lacrymogènes et en reprenant un coup au passage".

    Décollement de la plèvre

    "Dans l'après-midi, je suis allé chez le médecin parce que j'avais des douleurs à la poitrine puis je suis allé porter plainte dans la foulée. La policière a été compréhensive, on a essayé de bien détailler le déroulement de ce qu'il s'est passé. Le lendemain, j'ai eu la police des polices et j'ai passé une radio qui a révélé un pneumothorax, un décollement de la plèvre. J'ai eu deux arrêts de travail : l'un d'un jour et l'autre d'une semaine".

    "J'ai toujours des douleurs à la poitrine lancinantes et puis quand je fais des inspirations ou expirations fortes. Mon médecin m'a conseiller d'aller aux urgences si j'avais le moindre essoufflement. Pour l'instant, je ne peux plus enseigner parce qu'en cas d'intervention, je prends le risque d'aggraver les problèmes pulmonaires".

    Rien à faire dans la police s'il ne sait pas se contrôler

    "La police peut être énervée après plusieurs semaines de mobilisation, mais on est professionnel. Moi, j'ai été pompiers de Paris, quand on est sur des feu très longs, fatigué ou pas, on doit se contrôler. Le comportement qu'il a eu n'est pas un comportement professionnel. J'ai l'impression qu'il s'est fait plaisir, qu’il s'est acharné sur moi. Ce type de personnage n'a rien à faire dans la police s'il ne sait pas se contrôler".

    "Je comprends les jeunes qui sont énervés, "haineux" contre la police. On aime la police quand elle rend service, quand elle donne des coups de main, quand elle nous soutient. C'est comme dans un couple quand tout se passe bien qu'on est sympathique, on est content d'être avec mais quand elle un un comportement qu'elle ne devra pas avoir, d'agressivité, de violence, on n'a pas envie de l'aimer cette police, elle n'a rien à faire dans un pays démocratique".

    Maître Marand-Gombar : "Les vidéos de l'agression sont essentielles dans l'affaire !"

    Pour plaider sa cause devant la justice, Monji Essanaa a fait appel aux services de Maître Claude Marand-Gombar. L'avocat pénaliste caennais entend bien aider son client à clarifier les faits et obtenir des excuses de la part du policier incriminé.

    "Il faut clarifier les choses, savoir pourquoi il y a eu des comportements inadmissibles. On veut en tirer des conclusion et des conséquences pour éviter la reproduction de comportements de même nature. Il est insupportable d'entendre que les policiers présents ce jour là puissent se dire en état de légitime défense. Toutes les conditions d'une éventuelle légitime défense ne sont pas réunies. Est-ce tellement compliqué dans notre société quand un personnel commet un acte totalement inapproprié, de présenter des excuses ?"

    "Ce dossier est exceptionnel, non pas en raisons de la gravité des comportements parce qu'il y en a déjà eu dans le passé mais parce que nous avons des éléments de preuves. S'il n'y avait pas les vidéos, les photos, cette affaire  aurait eu beaucoup plus de mal à prospérer en terme de suites judiciaires. Ces images sont essentielles, quand on voit les coups de matraques, de semelles, on imagine assez mal que l'on puisse contester la réalité des coups d'une part et mettre en avant l'existence d'une possible ou prétendue légitime défense".

    Manifestant blessé de nouvelles images à charge contre les policiers, en effet, selon Renaud Lecadre de Libération Le 26 mai à Paris, Romain D. s’écroule en fin de mobilisation contre la loi travail. Une nouvelle vidéo montre qu’une grenade de désencerclement venait juste d’exploser.

    Précision : Nous avions écrit par erreur que le jet de la grenade de désencerclement était le fait d'un policier travaillant en compagnie républicaine de sécurité (CRS). Il s'agit, en réalité, d'un policier du groupe d'intervention de la préfecture de police de Paris. Les CRS portent un casque à liseret jaune, alors que leurs homologues de la préfecture de Paris portent un casque à liseret bleu. De même, ce sont des gendarmes mobiles qui entrent dans le camion de pompier où est pris en charge Romain D. et non des CRS. Nos excuses.

    Romain D., 28 ans, dans le coma depuis le 26 mai, jour de la dernière mobilisation contre la loi El Khomri en est sorti ce lundi. Il a été victime, a priori, d’un jet intempestif de grenade de désencerclement. Une enquête pénale pour «violence volontaire par dépositaire de l’autorité publique» a été ouverte par le parquet.

    Ce jour-là, à Paris, après dissolution du cortège syndical, un groupe part vers la Porte de Vincennes. Rue du Général-Niessel, les policiers du groupe d'intervention de la préfecture interpellent un ado, puis se replient dans un jardinet attenant. D’où ce mini-attroupement de plusieurs journalistes et quelques badauds scandant «libérez notre camarade». Le garçon en question sourit quand une caméra le filme.«L’ambiance était bon enfant, témoigne un photographe présent sur place. Un reliquat de manif, des journalistes, des passants, dont une petite vielle.» Et Romain, donc, «pas vraiment manifestant mais observateur», souligne sa famille.

    D’autres policiers arrivent rapidement en renfort, et l’un d’entre eux lance, sans plus de formalité, une grenade de désencerclement. Apparemment dans les formes techniques requises, c’est-à-dire dans les jambes, au ras du sol… Mais certainement pas au motif requis par une circulaire de la police, qui prévoit d’y recourir «lorsque les forces de l’ordre se trouvent prises à partie par des groupes violents ou armés».

    Selon de premières images diffusées sur Internet, on voit d’abord la grenade jetée, puis, dans un deuxième temps, Romain allongé au sol. Mais sur de nouvelles vidéos, dont l’une doit être diffusée ce lundi dansle Petit Journal de Canal + (et que Libé a pu visionner), l’homme s’écroule dans la foulée de l’explosion de la grenade. Ce qui renforcerait le lien de causalité entre l’acte du policier et la blessure de Romain. Selon l’avocat de sa famille, Me Hugues Bouget, il pourrait avoir été touché par le bouchon déclencheur de la grenade.

    Bitume.

    Deuxième acte, quelques instants plus tard. Selon les témoins interrogés par Libération, les policiers lancent derechef une bombe lacrymogène en direction des passants s’étant illico greffés autour du corps de Romain, allongé sur le bitume. Attroupement intempestif, ont manifestement considéré les forces de l'ordre. Une action contraire, encore une fois, aux règles qui régissent l’utilisation d’une grenade de désencerclement :«Après usage, il convient de s’assurer aussitôt de l’état de santé de la personne et de la garder sous surveillance ; au besoin, un examen médical doit être effectué dans les meilleurs délais.»

    Troisième épisode : un camion de pompiers débarque enfin sur les lieux. Romain y est embarqué sur un fauteuil roulant, visage bandé mais manifestement éveillé, voire souriant pour rassurer ses proches. Deux gendarmes mobiles harnachés et casqués montent alors à bord. Un témoin affirme qu’un troisième gendarme portant une mallette de survie se serait glissé dans le camion.

    Impatience.

    La suite nous est racontée par deux autres témoins oculaires, Paul et Marie (1). Peu de temps après avoir démarré, l’estafette des pompiers se gare quelques centaines de mètres plus loin, le temps qu’un autre véhicule, mieux médicalisé, ne prenne en charge Romain. «Le voyant entrer bien portant dans le camion des pompiers, on a trouvé bizarre que deux gendarmes s’y engouffrent. Du coup, on l’a suivi.» Ils disent ensuite avoir vu, via une vitre latérale, «deux gendarmes casqués se pencher sur lui», le pompier de service restant «en retrait» de la cabine. Nos témoins n’ont pu observer directement le corps de Romain, seulement les deux gendarmes. Mais ils affirment que «leurs gestes étaient violents, au point de faire bouger le fourgon». Premier secours, acte d’intimidation ? Dans un appel téléphonique passé à des proches depuis le camion de pompiers (Libération a eu accès à la bande audio), on entend juste Romain crier sa douleur.

    Ces faits mériteraient une enquête impartiale. Mais la procédure n’en prend pas, pour l’instant, le chemin. Depuis l’ouverture d’une enquête administrative diligentée par l’IGPN (police des polices), doublée d’une enquête préliminaire ouverte par le parquet de Paris, le policier ayant lancé la grenade initiale n’a toujours pas été convoqué - il ne sera auditionné que cette semaine. Me Bouget, lui, ne cache pas son impatience de voir désigné un juge d’instruction : «Ce serait un geste fort de le faire rapidement, pour ainsi démontrer que l’enquête va se faire en toute transparence et en toute indépendance, comme les pouvoirs publics s’y sont engagés, au plus haut niveau, envers la famille.»

    (1) Les prénoms ont été changés.

    Illustration CC/flickr termes juridiques simples  Sans langue de bois

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