• Maroc : Lettre d’un citoyen marocain de l’étranger à son chef de gouvernement

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    CategorieMaroc : Lettre d’un citoyen marocain de l’étranger à son chef de gouvernement. Monsieur le chef du gouvernement, Il n’est pas de mon habitude de sortir du rang de la majorité silencieuse, ni de publiquement prendre la parole, juché sur un perchoir médiatique;

    à fortiori lorsqu’il s’agit d’apostropher un animal politique et un grand tribun de votre trempe. Mais à la veille de nouvelles élections législatives que je présume cruciales pour le Maroc, je n’ai d’autre alternative que de vous adresser cette missive afin de vous exposer mon constat sur votre rendement et celui de votre gouvernement, durant les 5 années de la législature qui se termine. Je le fais en tant que citoyen marocain lambda vous ayant accordé sa confiance, mais également en tant qu’expatrié ayant la chance d’expérimenter la démocratie au quotidien.

    Il ne m’est pas méconnu que la surcharge de votre calendrier professionnel s’est toujours érigée en entrave à l’organisation de séances d’échange interactif avec les citoyens qui vous ont confié les rennes de leur destinée politique. Aussi ai-je opté pour ce pamphlet comme moyen de communication. Il me sera de grande utilité pour vous transmettre, sans fioritures, l’humble appréciation d’un sans-voix quant à la concordance entre vos promesses préélectorales et les réalisations sur le terrain.

    Il va sans dire que, constitutionnellement et juridiquement, vous n’êtes nullement tenu de respecter votre programme électoral mais d’un autre côté, autant par devoir d’information que par obligation nationale, il me semble, à moi aussi, primordial de revenir cependant sur vos performances à la tête du gouvernement et de voir dans quelle mesure vous aviez, à mon avis, joint l’acte gouvernemental à la parole électorale.

    En 2011, à l’occasion de circonstances exceptionnelles, vous aviez émergé à la tête des suffrages exprimés. Le taux de participation n’était pas à la hauteur de l’espérance démocratique de la conjoncture mais tout le Maroc, sans exception, s’était plié au verdict des urnes. Certaines élites ont même fini par faire fi du caractère populiste de bien de vos discours politiques et vous ont gracieusement accordé le bénéfice du doute.

    Vous aviez toute latitude pour choisir vos partenaires politiques et confier les responsabilités gouvernementales aux personnes qui vous paraissaient aptes aux exigences du poste. Qu’elles aient été désignées par votre parti ou proposées dans le cadre de votre politique d’entente, ces personnalités n’ont rencontré aucune résistance de quelque ordre que ce soit.

    Vous aviez un Roi qui vous soutenait, une constitution qui vous octroyait de larges prérogatives et une majorité de votants qui vous faisait confiance. Autant dire que les ingrédients moraux, politiques et juridiques nécessaires à la réussite de votre mission étaient tous réunis.

    A la prise de vos nouvelles fonctions, la situation macroéconomique du Maroc était équilibrée avec une dette extérieure plus que soutenable Il y avait plusieurs projets sociaux et économiques en cours d’étude ou de réalisation. Les montages financiers étaient bouclés et les accords financiers conclus. Les chantiers qui vous attendaient étaient d’ordre essentiellement constitutionnel et les réformes à caractère beaucoup plus organisationnel que financier.

    Il vous revenait, entre autres, d’introduire et de mettre en application les lois organiques réglementant les dispositions constitutionnelles inhérentes à la reconnaissance de la culture amazighe, aux nominations à la tête des institutions stratégiques, à l’intégration des Marocains résidant à l’étranger à la vie politique nationale mais principalement il vous était demandé d’assumer les grandes et larges prérogatives concédées par la nouvelle constitution au chef du gouvernement.

    Aujourd’hui, après vos 5 ans de législature à la tête de l’exécutif national, je voudrais qu’à l’aune de mon expérience personnelle, vous puissiez réaliser l’écœurement que cause l’aventure électorale dans laquelle vous nous avez embarqués.

    Conformément aux dispositions de la constitution de 2011, vous deviez pleinement utiliser le potentiel que vous octroyaient vos nouvelles responsabilités constitutionnelles; vous l’avez peu ou prou fait. Vous deviez faire de l’amazighité un composant identitaire national réellement visible; vous en avez renvoyé l’échéance aux calendes grecques. Vous deviez faire bénéficier les Marocains du monde de la citoyenneté pleine et entière qui leur revient de droit; vous n’avez rien entrepris.

    Vous deviez opérer des changements à la tête des institutions stratégiques; les mêmes visages sont toujours là. Vous deviez mettre un terme aux politiques de rente; les agréments de complaisance et les permis d’exploitation injustifiés sont encore en circulation. Vous deviez mettre en pratique la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes; vous l’avez occultée. Vous deviez consacrer les libertés individuelles et collectives; vous en avez rétréci le champs d’action. Vous deviez secouer les vieilles habitudes politiques, récurer, récuser; ça n’a pas été fait.

    Vous deviez faire du Maroc en voie d’émergence un pays émergent; vous en avez fait un pays surendetté. Vous deviez entamer un dialogue social avec les centrales syndicales afin de procéder à une réforme consensuelle des systèmes de retraites; vous avez tout repoussé, au propre comme au figuré, pour finalement imposer une réforme unilatérale. Vous deviez transformer nos ressources humaines en potentiel de production; vous les avez jetées à la rue. Vous deviez finaliser le processus des réformes en cours, notamment en mettant en œuvre les lois et règlements nécessaires à la mise en application de la constitution; vous avez failli à votre mission.

    Monsieur le chef du gouvernement,

    Je ne peux être complice d’une politique hypothéquant l’avenir du pays par le recours inconsidéré à la dette extérieure. Une politique marginalisant les communautés nationales et évinçant les Marocains de l’étranger de la vie politique marocaine. Une politique fortifiant les forts et affaiblissant les faibles. Une politique où la parole est omniprésente et l’acte rarissime.

    L’honnêteté intellectuelle m’impose de ne pas aborder les réalisations puisque, dans leur grande majorité, elles émanent de directives royales. Et si malgré tout, je m’y étais essayé, la crainte, qu’en sus des griefs qui vous sont reprochés l’on vous accuse encore de vous approprier des initiatives vous dépassant, m’en aurait sûrement dissuadé.

    Pour le bonheur de mon pays, j’aurais aimé vous voir réussir dans vos œuvres. J’aurais tant aimé vous voir concrétiser le rêve que vous nous avez vendu. Hélas, mille fois hélas, vous et votre parti avez brisé tous les espoirs mis en vous. Vous avez fait de cette législature un condensé des occasions perdues et un almanach des rendez-vous ratés.

    Pour ces raisons et beaucoup d’autres, j’ai décidé de ne plus faire confiance ni à vous, ni à votre parti. Et même si je dois me déplacer au pays pour l’exprimer, ma voix ira, cette fois-ci, à plus sérieux et plus compétent. Ne m’en veuillez pas pour cette outrecuidance, Monsieur le chef du gouvernement! Et si vous deviez vous en prendre à quelqu’un, je vous conseillerais de commencer par votre personne! L’article premier de la constitution, instituant la corrélation entre la responsabilité et la reddition des comptes, vous l’impose!

    Sur ce, je vous prie, Monsieur le chef du gouvernement, de croire en l’expression de mon immense déception et de mes regrets les plus profonds.

    Amsterdam, le 19 octobre 2016.

    Signé : Omar El Bacha, Amsterdam. Pays-Bas.

    par Omar El Bacha

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