• Nos morts ne sont pas les leurs. Qu’ils aillent au diable, ces Ukrainiens et ces Syriens !

    Nos morts ne sont pas les leurs. Qu’ils aillent au diable, ces Ukrainiens et ces Syriens !

    CategoriesNos morts ne sont pas les leurs. Qu’ils aillent au diable, ces Ukrainiens et ces Syriens ! J’ai eu, la veille, une conversation éclairante avec mon élève de français qui après 3 ans passés en France en tant qu’étudiante étrangère est finalement rentrée au bercail. Déçue, dégrisée, lucide. Notre cours portait sur le (pseudo-)clivage gauche/droite à partir d’un texte d’A. 

    Comte-Sponville qui prône, dans ses essais, une synthèse bénéfique des partis. Son analyse tournant autour de la notion de valeurs, nous passâmes très vite à l’expérience parisienne de cette jeune femme qui dut reconnaître que les gens qu’elle avait côtoyés à Paris étaient pour la plupart dépourvus de valeurs ou confessaient des idées nominales qu’ils n’appliquaient pas en pratique mais essayaient d’imposer à autrui – particulièrement aux étrangers – comme s’il s’agissait d’une liste de vérités apodictiques en dehors desquelles il n’y aurait point de Salut.

    Restée seule, je me replongeai dans les actus des dernières heures, toutes sources confondues. Les remarques de Mlle G. se superposèrent à la tristesse d’un constat qui me hante depuis longtemps. On dit que la mort nous rend tous égaux. Aux yeux de qui ? De Dieu ? Mais pour Dieu, nous sommes déjà tous égaux de notre vivant. Aux yeux des vivants ? Normalement, oui. Aux yeux des donneurs de leçon de morale dont foisonnent les médias bien-pensants aspergés de chanel mais empestant le soufre ? Aucunement.

    Hélas, ces informateurs dont la jactance égale l’hypocrisie détiennent le monopole de la pensée. Au point de rester encore crédibles lorsqu’ils prétendent que l’interventionnisme humanitaire existe et que les bases militaires US qui ont inondé la planète ont pour but de protéger l’Europe de le menace terroriste … surtout quand elle pue le pétrole mais ça, ça ne fait rien. Plus c’est gros, mieux ça passe. Si l’on y croit, on a des valeurs. Si l’on considère que le FN est un parti xénophobe et que vouloir fermer les frontières relève d’un racisme crade, on a des valeurs. Mais au-delà de cette espèce de credo qui permet d’affirmer tout et son contraire, il y a la réalité. Et avant tout, celle des vies humaines qui ne valeraient pas grand-chose parce que ce sont celles des Slaves ou des Arabes.

    Le référendum néerlandais sur l’association économique de l’Ukraine à l’UE en est une démonstration brillante. A force d’avoir poussé bien loin l’analyse des tenants et aboutissants du Maïdan, on a presque oublié qu’il fut à la base déclenché par la décision de Ianoukovytch qui était de repousser la signature de l’accord Ukraine/UE. Sans plus. Une certaine partie de la population se sentit alors privée d’Europe et cela lui fit un choc : elle s’imaginait, je me demande encore pourquoi, que seule l’eurointégration permettrait de lutter contre la mainmise étouffante de l’oligarchie et des corruptionnaires.

    Le tour de magie annulé, la colère secoua les rangs. Savait-on alors, en décembre 2013, que l’Ukraine payerait ce tour raté du sang de ses enfants et qu’en plus elle serait seule à les pleurer ? Je me souviens encore des propos nauséeux d’un pseudo-philosophe de café, BHL : de jeunes Ukrainiens meurent en serrant le drapeau de l’UE, osa-t-il éructer lors d’un énième préchi-précha, comparant la détermination de la jeunesse ukrainienne à la veulerie de cette jeunesse occidentale qui ne défendrait pas l’idée d’Europe … une belle aventure, avait-il dit lors d’un autre sermon. Les victimes de cette « aventure » sont mortes. Il y a quelques jours, elles ont enfin été enterrées. Définitivement.

    Les Hollandais et Mme Merkel ont rejeté leurs illusions. Ceux qui disent que la réaction d’Amsterdam est une gifle à l’UE n’ont pas tort. C’est une gifle à tous les technocratesbouffeurs de vies qui se cachent derrière une Union qui n’existe pas, derrière une Europe qui n’existe plus. C’est une extraordinaire condamnation de cette somme d’impostures que l’UE, structure crée par les USA pour les USA, fait gober à des peuples lassés. Il y a deux ans, la tragédie ukrainienne qui n’est pas prête à se terminer aurait pu être évitée. Des milliers de vies auraient pu être épargnées. Des vies sacrifiées pour ce qui N’EXISTE PAS.

    Camus aurait pu en faire une pièce inégalable. Si seulement ce référendum hollandais s’était tenu avant la destitution de Ianoukovytch ! L’Ukraine pleure, Washington et Bruxelles s’en fichent. Après tout, ce ne sont que des Slaves, des espèces de semi-sauvages comme l’a présenté le réalisateur d’une série hyper-populaire, Fais pas çi fais pas ça, où l’on voit une nounou ukrainienne frôlant la déficience mentale et ne sachant même pas se servir d’une brosse à dents et d’un dentifrice. Alors qui est raciste ? Un Ukrainien de plus, un Ukrainien de moins, qu’importe. Ce ne sont pas mes compatriotes abattus au Bataclan.

    Nous sommes dans le même cas de figure en Syrie ou encore au Yémen. Je ne reviendrai pas sur les prémisses géopolitiques des évènements, ils sont connus depuis des lustres et crèvent la rétine aux plus ignares. Ce qui bouleverse, c’est la façon dont les médias distinguent les morts selon leur appartenance ethnique et/ou politique à partir du moment où les intérêts de ceux qu’ils servent sont en jeu. Il est connu, reconnu, avéré, confirmé en long et en large que le trio US/Turquie/Séoudes arme une opposition dite modérée et dite syrienne qui n’existe pas ( et encore un maillon spectral dans cette longuissime chaîne de valeurs « modérées » spectrales !).

    Du crime contre l’humanité de la Ghouta en été 14 àla vente quasi-ouverte pour ne pas dire quasi-légale du pétrole syrien par l’EI via la famille Erdogan, on sait qu’Ankara est l’allié objectif des islamistes. Mais considérant que Damas pourrait encore tomber on continue à collaborer, OUVERTEMENT, avec les véritables commanditaires des horreurs perpétrées par Daesh. Simultanément, Barack Obama reconnaît ses erreurs en Libye. C’est ma pire erreur, admet-il, l’air dépité. Ce qui est un crime contre l’humanité lorsqu’il s’agit d’un allié stratégique ou d’un pays occidental se transforme en ERREUR quand il s’agit d’un pays arabo-musulman non-aligné. En l’occurence, la Libye, ancien premier PIB d’Afrique, aujourd’hui, pays détruit sous les ricanements de Mme Clinton et devenu un redoutable arsenal islamiste menaçant la péninsule ibérique. Faute confessée est à demi pardonnée, peut-être bien que les Libyens comprendront.

    Début mars, la France décerne la Légion d’honneur au prince héritier d’Arabie Saoudite. Grand bien lui fasse. Le 15 mars, l’aviation saoudienne largue des bombes sur un marché yémenite. Bilan selon Human Rights Watch : 97 morts parmi lesquels 25 enfants. Bilan présenté par l’ONU : 119 morts dont 22 enfants. Les bombes, de même que le kit de guidage par satellite, venaient d’être livrées par les USA, chose sèchement constatée par AFP, RFI et BFMTV. Et alors ? La morale ? On constate, sans plus. Qu’en serait-il s’il s’agissait d’un marché situé quelque part en Europe occidentale ou aux USA ? Une bonne moitié du globe partageait le deuil de Charlie Hebdo, on sait pertinemment pourquoi.

    Ukrainiens, Syriens, Libyens, Yémenites … Tous sont bons à passer à la casserole si l’univers des élus – lobbies et banquiers en tête – en a décidé ainsi. Sans même s’en apercevoir tellement le distinguo est automatique, les médias à charge nous ont habitués à faire le deuil de certains et à en dédaigner d’autres comme si leur sang était moins rouge que ne l’est celui d’un Allemand ou d’un Américain. Et surtout, ne me parlez pas de l’accueil des clandestins qui n’est que le fruit de faux espoirs (main d’œuvre bon marché dont raffole les oligarchies occidentales depuis la fin de la décolonisation) et du chantage conjoint USA/Turquie.

    C’était en 1996. J’habitais Les Milles, un village situé près d’Aix. Ma grand-mère du côté russe y avait fait la connaissance d’une dame très sympathique, prof d’histoire-géo à la retraite. Comme à l’époque la question de l’islam radical en Europe était déjà d’actualité, elle demanda à cette prof si la France était prête à défendre ses intérêts en cas de besoin. Je me souviens encore de sa réponse car cela, ça ne s’oublie pas : Mais voyons donc, ce sont les Russes qui vont nous défendre, comme avant !Parce qu’un Russe, comme un Ukrainien, ça peut mourir pour l’Europe. Mais surtout, surtout, n’allez pas croire que c’est du racisme. L’UE a d’autres valeurs, voyons !

    par Françoise Compoint

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