• (Presque) Interdire les billets pour sortir de la crise ? Ce qui se cache derrière la tentation de Mario Draghi

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    Categories(Presque) Interdire les billets pour sortir de la crise ? Ce qui se cache derrière la tentation de Mario Draghi. Dans le cadre de la lutte contre la déflation, l'idée germe : faire disparaître les billets et les pièces, dont la part de la masse monétaire dans la zone euro est en progression. Bien que les billets restent particulièrement appréciés des populations, ils représentent un frein à l'épargne, aux taux négatifs et somme toute aux politiques monétaires. Une idée, cependant, qui n'est pas prête de se faire.

    Tiens, c’est une idée… De fait, Mario Draghi, le patron de la Banque centrale européenne, s’énerve. Les billets et les pièces représentent désormais 10,1% de la masse monétaire au sens large en zone euro, contre 9,6 % il y a quatre ans. Dans une économie plus électronique, voilà que le papier progresse ! Pourquoi donc ? Et pourquoi donc ceci énerve-t-il Mario Draghi ? Sus aux billets !

    Après les chèques, ce serait leur tour ? Voilà des années que les banquiers ne veulent plus de chèques, parce qu’ils sont moins utilisés et (surtout) pas rentables. Les commerçants non plus ne veulent plus de chèques, parce qu’ils sont moins sûrs. Les personnes âgées veulent, elles, les conserver, parce qu’elles en ont l’habitude. Les syndicats veulent bien sûr les garder, parce qu’ils défendent l’emploi. Mais la bataille semble perdue, même si la France fait de la résistance en restant le plus gros utilisateur de chèques d’Europe et en payant ainsi près de 15 % de ses achats.

    La carte va être acceptée partout, dans les taxis dès le premier euro désormais (promis !).

    Et maintenant, les billets devraient disparaître ! Les banquiers trouvent aussi que cela leur coûte. Les commerçants les préfèrent, pour des raisons peut-être fiscales, allez savoir ! Les syndicats les défendent, car il y a de l’emploi à la clef – comme toujours. Et tous, vous et moi, aimons bien les billets. C’est pratique, rapide, simple.

    Les grosses coupures sont sur la sellette. En Allemagne, elles font fureur, moins ailleurs. En France, les décrets limitent les achats en liquide : 1000 euros pour les Français, 10 000 pour les touristes (avec pièce d’identité). Pour les impôts, le mieux serait bien sûr que le billet disparaisse, autrement dit que tout soit déclaré. La police aimerait aussi suivre les divers circuits (drogue, vol, armes…) sur écran. Et voilà que les autorités chinoises s’y mettent, pour être modernes elles aussi, peut-être pour contrer chez elles la corruption. Allez savoir !

    Mais supprimer tous les billets, c’est quand même étrange ! Bien sûr, ceci rapportera plus d’argent aux fiscs du monde entier et réduira les trafics, petits et grands. En attendant que des astuces nouvelles se trouvent. Mais ce n’est quand même pas cela qui fera repartir la croissance et l’emploi ! Alors, pourquoi cet énervement des grands banquiers ? Où est le loup ?

    C’est la nouveauté : les banques centrales s’en mêlent ! Pour faire repartir l’activité, elles veulent encore et encore faire baisser les taux d’intérêt. Et quand ils sont à zéro, il faut donc qu’ils soient négatifs ! En zone euro, Mario Draghi rémunère ainsi les liquidités que les banquiers déposent à la banque centrale à -0,35 %, en attendant moins encore ! Les banquiers qui gagnaient avant de l’argent sur ces flux, se mettent à en perdre. Ils vont facturer de plus en plus les services. Ils se demandent même s’ils ne vont pas facturer leurs déposants, surtout les gros, autrement dit les entreprises !

    Si Mario Draghi, et de plus en plus de pays hors zone euro (Japon, Suède, Danemark…), font payer les banques, c’est pour faire encore baisser les taux d’intérêt et les pousser à faire du crédit, ceci pour faire repartir l’activité et l’inflation. Si les dépôts bancaires sont taxés, c’est pour que les ménages consomment et soutiennent la reprise.

    Mort aux billets ! Car alors, ce qui bloque cette logique de taux de plus en plus négatifs… ce sont les billets ! Détenir des billets, c’est accepter bien sûr de ne pas avoir de rémunération. Mais le sacrifice disparaît, si elle devient négative à la banque ! Alors les billets ne se trouvent pas mal rémunérés. Alors il devient rationnel d’épargner de plus en plus en billets, a fortiori si les taux bancaires sont de plus en plus négatifs ! Alors les billets bloquent les politiques monétaires ! Alors, si les billets disparaissaient, on pourrait avoir une rémunération négative sur tous les actifs monétaires ! La banque centrale pourrait taxer toute la liquidité, pour pousser à la dépense et lutter contre la déflation. Et en cas de nouvelle crise, hop : on la règlera… par prélèvement bancaire (obligatoire) !

    Mais attention, les épargnants ont vu ce qui se trame. Leur imagination ne va pas s’arrêter ! Ils vont chercher une autre monnaie, dollar, franc suisse, solide bien sûr, bitcoin ou autre si on veut ! Et puis, faire disparaître le billet vert, nous n’y sommes pas encore ! La lutte contre la déflation n’a pas fini de nous surprendre.

    par Jean-Paul Betbeze

    Illustration CC0 Public Domain Pas d’attribution requise Sans langue de bois

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    Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

    Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il vient de publier La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica.

    Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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