• Quand Daesh nous oblige à relire l’histoire coloniale de la France…

     Quand Daesh nous oblige à relire l’histoire coloniale de la France…

    CategoriesQuand Daesh nous oblige à relire l’histoire coloniale de la France…  Dans un article publié ici même le 2 avril 2016, Ibrahim Tabet s’interrogeait : «La destruction, par le califat autoproclamé, du mur de sable séparant la Syrie et l’Irak symbolisant les accords Sykes-Picot préfigure-t-elle la fin du système hérité de l’ère coloniale ?»

    Rappelons-le aussitôt : du point de vue des impérialismes occidentaux, la Première Guerre mondiale avait eu l’extrême mérite de faire imploser l’Empire ottoman qui, semble-t-il, n’était plus bon à autre chose… de leur point de vue, toujours.

    Or, à leur façon, les accords Sykes-Picot auront été un élément essentiel du partage des dépouilles apparues à la suite d’un conflit qui avait ajouté les millions de morts aux millions de morts. Lus aujourd’hui, ces accords permettent surtout de prendre conscience de ce qu’étaient certains des buts de guerre de la Grande-Bretagne et de la France à cette époque. Et le prix qu’il a fallu payer pour en venir à bout.

    Il est bon, parfois, de mettre des noms de personnes sur des situations, sur des événements, sur des décisions qui dépassent évidemment les responsabilités individuelles… Ce n’est toujours qu’un début de piste. Mais enfin, la foudre qui s’abat par instants sur les sociétés humaines n’est pas toujours due qu’à des hasards malencontreux.

    Dans le duo constitué de MM. Sykes et Picot, où le premier était un Britannique, saisissons-nous du second, le Français : c’est François Georges-Picot (1870-1951). Sans trop nous éloigner de lui, constatons qu’il avait une sœur un peu plus jeune que lui : Geneviève Henriette Georges-Picot (1876-1949). Pour sa part, elle devait épouser un certain Jacques Bardoux (1874-1959). Voici donc les grands parents maternels de Valéry Giscard d’Estaing…

    Or ‒ comme je l’ai montré ailleurs ‒, Jacques Bardoux est l’un des pères fondateurs de cette Cinquième République dont son petit-fils (V.G.E.) devait devenir président en 1974. C’est déjà un signe… Surtout parce que, en raison de la façon dont, en matière de guerre, la Constitution française de 1958 offre le plein exercice de la souveraineté au président de la république, nous avons ce résultat qu’aujourd’hui la Libye a été détruite des suites d’une décision plus ou moins folle d’un Sarkozy…

    Une décision qui ne paraît folle qu’aux yeux de qui ne sait pas ce qu’était vraiment la Libye du temps de Mouammar Kadhafi. La France fait donc des guerres sans savoir pourquoi… Voire…

    Un siècle plus tard, nous ne savons toujours à peu près rien des raisons qui ont présidé au déclenchement de la Première Guerre mondiale. Or, en ce qui concerne les accords Sykes-Picot des 9 et 16 mai 1916, il paraît que nous avons tort de ne pas les connaître depuis bien longtemps. Certes, au départ, ils étaient secrets. Mais cela n’a eu qu’un temps, et si court.

    En effet, grâce à la Révolution bolchevique de 1917, le mystère a été aussitôt éventé… Parce que Lénine, terriblement soucieux des ravages ordinaires de l’impérialisme, s’est donné les moyens de montrer au monde entier ce qu’est la réalité sournoise de la liberté d’entreprendre quand elle s’étend à l’échelle de la planète. Il a révélé les documents secrets détenus par les bureaux du tsar de toutes les Russies…

    Nous savons donc… C’est-à-dire que, depuis 1917, nous devrions savoir.

    Mais la guerre de 1914-1918 ne nous a surtout pas été enseignée sous cet angle-là. Donc, nous ne savons toujours pas.

    Serait-ce à Daesh de venir nous le dire ? Peut-être bien.

    Il y a nos promesses… Sous l’angle de la souveraineté de notre pays, cela s’appelle la France. Il y a donc les promesses de la France…

    Mais, dans le contexte impérialiste, la France n’aura toujours été qu’un sous-fifre. Aujourd’hui encore, il est bien connu que nous devons compter ‒ bien plus que ne le dira aucun responsable politique ‒ avec Sa Majesté la reine d’Angleterre.

    Ce strapontin plus ou moins permanent qui nous a été octroyé par la Couronne d’Angleterre ‒ et grâce, entre autres, aux manœuvres plus ou moins douteuses et aventurées d’un Voltaire ‒, nous le retrouvons en 1916, dans toute sa splendeur, à l’occasion des accords Sykes-Picot… qui ont tendu à escroquer… les Arabes, en les appelant à la révolte contre l’Empire ottoman, pour prix d’un État… unitaire arabe (islamique ?)… qui n’a jamais existé. Et pour cause.

    Image illustrative de l'article Accords Sykes-Picot

    Carte des accords Sykes-Picot, selon Wikipédia

    C’est cet État, disent les accords Sykes-Picot, qui ‒ selon la forme que leur donne la lettre adressée le 9 mai 1916 par l’ambassadeur de France à Londres, Paul Cambon, au secrétaire d’État britannique aux Affaires étrangères, Sir Edward Grey ‒ organisent le partage du gâteau… comme ceci :

    «1. La France et la Grande-Bretagne sont disposées à reconnaître et à soutenir un État arabe indépendant ou une confédération d’États arabes dans les zones (A) et (B) indiquées sur la carte ci- jointe, sous la suzeraineté d’un chef arabe.»

    Ni un État arabe indépendant, ni une confédération d’États arabes… Rien que deux parts de gâteau… Avec, au sein de la part française, un découpage placé sous la doctrine :diviser pour régner… Ce qui aide beaucoup, dans le chaos actuel en Syrie…

    Mais lisons la suite, pour bien comprendre l’inanité des éventuels États arabes au lendemain de la Première Guerre Mondiale :

    «Dans la zone (A), la France, et, dans la zone (B), la Grande-Bretagne, auront un droit de priorité sur les entreprises et les emprunts locaux. Dans la zone (A), la France et dans la zone (B) la Grande-Bretagne, seront seules à fournir des conseillers ou des fonctionnaires étrangers à la demande de l’État arabe ou de la Confédération d’États arabes.»

    Comme dans la suite, je souligne les mots qui marquent bien l’impact de l’impérialisme occidental. Au titre de l’économie de marché et du morceau réservé à l’Angleterre… il convient de retenir le cinquième paragraphe que voici:

    «5. Alexandrette sera un port franc en ce qui concerne l’Empire britannique et il ne sera pas établi de droits de ports, ni d’avantages particuliers refusés à la Marine et aux marchandises anglaises ; il y aura libre transit pour les marchandises anglaises par Alexandrette et par chemin de fer à travers la zone bleue, que ces marchandises soient destinées à la zone rouge, la zone (B), la zone (A) ou en proviennent ; et aucune différence ne sera établie (directement ou indirectement) aux dépens des marchandises anglaises sur quelque chemin de fer que ce soit, comme aux dépens de marchandises ou de navires anglais dans tout port desservant les zones mentionnées.»

    Pour le morceau français, c’est ici :

    «Caifa sera un port franc en ce qui concerne le commerce de la France, de ses colonies et de ses protectorats et il n’y aura ni différence de traitement, ni avantage dans les droits de port, qui puissent être refusés à la Marine ou aux marchandises françaises. Il y aura libre transit pour les marchandises françaises par Caifa et par le chemin de fer anglais à travers la zone brune que ces marchandises soient en provenance ou à destination de la zone bleue, de la zone (a) ou de la zone (b) et il n’y aura aucune différence de traitement directe ou indirecte aux dépens des marchandises françaises, sur quelque chemin de fer que ce soit, comme aux dépens des marchandises ou des navires français dans quelque port que ce soit desservant les zones mentionnées.»

    Et puis, il y aura eu les années subséquentes… Les nationalisations (du pétrole)… Les printemps (arabes ?)… Peut-être pas autant que ça…

    D’où l’intérêt de regarder avec attention les accords Sykes-Picot… 

    par Michel J. Cuny

    Michel J. Cuny

    Avec sa compagne Françoise Petitdemange, écrivaine professionnelle et indépendante depuis 1981, Michel J. Cuny, écrivain professionnel indépendant depuis 1976, développe un travail de recherche, à caractère historique, qui s’étend de la fin du Moyen Âge pour atteindre l’époque contemporaine, et dont les résultats apparaissent peu à peu sur leur site : http://unefrancearefaire.com

    Note de l’auteur :

    La rapide évocation des buts de guerre de la France dans l’affaire libyenne renvoie à l’ouvrage de Françoise Petitdemange, ma compagne : La Libye révolutionnaire dans le monde (1969-2011) – Editions Paroles Vives 2014.

    Voici un lien qui y conduit : http://www.francoisepetitdemange.sitew.fr

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