• Salon de l’Agriculture sous (très) haute tension à Paris

    Salon de l’Agriculture sous (très) haute tension à Paris

    CategoriesSalon de l’Agriculture sous (très) haute tension à Paris. Alors que les agriculteurs, en pleine crise, ont fait entendre haut et fort leur opposition à la politique du gouvernement Hollande dans toute la France ces dernières semaines, le Salon International de l’Agriculture a ouvert ses portes samedi rapporte le correspondant Russia Today .

    Insultes, sifflets, stand démonté et bouse de vache : l’accueil réservé au président français a reflété la profonde crise du secteur agricole français. Pour cette raison, RT France suivra le Salon en direct jusqu'à sa fermeture.

    Pour François Hollande, arrivé tôt samedi matin pour l’inauguration, la sérénité aura duré moins d’une heure. Il a rapidement fait face à des agriculteurs remontés qui scandaient «Démission !», avant de le huer, de le siffler et même de l’insulter.

    Si le chef de l’Etat a tenté de calmer le jeu en assurant qu’il entendait «les cris de détresse» et en affirmant qu’il allait «tout faire» pour aider le monde agricole. Il a par ailleurs promis que la loi de modernisation de l’économie, votée sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy en 2008 et souvent ciblée par les agriculteurs, serait revue.

    Toutefois, ces promesses n’ont pas calmé la colère des manifestants qui ont mené d’autres actions revendicatrices. Un éleveur particulièrement remonté a ainsi tenté, sans succès, de lancer une bouse de vache au visage du président. Quant au stand du ministère de l’Agriculture, il n’a pas été très apprécié, puisque des activistes l’ont totalement démonté, avant d’être interrompus par la police.

    Une personne aurait été blessée dans les heurts et cinq interpellées, mais elles ne devraient pas faire l’objet de poursuites, a indiqué Xavier Beulin, patron de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA).

    Face à la crise agricole, les hommes politiques réagissent

    Au Salon de l’Agriculture ou ailleurs en France, les politiques n’ont pas tardé à s’emparer de ce sujet brûlant. Ainsi, le vice-président du Front National Florian Philippot s’est réjoui de l’accueil réservé à Hollande, dont il estime que lui et «tous ses complices UMPS qui sacrifient sciemment l’agriculture française méritent toutes les huées du monde».

    Salon de l’Agriculture sous (très) haute tension à Paris

    Le Secrétaire national de son parti a émis un avis similaire en estimant que François Hollande «récolte au Salon de l’Agriculture la sanction de sa politique ignoble envers nos agriculteurs et nos éleveurs».

    Valérie Pécresse a elle donné un discours depuis le Salon de l’Agriculture, indiquant qu'elle envisageait de mettre en œuvre une «conférence régionale agricole», c’est-à-dire un lieu où l’on pourrait «faire le point» sur le secteur de l’agriculture, mais aussi de l’entreprise. Elle a par ailleurs pointé du doigt la réforme de la Politique Agricole Commune (PAC), qui «va pénaliser les uns sans profiter aux autres», selon elle.

    Chez les écologistes, certains ont préféré critiquer à la fois la politique du gouvernement, et le modèle agricole prôné par la FNSEA, à l’image du porte-parole lyonnais d’Europe Ecologie-Les Verts, qui prône un retour vers «le bio et le circuit court».

    Enfin, le porte-parole du Parti de Gauche Eric Coquerel a tweeté : «Hollande au salon, nous à la manif contre aéroport NDDL [Notre-Dame-des-Landes] : qui défend le mieux les paysans et les terres agricoles ?», en référence au rassemblement organisé ce samedi près de Nantes.

    En effet, des citoyens y défilent également aux côtés d'agriculteurs afin de protester contre le projet de construction d'un aéroport, qui pourrait être synonyme d'expulsion pour différents paysans.

    Climat de tension agricole en France

    Ces dernières semaines, le pays a été frappé par de nombreuses actions d'agriculteurs en colère contre la politique du gouvernement.

    A Paris, des activistes s'étaient rassemblés devant un bâtiment administratif pour dénoncer l'excès de normes et de charges administratives qui leur étaient imposées. Ils avaient bloqué les issues du building, brûlé des pneus, répandu de la paille et symboliquement enterré un drapeau européen.

    Plus récemment, au Mans, une action d'agriculteurs protestant contre la baisse des prix de vente du lait et de la viande a été dispersée par les CRS à coups de lance à eau.

    Dans l'Ain ou encore à Bordeaux et ailleurs en France, des actions ont également eu lieu.

     
    Le président du parti gaulliste Debout La France, Nicolas Dupont-Aignan, a de son côté publié une lettre ouverte «aux hypocrites qui ont assassiné l’agriculture française», dans le journal français Le Figaro. Il y fustige les responsables politiques comme Stéphane Le Foll, François Hollande ou Nicolas Sarkozy, qui ont «capitulé à Bruxelles et bradé la seule politique communautaire qui marchait, la PAC».

    Lettre ouverte aux hypocrites qui ont assassiné l'agriculture française

    Alors que le salon de l'agriculture s'ouvre le 27 février, Nicolas Dupont-Aignan reproche aux gouvernement successifs d'avoir capitulé à Bruxelles et bradé la politique agricole commune selon le Figaro.

    Ministre et anciens ministres de l'Agriculture, présidents de la République en exercice ou battu, vous vous pressez tous en pleurs au chevet d'une agriculture française à l'agonie. Oui, aujourd'hui l'agriculture française est à l'agonie: un agriculteur se suicide tous les deux jours, en 25 ans le pays a perdu plus de la moitié de ses exploitations agricoles, le revenu des agriculteurs est soumis à un yoyo vertigineux et dans nombre de filières, notamment le lait et l'élevage, la surproduction fait chuter les prix sous les coûts de revient.

    Vous, Stéphane Le Foll, Michel Barnier, Bruno Le Maire, François Hollande et Nicolas Sarkozy, avez donc de bonnes raisons de pleurer, d'autant plus que vous êtes les premiers responsables de ce champ de ruine... Car depuis une quinzaine d'années, c'est vous qui avez capitulé à Bruxelles et bradé la seule politique communautaire qui marchait, la PAC.

    «Bons européens», volontiers donneurs de leçon sur la nécessaire adaptation de l'agriculture au «nouveau monde»:

    - vous avez en réalité matraqué nos petites exploitations de charges et d'une pression administrative étouffante ;

    - vous avez sacrifié la qualité des produits issus de nos terroirs en les exposant à une concurrence déloyale qui tire les prix vers le bas: notamment l'Allemagne qui a recours à des travailleurs «esclaves» low-cost de Turquie ou d'Europe de l'Est ;

    - c'est enfin vous qui accueillez aujourd'hui religieusement le traité transatlantique qui portera le coup de grâce à notre agriculture.

    Tout le monde savait que la suppression des quotas laitiers début 2015 risquait de dévaster le lait français, dont la seule planche de salut, la montée en puissance annoncée et durable du marché chinois, devait finalement se révéler illusoire.

    En 2007, vous, Michel Barnier avez délibérément capitulé face à la logique du libre marché exigée par Bruxelles en supprimant la régulation des prix garantis du lait et en acceptant le plafonnement des aides directes:»Elle [La France] n'adoptera pas une position opposée à la proposition de la Commission d'un plafonnement des aides» (Interview de M. Barnier, Gazeta Wyborcza, 30/11/2007).

    Sans ces prix garantis, les exploitants sont exposés sans aucun filet de sécurité aux fluctuations des cours mondiaux, qui s'envolent une année et s'effondrent la suivante, les mettant à la merci d'industriels imposant des prix d'achat de misère. C'est en avril 2008, sous la pression de Bruxelles, où vous Michel Barnier briguiez un confortable fauteuil de Commissaire, que la DGCCRF a supprimé le tarif recommandé du lait.

    Moins de deux ans plus tard, c'était votre tour, Bruno Le Maire, qui avez soutenu la suppression des quotas laitiers - entrée en vigueur le 1er janvier 2015 - alors qu'ils protégeaient nos filières de la concurrence déloyale: «Je n'en ai pas voulu [du système des quotas] car je ne l'aurais jamais obtenu.» (B. Le Maire à l'Assemblée Nationale, 16/09/2009).

    L'existence de ces quotas, dans la filière laitière comme dans d'autres, garantissait une quantité de production et des prix d'achat compatibles avec les structures et les contraintes, normatives et autres, propres à chacun des pays européens. Une fois supprimés, la porte était grande ouverte à la mise en concurrence sauvage d'agricultures nationales totalement différentes, condamnant en particulier celle de notre pays, dont les spécificités ne lui permettent pas d'affronter une concurrence européenne très déloyale.

    Tout le monde savait que la suppression des quotas laitiers début 2015 risquait de dévaster le lait français, dont la seule planche de salut, la montée en puissance annoncée et durable du marché chinois, devait finalement se révéler illusoire.

    Il ne s'agira pas de fossiliser une agriculture du passé mais d'inventer celle du nouveau siècle ...

    Enfin, Stéphane Le Foll, actuel ministre de l'Agriculture, vous vous contentez de faire de la figuration dans des Conseils européens où la France n'a plus les moyens juridiques et politiques d'inverser la vapeur, ayant signé et approuvé des accords condamnant à mort son agriculture. Vous tentez ainsi désespérément d'acheter la paix sociale auprès de nos agriculteurs en multipliant des promesses d'aides d'urgence dérisoires, qui ne font pas illusion.

    Il est pourtant possible de remonter la pente, car l'agriculture française dispose de l'essentiel, de ses atouts incomparables qu'elle peut faire fructifier: de ses hommes et de ses femmes, des terroirs, des espaces, des trésors de savoir-faire, des jeunes prêts à s'engager, d'une variété enviée de paysages et de climats, d'une industrie de transformation parmi les plus performantes au monde, de compétences scientifiques reconnues, de chambres d'agricultures innovantes...

    Mais il faut d'abord vouloir, comme l'avait voulu le général de Gaulle qui avait osé la politique de la chaise vide en 1965 et modernisé une agriculture promise, croyait-on alors, au déclin. Et comme le prouve encore aujourd'hui l'opiniâtreté d'un David Cameron qui a obtenu beaucoup de dérogations et d'adaptations pour son pays en osant taper du poing sur la table...

    Il faut remettre les choses sur les rails, c'est un préalable indispensable: réguler certaines productions comme le lait et établir un dispositif de prix garantis planchers et de quotas nationaux, mettre fin au travail détaché en Europe, supprimer les charges salariales sur les employés agricoles contre la création d'une taxe minime sur la grande distribution qui profite de marges trop abusives, rétablir la préférence communautaire et immédiatement mettre un terme aux négociations sur le TAFTA.

    Il ne s'agira pas de fossiliser une agriculture du passé mais d'inventer celle du nouveau siècle: à Debout la France, nous savons qu'il faut réguler le marché agricole comme le font depuis des décennies et continuent de le faire tous les pays développés du monde, notamment le Canada ou la Suisse. Nous voulons une agriculture performante, qui relève les défis de la concurrence loyale, innove et avance.

    Vous, présidents et ministres, qui n'avez que l'Europe à la bouche mais êtes les fossoyeurs de l'agriculture en Europe et en France, séchez donc vos larmes de crocodiles et, enfin, laissez-nous sérieusement sauver l'agriculture française! Conclus le Figaro.

    Illustration ©Twitter DLF Sans langue de bois

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