• Scandales pharmaceutiques : "Les autorités ne contrôlent plus rien"

    Scandales pharmaceutiques : "Les autorités ne contrôlent plus rien"

    CategoriesScandales pharmaceutiques : "Les autorités ne contrôlent plus rien". Les pratiques du monde du médicament n'ont pas été assainies depuis l'affaire du Mediator, dénonce l'auteur d'"Effets secondaires. Le scandale français".

    Jean-Christophe Brisard, grand reporter, co-auteur d'Effets secondaires. Le scandale français" [1avec Me Antoine Beguin et avec la collaboration d'Irène Frachon, la lanceuse d’alerte qui a mis à jour la dangerosité du Mediator, décrypte les mécanismes qui ont conduit aux dernières grandes polémiques sanitaires.

    En février, l’Inspection générale des affaires sociales estimait que la Dépakine, un antiépileptique donné à des femmes enceintes, était responsable d’au moins 450 malformations à la naissance. Depuis l’affaire du Mediator, les scandales pharmaceutiques continuent, en dépit des promesses faites par les autorités sanitaires. Pourquoi ?

    - Les autorités sanitaires en France perdent le contrôle, en partie à cause de leur manque de moyens. Dans 9 cas sur dix, les autorisations de mise sur le marché d’un médicament ne dépendent pas d’elles, mais de l’Agence européenne du médicament (EMA), dont 85 % du financement est assuré par l’industrie pharmaceutique. En face, les laboratoires tout-puissants dissimulent les informations importantes sur l'éventuelle dangerosité des produits qu’ils commercialisent. Lors des essais cliniques, certains se battent pour que les données ne soient jamais publiées, en invoquant le secret industriel. La logique financière prime sur la santé publique.

    Et quand un scandale éclate et que des patients sont victimes d'effets indésirables, les mécanismes sont toujours les mêmes. A chaque fois, c’est la même négation de la part des autorités et des experts : "Cela ne peut pas être le médicament, c’est vous qui avez un problème de santé". Sans l’acharnement d’Irène Frachon, l’affaire du Mediator n’aurait sans doute jamais éclaté au grand jour, car des labos comme Servier comptent sur le découragement et surtout, sur le décès des victimes.

    Votre enquête révèle les multiples conflits d’intérêt de Bernard Rouveix, un expert amené à statuer sur de nombreux médicaments. Comment peut-il encore exercer ?

    - Bernard Rouveix, pharmacologue de 70 ans,  est ce qu’on appelle un leader d’opinion. Cet homme extrêmement puissant a été membre pendant des années de la Commission d’autorisation de mise sur le marché des médicaments. Aujourd'hui, il est expert pharmacologue-toxicologue et est payé à la fois par la justice et par des labos pour réaliser des expertises. Sa mise en examen dans l’affaire du Mediator pour prise illégale d’intérêts ne l’a pas empêché de continuer à exercer. C’est lui qui, dans un rapport daté de 2013, a mis hors de cause l’anti-inflammatoire Vioxx, malgré les nombreuses plaintes contre ce médicament.

    Récemment, Rouveix devait expertiser deux enfants nés handicapés après que leur mère a pris de la Dépakine pendant ses grossesses. Il a tout de même fini par se retirer de l’affaire, devant la colère de l'avocat des victimes. A travers le cas Rouveix, c’est la question de la désignation  et de la neutralité des experts qui se pose. S’il a pu exercer pendant si longtemps, c’est parce que les magistrats ne sont pas médecins. La justice fait appel à des personnes censées être neutres pour donner leur avis et éclairer le magistrat, mais elle n’a pas les moyens de vérifier s’il y a conflit d’intérêts. D’autant certains experts, comme Bernard Rouveix, oublient parfois de remplir leur déclaration de conflit d’intérêts.

    Vous affirmez que le Vioxx pourrait être le prochain scandale en France… 

    Jean-Christophe Brisard, grand reporter, co-auteur d'"Effets secondaires. Le scandale français" (1) avec Me Antoine Beguin et avec la collaboration d'Irène Frachon, la lanceuse d’alerte qui a mis à jour la dangerosité du Mediator, décrypte les mécanismes qui ont conduit aux dernières grandes polémiques sanitaires.

    En février, l’Inspection générale des affaires sociales estimait que la Dépakine, un antiépileptique donné à des femmes enceintes, était responsable d’au moins 450 malformations à la naissance. Depuis l’affaire du Mediator, les scandales pharmaceutiques continuent, en dépit des promesses faites par les autorités sanitaires. Pourquoi ?

    - Les autorités sanitaires en France perdent le contrôle, en partie à cause de leur manque de moyens. Dans 9 cas sur dix, les autorisations de mise sur le marché d’un médicament ne dépendent pas d’elles, mais de l’Agence européenne du médicament (EMA), dont 85 % du financement est assuré par l’industrie pharmaceutique. En face, les laboratoires tout-puissants dissimulent les informations importantes sur l'éventuelle dangerosité des produits qu’ils commercialisent. Lors des essais cliniques, certains se battent pour que les données ne soient jamais publiées, en invoquant le secret industriel. La logique financière prime sur la santé publique.

    Et quand un scandale éclate et que des patients sont victimes d'effets indésirables, les mécanismes sont toujours les mêmes. A chaque fois, c’est la même négation de la part des autorités et des experts : "Cela ne peut pas être le médicament, c’est vous qui avez un problème de santé". Sans l’acharnement d’Irène Frachon, l’affaire du Mediator n’aurait sans doute jamais éclaté au grand jour, car des labos comme Servier comptent sur le découragement et surtout, sur le décès des victimes.

    Votre enquête révèle les multiples conflits d’intérêt de Bernard Rouveix, un  expert amené à statuer sur de nombreux médicaments. Comment peut-il encore exercer ?

    - Bernard Rouveix, pharmacologue de 70 ans,  est ce qu’on appelle un leader d’opinion. Cet homme extrêmement puissant a été membre pendant des années de la Commission d’autorisation de mise sur le marché des médicaments. Aujourd'hui, il est expert pharmacologue-toxicologue et est payé à la fois par la justice et par des labos pour réaliser des expertises. Sa mise en examen dans l’affaire du Mediator pour prise illégale d’intérêts ne l’a pas empêché de continuer à exercer. C’est lui qui, dans un rapport daté de 2013, a mis hors de cause l’anti-inflammatoire Vioxx, malgré les nombreuses plaintes contre ce médicament.

    Récemment, Rouveix devait expertiser deux enfants nés handicapés après que leur mère a pris de la Dépakine pendant ses grossesses. Il a tout de même fini par se retirer de l’affaire, devant la colère de l'avocat des victimes. A travers le cas Rouveix, c’est la question de la désignation  et de la neutralité des experts qui se pose. S’il a pu exercer pendant si longtemps, c’est parce que les magistrats ne sont pas médecins. La justice fait appel à des personnes censées être neutres pour donner leur avis et éclairer le magistrat, mais elle n’a pas les moyens de vérifier s’il y a conflit d’intérêts. D’autant certains experts, comme Bernard Rouveix, oublient parfois de remplir leur déclaration de conflit d’intérêts.

    Vous affirmez que le Vioxx pourrait être le prochain scandale en France…

    - Cet anti-inflammatoire, responsable d’au moins 30.000 morts aux Etats-Unis, n’a officiellement fait aucune victime dans notre pays, alors qu’il a été massivement prescrit jusqu’en 2004…Le Vioxx a été bien plus vendu que le Mediator, il a donc fait potentiellement plus de morts. Comment justifier qu’il n’y ait eu encore aucun procès en France ? Aux Etats-Unis, le laboratoire Merck a versé près de 6 milliards de dollars de dommages et intérêts, ce n’est pas pour rien. Comment a-t-on pu aboutir à une telle impunité chez nous ? La procédure judiciaire pourrait être relancée si les victimes demandaient une nouvelle expertise. La dernière, qui a mis hors de cause le médicament dans plusieurs dossiers, était signée Bernard Rouveix.

    par Bérénice Rocfort-Giovanni

    Illustration DES Daughter/flickr/CC Ce contenu est librement disponible sous les termes juridiques simples Sans langue de bois

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    Note

    [1]  "Effets secondaires. Le scandale français", Editions First, mars 2016, 21,95 euros


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