• Syrie: l’offensive de Damas contre les hôpitaux soutenus par MSF

    Avions Militaires, Des Fusées Éclairantes, Baisse, Plan

    CategoriesSyrie: l’offensive de Damas contre les hôpitaux soutenus par MSF. Les frappes aériennes qui se sont multipliées en 2015 contre les centres d’aide médicale ne sont pas des bavures à répétition. Un rapport de Médecins sans frontières montre qu’elles relèvent d’une stratégie délibérée destinée à terroriser les civils et à dissuader ceux qui s’efforcent de les aider. Ce qui constitue un crime de guerre.

    L'attaque aux roquettes qui a détruit, le 15 février 2016, dans la province d’Idlib au nord de la Syrie, l’hôpital de Ma’arat Al-Numan soutenu par Médecins sans frontières, tuant au moins 25 personnes, était-elle une nouvelle et inexcusable bavure de l’aviation du régime et de ses alliés russes ou l’exécution d’une stratégie délibérée de destruction des centres d’aide humanitaire aux civils syriens ? La répétition de ces frappes sur les structures médicales incite à pencher pour la seconde option. C’était en effet la troisième attaque en quatre ans contre cet hôpital et la sixième depuis le début de l’année contre un centre soutenu par MSF. En tout, 17 autres structures de santé ont été bombardées en Syrie en six semaines.

    Et les derniers doutes, s’il en restait, sont levés par le rapport très documenté que vient de publier MSF. Fondé sur les informations transmises en 2015 par les 70 centres de santé que soutient l’ONG dans la région de Damas et le nord-ouest de la Syrie, ce document indique que ces structures ont subi en un an 94 bombardements aériens ou attaques aux roquettes !

    Dans 12 cas, ces frappes ont provoqué la destruction complète de la structure, la mort de 23 personnes et de graves blessures chez 58 autres au sein du personnel médical. Les 82 attaques qui n’ont provoqué que des dommages matériels se sont étalées sur l’ensemble de l’année 2015 avec, toutefois, deux pics spectaculaires de 9 puis 14 attaques en un seul mois. Une première hausse de la fréquence des attaques a coïncidé, en mai et juin, avec l’intensification de l’activité militaire dans les gouvernorats de Homs, Hama et Idlib. Deux centres de santé du gouvernorat de Hama ont été totalement détruits et 18 autres partiellement endommagés au cours de cette période.

    La seconde vague de frappes a eu lieu trois mois plus tard, en octobre, dans l’ouest et le nord de la Syrie. Elle a provoqué la destruction d’un centre de traitement et des dégâts dans 14 autres. Par ailleurs, dans la région de Damas, 16 attaques ont touché, en 2015, des ambulances soutenues par MSF.

    Cette stratégie de destruction du réseau d’aide médicale met en grand péril une population de blessés de guerre ou de malades qui dépend exclusivement de ces hôpitaux ou de ces centres de santé pour la poursuite de ses soins et les interventions d’urgences. Dans la région de Damas, où 1,4 millions de personnes souffrent d’un accès très limité aux soins médicaux, plus de 93 000 blessés, dont 39 % de femmes et d’enfants, ont été soignés en 2015 dans les 35 centres de traitement soutenus par MSF dans les zones assiégées de la capitale et dans le reste du gouvernorat.

    Dans le nord et l’ouest, les 45 structures de santé soutenues par MSF ont reçu, pendant la même période, 61 000 blessés de guerre, dont 10 400 enfants de moins de cinq ans. À 74 reprises en 2015, les structures sanitaires soutenues par MSF ont dû affronter des afflux massifs de blessés à la suite de bombardements ou de tirs de roquettes. Près de 4 000 personnes – dont 31 à 43 % de femmes et d’enfants de moins de 15 ans – ont été traitées au cours de ces situations de grande urgence où les frappes ont fait 770 morts.

    À elle seule, « la destruction de l’hôpital de Ma’arat Al-Numan prive d’accès aux soins les quelque 40 000 personnes vivant dans cette zone de conflit ouvert », estime Massimiliano Rebaudengo, chef de mission de MSF. Équipé de 30 lits, deux blocs opératoires, un service de consultations externes et une salle d’urgence, cet hôpital qui employait 54 personnes accueillait en moyenne 1 500 patients par mois en consultations externes, 1 000 consultations en salle d’urgence et près de 140 opérations de chirurgie orthopédique ou de chirurgie générale dans ses deux blocs. MSF, qui le soutenait depuis 2015, l’approvisionnait en matériels médicaux et couvrait ses frais de fonctionnement. « Nous ne savons pas si cette structure rouvrira ailleurs », avoue Massimiliano Rebaudengo.

    La thèse des « bavures » ou des « dégâts collatéraux » à répétition que le régime de Damas ne défend même plus, remplaçant ses dénégations par des accusations « d’espionnage » contre MSF, est réduite à néant par la multiplication des cas de « double impact ». Ces attaques en deux vagues, séparées de 20 à 40 minutes, sont d’évidence destinées à amplifier les dégâts matériels et humains d’une frappe. Après un premier largage de bombes ou tir de roquettes qui attire secouristes, sauveteurs, volontaires et véhicules de secours autour de l’objectif frappé, une seconde attaque complète ou achève la destruction de la cible et augmente significativement les pertes humaines et matérielles..."

    "...Après cinq ans de guerre, écrivent les auteurs du rapport de MSF, les infrastructures sanitaires sont décimées, un certain nombre de centres ont fermé ou ont été détruits des suites des violences aveugles, de nombreux membres du personnel médical ont fui, été blessés ou tués. On constate par ailleurs que les structures encore en fonctionnement ne reçoivent plus qu’un ravitaillement minimum du fait de stratégies de sièges et d’extrême restrictions imposées par le gouvernement syrien sur les médicaments et le matériel chirurgical. […] La protection des civils, des blessés et des infrastructures de santé n’est pas non plus respectée par les parties belligérantes […] et les organisations humanitaires se voient refuser un accès libre aux zones nécessitant de l’aide. »..."

    "...À l’heure où Bachar al-Assad, fort de l’appui iranien et surtout russe, annonce son intention de « reconquérir toute la Syrie », où le secrétaire d’État américain John Kerry en est réduit à « espérer » que la« trêve » négociée à Munich avec le ministre des affaires étrangères russe Sergueï Lavrov aura lieu « le plus tôt possible », tout en précisant qu’il « reste encore beaucoup de travail », combien d’autres hôpitaux syriens sont condamnés à ensevelir sous leurs décombres patients, blessés et médecins ?

    par René Backmann

    Illustration CC0 Public Domain Pas d’attribution requise Sans langue de bois

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