• Syrie: la machine à «informer» du Kremlin s’emballe

    CategorieSyrie: la machine à «informer» du Kremlin s’emballe. Depuis un an, les médias officiels produisent à la chaîne des reportages sur le conflit syrien avec un récit unique: une Russie en guerre contre le terrorisme international et œuvrant pour la «réconciliation» du peuple syrien.

    Genève (Suisse), de notre correspondante.- Que se passe-t-il exactement à Alep ? Lundi 17 octobre, Pervyi Kanal, la chaîne de télévision la plus regardée en Russie, a diffusé toute la journée dans ses journaux un reportage sur le pilonnage d'un immeuble dans les quartiers ouest de la ville. « À Alep, des civils continuent à mourir sous les tirs de mortier des groupes armés terroristes et également de la soi-disant opposition armée [syrienne] », annonçait la présentatrice.

    On voyait un rescapé livide, tout juste sorti des décombres, après une attaque « dans le quartier de Sayyed Ali qui a détruit au petit matin six appartements et fait sept morts », précisait le correspondant de guerre Oleg Chichkine. Le reportage montrait le travail des sauveteurs, une main ensanglantée dépassant des gravats, une femme hurlant sa colère contre « l’armée de libération syrienne qui détruit notre pays », des hommes blessés et des enfants hébétés parmi les ruines.

    Mais pas un mot, pas une allusion aux « autres » morts, ceux tombés du côté est de la ville, sous les obus russes ou les barils d’explosifs largués par les hélicoptères de l’armée syrienne de Bachar al-Assad, qui font bien plus de ravages. Si ce n’est, en fin de journée, cette annonce surprise faite par l'armée russe d’une « pause humanitaire » de 8 heures, qui devrait entrer en vigueur jeudi 20 octobre, à Alep-Est. « Pendant cette période, l'armée de l'air russe et les forces gouvernementales syriennes suspendront les frappes aériennes et tout autre bombardement », a expliqué le général Sergueï Rudskoï, chef de la Direction opérationnelle principale de l’état-major. Le militaire, un habitué du petit écran russe, expliquant que deux voies seraient ouvertes pour permettre aux rebelles de quitter la ville, et aux blessés et malades d’être évacués. Alors que six autres « corridors humanitaires » seraient mis à disposition des civils qui veulent partir.

    Ainsi va la puissante machine à « informer » russe, devenue totalement schizophrène, produisant en continu un flot d'images et d’informations souvent invérifiables, dans un mélange de considérations humanitaires et militaires. 

    Toute la semaine dernière, c'est une attaque par les rebelles d'une école dans le quartier chrétien, à Souleimaniyé, toujours à l'ouest d'Alep, qui a fait la une des télévisions et des sites d’information du Kremlin. Arrivé le premier sur les lieux, Murad Gazdiev, le correspondant anglophone de Russia Today – RT, la télévision d'information internationale en continu financée par l'État russe –, a filmé des scènes d’horreur à l’hôpital : des enfants reposant dans des sacs mortuaires, une petite fille blessée, des parents en pleurs… Selon un bilan qui a été confirmé par l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH), ce tir de mortier aurait tué aux moins cinq écoliers. 

    Le correspondant de guerre de Russia Today devant deux petits cadavres d'écoliers, après le pilonnage d'une école dans le quartier chrétien de Souleimaniyé, jeudi 13 octobre. La chaîne a accusé les médias occidentaux de passer sous silence ces morts.

    Le correspondant de guerre de Russia Today devant deux petits cadavres d'écoliers, après le pilonnage d'une école dans le quartier chrétien de Souleimaniyé, jeudi 13 octobre. La chaîne a accusé les médias occidentaux de passer sous silence ces morts. 

    Ces images ont ensuite tourné en boucle sur Pervyi Kanal, qui les a réutilisées pour illustrer un sujet cette fois-ci sur… Alep-Est où, expliquait la présentatrice, « des centaines de civils ont besoin d’une aide médicale d’urgence », les rebelles interdisant toute évacuation et transformant la population en « boucliers humains ».

    Le même général Sergueï Rudskoï dénonçait « la campagne d’information en cours pour accuser les forces aériennes russes de se livrer à des frappes indiscriminées sur des cibles civiles et des quartiers d’habitation à Alep » et « qui ne s’appuie sur aucun fait précis, ni document », disait-il, assurant que l’armée russe faisait « tout son possible pour mener des frappes précises » et ne pas toucher les zones d’habitation. « Nous ne visons pas les mariages et les convois funèbres », lançait-il, dans une allusion aux bavures américaines en Irak ou en Afghanistan, ou plus récemment à la frappe de l’Arabie saoudite au Yémen.

    La veille, Russia Today avait dénoncé « l’hystérie permanente, les accusations et la propagande [qui] ne permettent pas de comprendre ce qui se passe », expliquant qu’Alep était devenue « une énorme prison » du fait des terroristes de Fateh Al-Cham (ex-Front Al-Nosra affilié à Al-Qaïda), qui avaient bloqué et miné sept « corridors humanitaires » ouverts par le gouvernement syrien et russe en juillet dernier. La chaîne se demandait « pourquoi les médias occidentaux ne sont pas prêts à pleurer tous les enfants syriens morts ».

    Parmi les humanitaires qui travaillent en Syrie, cette couverture éminemment partiale et politique du conflit n'étonne plus. « Dès qu’il y a le moindre incident dans les quartiers ouest de la ville, les journalistes russes nous adressent des demandes de commentaires. Mais ce qui se passe à l’est de la ville ne semble pas du tout les intéresser », témoigne une source, qui fait remarquer que cette attitude est « dans une moindre mesure »valable pour les journalistes occidentaux, qui s’intéressent d’abord à ce qui se passe à l’est de la ville.

    « Depuis une semaine, on assiste à l'ouest à une recrudescence de tirs de mortier par les rebelles qui tuent des civils. Mais c’est bien à l’est de la ville, où aucun convoi humanitaire n’a pu passer depuis l’été dernier, et où il ne reste que cinq hôpitaux sur neuf et 14 médecins, que la situation est la plus dramatique », explique-t-elle. Les destructions causées par les raids aériens russes et syriens y sont massives.

    Le dernier décompte du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'ONU (OCHA) fait état de 406 personnes tuées et 1 384 blessés dans les quartiers est d’Alep, entre le 23 septembre et le 8 octobre. Alors que pour la même période, on dénombre 91 morts, dont 18 enfants, dans les quartiers tenus par le gouvernement syrien et visés par les obus des insurgés.

    Malgré cette situation désastreuse, malgré les accusations venant de toutes parts sur des crimes de guerre commis par l'armée russe, le Kremlin reste droit dans ses bottes. L'ONU et les ONG demandent depuis des mois une pause humanitaire d'au moins 24 heures, mais Moscou propose 8 heures et continue à vendre son idée de « corridors humanitaires ». Cette tactique avait été expérimentée lors des deux guerres en Tchétchénie, qui consiste à pilonner en continu, puis à faire mine de tendre la main aux civils.

    Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a dénoncé ces lieux de tous les dangers, décrétés unilatéralement par Moscou et Damas en juillet dernier, et qui constituent une aberration du point de vue du droit humanitaire.

    Devant le Conseil de sécurité à New York, Stephen O’Brien, le secrétaire général adjoint des Nations unies, chef du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l’ONU (OCHA), a récemment rappelé que très peu de civils se risquaient à les emprunter. « Vous feriez la même chose si vous n’aviez aucun endroit où aller et si vous saviez qu’à chaque instant un sniper peut vous tirer dessus [quand vous empruntez ces corridors]. » « Nous l’avons souvent dit : les civils ne peuvent pas se déplacer avec un tel degré d’insécurité », disait-il.

    Mais dans les médias russes, la version d’une armée russe acteur humanitaire et pacificateur continue à être déclinée sous toutes ses facettes. Sur son site, le ministère de la défense met à disposition des journalistes des photos, des vidéos, des infographies et des analyses sur le « Groupe d’aviation en Syrie ». Tous les briefings de presse sont retransmis en direct. Durant l'accord de cessez-le-feu russo-américain, qui n'a tenu qu'une semaine, un service de monitorage avait été mis sur pied et des caméras installées à différents endroits dans Alep. Elles sont aujourd'hui désactivées et les écrans sont noirs. 

    L'armée publie quotidiennement un bulletin du « Centre russe pour la réconciliation des parties belligérantes sur le territoire de la fédération de Russie », disponible en français et en anglais. 

     
    L'armée russe lance une « opération humanitaire » en Syrie © Russia Today 

    Dans le bulletin daté du 16 octobre, on apprend qu’au cours des dernières 24 heures, des accords de réconciliation ont été conclus « avec les représentants de 4 cités dans la province de Lattaquié (3) et Es-Suveida (1) », soit un total de 799 accords de ce type passés, alors que 69 groupes armés ont adhéré au cessez-le-feu.

    Dans ces communiqués figurent aussi les quantités d’aide humanitaire distribuées. Pour le 16 octobre : 1,2 tonne de sucre, farine, riz, thé et conserves de viande et poisson distribuée dans la province de Lattaquié et la ville de Sitt-Markha, et 1,5 tonne dans la province de Damas et à Kharjala alors que « des points d'alimentation chaude et de livraison d'objets de première nécessité sont déployés pour les civils, qui quittent les quartiers de la ville d'Alep, se trouvant sous le contrôle des formations armées des groupements terroristes ». Des informations aussi surréalistes qu'impossibles à vérifier.

    L'attaque à Urum Al-Kubra, dans la nuit du 19 au 20 septembre, d’un convoi du Croissant-Rouge arabe syrien (SARC) qui a fait 18 morts parmi les humanitaires est venue compliquer la tâche des militaires russes.

    En réponse aux accusations de Boris Johnson, ancien maire de Londres et nouveau ministre britannique des affaires étrangères, qui affirme qu’il existe des images satellite de l’implication des Russes, Russia Today a ressorti de ses tiroirs une vidéo du ministère de la défense. Elle avait déjà été mise en ligne sur YouTube le 20 septembre et largement diffusée sur les réseaux sociaux. On voit les images filmées par un drone du convoi d’aide humanitaire de l’ONU, présenté comme celui qui a été attaqué à Urum Al-Kubra. Les camions sont  escortés « par les terroristes qui utilisent des pick-up à bord desquels sont embarqués des mortiers de gros calibre », précise le texte. Sans que l’on comprenne en quoi cette information pourrait disculper les Russes. 

     
    La vidéo mise en ligne le 20 septembre par le ministère de la défense russe © Минобороны России 

    Dès le début, les militaires russes ont expliqué que, ce jour-là, leurs avions ne volaient pas dans cette zone. Ils disent avoir repéré quelques minutes avant l'attaque un drone appartenant à la coalition internationale survolant les lieux « à 3 600 mètres d’altitude […] et qui avait décollé d'une base aérienne turque », a répété à plusieurs reprises Igor Konachenkov, le porte-parole du ministère de la défense. Vladimir Poutine vient d’affirmer que le convoi avait été attaqué par « l’un des groupes terroristes », sans donner plus de détails. « Les Américains sont au courant, mais préfèrent adopter une autre position, en accusant aveuglement la Russie. Cela ne sera d'aucune aide », disait-il. Une enquête de l'ONU a été ouverte. 

    Sputnik.ru, l’un des organes de propagande les plus agressifs du régime, n’a pas lésiné sur les moyens pour couvrir cet épisode, dénonçant une « mise en scène bien préparée ».. Et interrogeant même le journaliste Christian Chesnot, le 13 octobre dernier, avec ce titre : « Est-ce le Front Al-Nosra qui a frappé le convoi humanitaire de l’ONU ? ». 

    Dans une interview audio dont la discrète référence figure en bas de l’article, le Français, spécialiste du Moyen-Orient, répond qu’il est « très compliqué dans ce genre d’histoire »de savoir ce qui s’est réellement passé. « On est dans une période de guerre et chaque partie prenante a sa vérité et tant qu’il n’y a pas une enquête indépendante menée par l’ONU qui puisse avoir un point de vue indépendant et transparent, c’est difficile de se faire une idée. » Ses propos ne figurent pas dans l’article de Sputnik, seules les citations où il explique que le Front Al-Nosra « a son nom sur la liste du terrorisme de l'ONU, reconnu par tout le monde », et qu’il s'agit « quand même d'une filiale d'Al-Qaïda », ayant été retranscrites.

    À cette grande entreprise sélective, s’ajoute la célébration quotidienne de la puissance retrouvée de la Russie, en guerre contre le terrorisme international, seul État capable de réparer les dégâts causés par la désastreuse politique interventionniste américaine au Moyen-Orient.

    Pour marquer le premier anniversaire de son intervention, l'armée a inondé le pays, fin septembre, de chiffres et de déclarations. Le général Anatoli Antonov, ministre adjoint de la défense, dressait un bilan époustouflant : 12 000 km2 de territoire libéré, 35 000 terroristes « liquidés » au cours des six derniers mois, dont 2 700 originaires de Russie et des pays de la CEI ! Un chiffre qui n'avait jamais été rendu public. Il expliquait que la rupture de l’accord de cessez-le-feu, signé le 9 septembre entre Moscou et Washington, incombait entièrement aux Américains qui, le 17 septembre, avaient bombardé « par erreur » les positions de l’armée gouvernementale syrienne à Deir ez-Zor, faisant 62 victimes et plus de 100 blessés. Et une fois de plus planté un couteau dans le dos des Russes.   

     
    Russia Today © RT на русском 

    Sur Russia Today, où « la situation en Syrie » arrive en tête des dossiers (devant les « élections américaines » et « l’enquête sur le vol MH 17 »), un long papier récapitule en cinq étapes « un an d’opération antiterroriste russe en Syrie » (disponible en version française), qui ont empêché « Daech et le Front Al-Nosra de prendre Damas ».

    Mercredi 12 octobre, la chaîne d’information a retransmis en direct l’adoption par le Conseil de la fédération (chambre haute du Parlement) d’un accord signé avec Bachar al-Assad quant au déploiement pour « une durée indéterminée » des forces aéroportées russes sur la base aérienne de Hmeimim (province de Lattaquié), avec en cadeau une immunité totale accordée aux militaires russes et leurs familles.

    Treize minutes auront suffi pour que les sénateurs s’y rallient (158 voix pour et une abstention), sans aucun débat. À la tribune, l’un des responsables du comité de la défense du Conseil de la fédération expliquait que l’accord servait les « intérêts primordiaux de la Russie dans la lutte contre le terrorisme international », et permettrait« de créer les conditions nécessaires pour que le peuple syrien puisse entamer un dialogue politique ».

    Six jours auparavant, la Douma avait approuvé ce même accord. Viatcheslav Volodine, ancien responsable de l’administration présidentielle, tout juste élu à la tête de la chambre basse du parlement renouvelé, rappelait qu’il s’agissait de « lutter contre le terrorisme, contre le mal », et que la Russie était « un pays qui aimait la paix ». Il mettait en garde ceux « qui prennent des décisions inamicales à notre égard », pointant l’attitude des Américains.  

    Derrière ces discours ultra patriotiques pointent aussi les grandes oreilles du complexe militaro-industriel. La vidéo postée sur YouTube pour le bilan de l’intervention russe ressemble à s’y méprendre à un clip publicitaire pour la promotion des porte-avions, navires et bombardiers de chasse russes.

    Le 6 octobre, Victor Choïgou, le ministre de la défense, soulignait que l’expérience syrienne avait permis de tester les dernières technologies militaires, « dans des situations de combat réel » et que leur « efficacité et leur fiabilité » avaient pu être prouvées. « Nous avons pu acquérir dans la pratique l’expérience de tirs de longue portée d’armes à guidage de précision à partir de navires de surface et de sous-marins dans les eaux de la mer Caspienne et en Méditerranée. Et nos avions des forces stratégiques ont pu pour la première fois tester, dans des conditions réelles, de nouveaux missiles air-sol X-101 avec un rayon d’action allant jusqu’à 4 500 km », s'est-il félicité.

    Sur son site, à côté des communiqués de presse sur la livraison de l’aide humanitaire en Syrie, le ministère de la défense russe a placé une petite icône qui vante les prouesses techniques du Sukoï-34, un bombardier de la dernière génération. Ce monstre est capable d’embarquer à son bord 8 000 kilos de bombes et missiles en tout genre, comme le précise un blog hébergé sur Sputnik. Il est en première ligne pour les frappes contre Daech et, selon certains site arabes, il aurait aussi été utilisé dans la banlieue de Damas. 

    Les caractéristiques techniques du bombardier SU-34, testé « dans des situations de combat réel » en Syrie © Ministère de la défense russe
     
    Les caractéristiques techniques du bombardier SU-34, testé « dans des situations de combat réel » en Syrie © Ministère de la défense russe 

    Le 8 octobre dernier, une rumeur folle a envahi les réseaux sociaux. Un journaliste canadien, Christian Borys, avait publié sur son compte Twitter les photos du chasseur américain F-18 en Syrie, « rénové » et repeint aux couleurs de camouflage typique russe.

    Se jetant sur cette information, le site Sputnik écrivait deux jours après un article intitulé : « Un sosie US du Su-34 : bombarder un convoi d'aide et accuser la Russie ? », affirmant qu’« un déguisement à grande échelle est en train d’être mis en place au sein des troupes aériennes des États-Unis : ils changent la panoplie de couleurs de leurs chasseurs F/A-18 en celles que portent les appareils russes Su-34. Dorénavant, seuls les spécialistes pourront distinguer les aéronefs américains des russes ». La polémique avait enflé, obligeant finalement le Canadien piégé par les pro-Poutine à expliquer que les États-Unis utilisaient « “des appareils de l'agresseur” pour entraîner leurs pilotes. Les couleurs utilisées font que les chasseurs ressemblent à leurs équivalents russes ». «Arrêtez avec les complots », demandait-il. En vain.

    par  AGATHE DUPARC

    Illustration CC/flickr termes juridiques simples  Sans langue de bois

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