• Trente ans après, l'Etat-EDF persiste et signe

    Trente ans après, l'Etat-EDF persiste et signe

    CategoriesTrente ans après, l'Etat-EDF persiste et signe. Rappelons-nous, il y a 30 ans, le 26 avril 1986, le plus grand accident nucléaire de l’histoire ravageait l’Ukraine rappel Noël Mamère. A Tchernobyl, près de la vile de Pripiat, un réacteur de la centrale nucléaire, de type RBMK, explosait à la suite d’une montée en puissance incontrôlée. Un énorme nuage contenant de grandes quantités radioactives de césium 137 et d’iode 131, passait au-dessus de nombreux pays européens.

    Rappelons-nous, il y a 30 ans, le 26 avril 1986, le plus grand accident nucléaire de l’histoire ravageait l’Ukraine. A Tchernobyl, près de  la vile de Pripiat, un réacteur de la centrale nucléaire, de type RBMK, explosait à la suite d’une montée en puissance incontrôlée. Un énorme nuage contenant de grandes quantités radioactives de césium 137 et d’iode 131, passait au-dessus de nombreux pays européens. En France, les hommes du lobby nucléaire prétendaient que le nuage avait été arrêté à nos frontières ! Alors présentateur du journal d’Antenne 2-Midi, je me souviens des difficultés rencontrées, y compris auprès des journalistes « spécialisés », pour qu’enfin on admette que la France n’était pas épargnée par cette catastrophe. Quelques années plus tard, évoquant cet épisode dans une émission de télévision, je fus l’objet d’un procès en diffamation, intenté par le professeur Pellerin (celui qui nous disait que tout était sous contrôle), qui dura dix ans … Jusqu’à ce que la Cour européenne des droits de l’homme condamne le gouvernement français et demande l’annulation de ma peine devant les tribunaux français ! Dix ans pour admettre une évidente vérité, c’est dire le poids du lobby nucléaire dans notre pays. Car, dire la vérité, c’était reconnaître que les radiations avaient atteint les animaux et les humains, les forêts et les cours d’eau, les champs et les villes… jusqu’en Corse.

    En Ukraine, 400 000 personnes furent déplacées, 100 000 personnes irradiées, qui moururent dans d’atroces souffrances dont un nombre indéterminé de « liquidateurs », ces hommes envoyés de force sur le site de la centrale pour tenter de limiter les conséquences de l’accident en décontaminant le territoire impacté. L’accident de Tchernobyl accéléra la décomposition et l’effondrement de l’URSS, incapable d’organiser la prévention et les secours.

    Cette catastrophe annonçait celle de Fukushima, comme cette dernière en annonce d’autres si l’on en croit l’Autorité de Sûreté nucléaire française qui évoque la possibilité d’un « accident nucléaire majeur » en France. Mais, à la différence de tous les autres accidents industriels, avec le nucléaire, il n’y a pas d’après. Parce que les conséquences sanitaires et environnementales dépassent les générations humaines et qu’elles sont irréversibles. On ne parle pas en années, mais en siècles, en centaines de siècles. De quoi donner le vertige. Et c’est en ce sens que le nucléaire, dont l’acte fondateur est Hiroshima, a inauguré l’ère de la démesure, de « la honte prométhéenne », pour reprendre l’expression de Gunther Anders, où l’Homme croit pouvoir échapper à sa condition.

    Pourtant, trente ans après cette monstruosité et au lendemain de Fukushima, le nucléaire en France fait toujours consensus dans les élites politiques et techniciennes. Les nucléocrates français ne sont que des Docteurs Folamour qui, au nom d’un scientisme intéressé, manipulent le pouvoir politique et l’opinion en faisant croire que le nucléaire est incontournable. En fait, depuis la fin de la deuxième guerre mondiale, nous déléguons notre libre arbitre en matière d’énergie à un petit groupe d’ingénieurs qui échappent à tout contrôle de la puissance publique. Le nucléaire civil n’étant que le prolongement du nucléaire militaire, fondé sur le secret, et les deux fonctionnant en étroite collaboration, il ne faut donc pas s’étonner qu’ils nous dissimulent les risques inhérents à ce système. L’opacité et le secret sont la règle, et la transparence l’exception.

    Cette régression démocratique s’est donc organisée sous De Gaulle et Pompidou, qui ont scellé un pacte d’acier avec les communistes. Les gaullistes considérant la maîtrise de l’atome comme un élément de notre indépendance, les communistes, qui avaient de solides bases chez les salariés d’EDF, estimant que le nucléaire allait dans le sens du « Progrès ». Les uns et les autres soutenaient l’idée fausse que le nucléaire permettrait à la France de garantir son indépendance énergétique ad aeternam. Dans un premier temps, ce consensus nucléaire fut partagé par une grande partie de la population. A l’exception des écologistes, très minoritaires à l’époque, mais à l’origine de combats historiques, comme celui de Creys-Malville, en 1977, où Vital Michalon perdit la vie dans les affrontements avec les forces de l’ordre. En 1981, après la victoire de François Mitterrand, le PS rejoignit le club des nucléocrates et depuis cette époque, droite et gauche célèbrent ensemble le culte du nucléaire, devenu religion d’Etat. Résultat : cette « exception française », vantée par la propagande politique et médiatique, est aujourd’hui une faillite économique, une impasse politique et un danger qui plane en permanence au-dessus de nos têtes.

    Voilà pourquoi ce triste anniversaire devrait au moins nous permettre de relancer le débat autour d’une énergie qui induit l’acceptation d’un modèle de société centralisé, autoritaire et hors contrôle. Le nucléaire aujourd’hui n’est plus viable économiquement. Son coût a explosé. EDF est en faillite à cause de l’EPR, au point que l’Etat met la main à la poche en injectant trois milliards d’euros dans une augmentation de capital destinée à sauver la filière, plutôt que d’investir la recherche de l’efficacité énergétique et le développement des énergies renouvelables. L’Etat s’obstine à participer au sauvetage d’AREVA, à « sécuriser » des centrales nucléaires vieillissantes pour des coûts faramineux, au lieu de les démanteler et d’imposer partout le compteur Linky, contre la volonté des consommateurs. Mais rien ne semble pouvoir arrêter ce lobby, véritable Etat dans l’Etat. Tandis que le nucléaire régresse dans de nombreux pays, en France, les nucléocrates imposent leur loi, bafouant les accords politiques passés entre les écologistes et le PS, revenant sur la loi de transition énergétique, renvoyant la fermeture de la centrale de Fessenheim aux calendes grecques, empêchant tout investissement conséquent dans les énergies renouvelables…

    Au moment où la France signe le traité sur le climat et où François Hollande tient sa quatrième conférence environnementale, dans l’indifférence générale et la suspicion légitime des écologistes et des ONG, le souvenir de Tchernobyl devrait faire honte à ces gouvernants qui s’obstinent dans cette voie dangereuse. Raison de plus pour rompre avec cette fausse gauche et cette vieille droite.

    Comme l’indique le manifeste de la commission Ecologie climat de Nuit Debout : « Après Tchernobyl et Fukushima, Il est inadmissible et irresponsable, en particulier pour les générations futures, de continuer à promouvoir le mythe de l'énergie nucléaire soi-disant propre et à faible coût. La dangerosité de cette technique, la difficulté du démantèlement et de la gestion des déchets, ne sont plus à démontrer. Nous voulons la transparence totale sur la filière nucléaire et exigeons la fermeture immédiate des réacteurs de plus de trente ans et l’arrêt de la construction des EPR. ». On ne saurait mieux dire !  

    Si nous voulons empêcher de nouvelles catastrophes, il faudra se débarrasser  du complexe  techno-politique qui dirige ce système. Pour sortir de la déraison du monde, il ne suffira pas de rester debout place de la République, mais c’est debout que les peuples s’émanciperont de cette servitude technicienne.

    Comment la France impose ses centrales nucléaires vieillissantes à ses voisins européens. Sur les 19 centrales nucléaires françaises, cinq se trouvent à proximité des frontières du pays : Fessenheim, à la frontière allemande, Cattenom, tout près du Luxembourg, Gravelines et Chooz, près de la frontière belge, ou Bugey, à quelques dizaines de kilomètres de la Suisse précise Bastamag. Nos voisins s’inquiètent de plus en plus d’avoir ces réacteurs vieillissants à leurs portes, sans aucun pouvoir sur la poursuite de leur exploitation ou leur degré de sécurisation. En matière de sécurité nucléaire, la coopération européenne n’est toujours pas à l’ordre du jour. Ce qui pose également de graves problèmes concernant l’efficacité des mesures de prévention et de gestion de crise.

    Au printemps 1986, les autorités françaises tentent de nous convaincre que l’Hexagone ne risque rien face au nuage radioactif de Tchernobyl. Au même moment, les pays voisins prennent pourtant des mesures pour protéger leurs citoyens. 30 ans après l’explosion du réacteur nucléaire soviétique et cinq ans après Fukushima, la politique européenne en matière de prévention contre le risque nucléaire n’est guère plus cohérente. La France continue à exploiter des centrales nucléaires à quelques kilomètres de ses frontières, en dépit de l’opposition toujours plus grande des pays voisins.

    La centrale de Fessenheim, la plus ancienne de France, est implantée au bord du Rhin, à deux pas de la frontière et à une trentaine de kilomètres seulement de la ville allemande de Fribourg-en-Brisgau (230 000 habitants). Celle de Cattenom se situe à côté de la Moselle, à la frontière directe avec le Luxembourg, à 25 kilomètres de la capitale du Duché. Celle de Chooz, sur une rive de la Meuse, se trouve à moins de 10 km de la Belgique, et celle de Gravelines, dans le Nord, à quelque 30 kilomètres. Enfin, la centrale de Bugey se trouve à 70 km de Genève. Conséquence logique, que ce soit en Allemagne, au Luxembourg, en Belgique ou en Suisse, des citoyens, des élus, des collectivités, s’inquiètent de plus en plus du risque que les réacteurs français frontaliers font peser sur eux.

    EDF cherche à censurer des révélations sur ses centrales nucléaires en invoquant la « propriété intellectuelle » selon Bastamag. Il y a quelques semaines, le Journal de l’énergie révélait une série de notes internes d’EDF mettant en lumière l’état de délabrement de nombreux moteurs diesel de secours dans les centrales nucléaires françaises. Ces moteurs sont indispensables pour assurer le refroidissement des réacteurs en cas de coupure de l’accès au réseau électrique, comme c’est arrivé à Fukushima. En 2014, la majorité d’entre eux avaient été jugés par EDF elle-même en état « dégradé » ou « inacceptable » ; aucun n’était considéré comme en état correct. Les documents internes révélés par le Journal de l’énergie font également état de pannes graves survenues sur ces moteurs diesel en 2010.

    L’entreprise a cherché à minimiser ces révélations, et a menacé nos confrères de poursuites si ces documents n’étaient pas retirés de leur site. L’argument invoqué ? La publication de ces notes sans autorisation porterait atteinte à la « propriété intellectuelle » d’EDF ! Ces informations d’utilité publique sur les risques des centrales françaises relèvent-elles vraiment de la propriété privée ?

    « EDF n’a pas apprécié la publication sur notre site de ses rapports internes sur les diesels de secours », écrit le Journal de l’énergie. Ce dernier a reçu un recommandé d’EDF le 5 avril qui met en demeure le Journal de l’énergie de « retirer immédiatement » de son site les bilans de fiabilité des diesels de secours et les liens vers ces documents. EDF leur demande également de cesser « de divulguer, reproduire et diffuser ces notes techniques auprès de quiconque », rapporte le Journal de l’énergie. Selon le service juridique du groupe EDF, « ces notes internes sont "la propriété d’EDF" et le Journal de l’énergie n’a pas reçu l’autorisation d’EDF pour les publier ». Le Journal de l’énergie explique avoir « décidé de révéler ces rapports internes d’EDF à cause des informations inédites qu’ils apportent sur la fiabilité dégradée de moyens de secours vitaux à la sûreté des centrales nucléaires françaises ».

    « Menace pour la liberté d’informer »

    « Au vu des risques que font courir les centrales nucléaires aux populations, le Journal de l’énergie estime que ces dernières sont en droit de connaître l’état réel de ces installations », poursuivent nos confrères. EDF estime apparemment que ces défaillances ne la concernent qu’elle-même en tant qu’entreprise et que personne ne devrait s’en mêler.

    « Il s’agit d’une stratégie classique pour faire taire les lanceurs d’alerte, réagit le réseau Sortir du nucléaire dans un communiqué. Une grande entreprise a les moyens de se payer des avocats et des procédures judiciaires longues. Tel n’est pas le cas des associations ou médias indépendants. Ce genre de menace est donc un moyen de dissuasion puissant, et représente une menace pour la liberté de la presse et l’exercice démocratique du droit d’informer le public. »

    Le Réseau Sortir du nucléaire, qui dénonce « la tentative de censure et d’intimidation engagée par EDF », a décidé de mettre en ligne sur son site web l’intégralité de ces documents confidentiels, en soutien au Journal de l’Énergie.

    Illustration CC/flickr termes juridiques simples  Sans langue de bois

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