• Un vrais Scandale François Hollande a remis la légion d'honneur au prince héritier saoudien, a annoncé Ryad

    La France serait-elle devenue sunnite ?

    CategoriesUn vrais Scandale François Hollande a remis la légion d'honneur au prince héritier saoudien, a annoncé Ryad.  Dans un communiqué publié le 4 mars par l'agence saoudienne SPA, les autorités saoudiennes ont annoncé que le chef de l'Etat avait remis la légion d'honneur au prince héritier Mohammed bin Nayef bin Abdelaziz Al Saoud, lors de sa visite à Paris rapporte Russia Today.

    «François Hollande a souhaité la bienvenue au prince héritier et s'est félicité des fortes relations entre le royaume d'Arabie saoudite et la France», explique le communiqué publié par l'agence de presse saoudienne SPA

    «Au terme de leur entretien, le président français a remis à son altesse la médaille de l’ordre national de la Légion d’honneur qui est la plus haute distinction française pour tous ses efforts dans la région et dans le monde dans la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme», ajoute le communiqué.

    Cet événement n'a absolument pas été relayé par la presse hexagonale. L'Arabie saoudite, connue pour son nombre record d'exécutions par décapitation chaque année, crée régulièrement la polémique pour le peu d'attention qu'elle paie au respect des droits de l'Homme dans le royaume.

    Néanmoins, la France continue d'entretenir des relations étroites et cordiales avec l'Arabie saoudite. Le 4 mars, en marge de la visite du prince héritier à Paris, la sénatrice de l’Orne, Nathalie Goulet, a confié à RT France : «Nous entretenons d’excellentes relations avec l’Arabie saoudite» qui «est un allié et un partenaire de la France».

    Mais pour le chercheur Frédéric Pichon, cette rencontre entre le prince saoudien et François Hollande a été ignorée par les médias français parce que le chef de l'Etat ne veut pas faire plonger sa cote de popularité déjà très basse à cause du rôle joué par la monarchie saoudienne dans le conflit qui déchire le Yémen depuis bientôt six mois.

    Indignation sur la toile

    Malgré ces précautions, la remise de la légion d'honneur au prince Mohammed par le chef de l'Etat français a immédiatement été vivement critiquée sur internet. 

    Le spécialiste du monde musulman Romain Caillet rappelle par exemple qu'en Syrie et au Yémen, l'Arabie saoudite soutient des groupes armés qui collaborent avec Al-Qaïda :

    Le secrétaire général du Front national, Nicolas Bay, a rappelé que le royaume saoudien finançait le djihadisme :

    D'autres, comparent l'Arabie saoudite à l'Etat islamique, s'indignant que la dynastie des Al Saoud reçoive un traitement de faveur et de prestige, alors que les exécutions par décapitation battent chaque année des records dans le royaume.

    La France serait-elle devenue sunnite ?

    La rencontre entre le prince saoudien Mohammed ben Nayef Al Saoud et François Hollande a été ignorée par les médias parce que ce dernier ne veut pas faire plonger sa cote de popularité déjà très basse, estime le chercheur Frédéric Pichon selon Russia Today.

    RT : Comment voyez-vous les relations franco-saoudiennes ?

    Frédéric Pichon (F. P.) : Je pense qu’elles sont à l’image de la visite du prince héritier saoudien Nayef, c’est-à-dire un peu discrètes puisque si on regarde l’agenda du président de la République François Hollande, cette visite a été à peine annoncée.

    Elle se produit à un moment où l’Arabie saoudite connaît une situation économique très tendue. Et du point de vue politique aussi puisque l’Arabie saoudite a décidé de suspendre le crédit de 3 milliards de dollars qu’elle avait accordé à l’armée libanaise. L’Arabie saoudite a de gros problèmes en ce moment, d’autant plus qu’il y a toujours cette offensive qu’elle mène au Yémen qui, en France, est passée sous un silence assourdissant. Pour François Hollande essayer de resserrer les relations avec ce partenaire, c’est quand même assez compliqué.

    RT : Il n’y a eu quasiment aucun article consacré à cette rencontre. Pourquoi autant de discrétion est-elle de mise ?

    F. P. : Effectivement, je crois que la «sainte guerre» qui est menée au Yémen en ce moment, essentiellement par l’Arabie saoudite, est quelque chose qui commence à sortir dans les médias français. Certaines personnalités commencent à s’y intéresser, alors que cela fait six mois qu’elle est fortement engagée. Je crois donc que François Hollande n’a pas envie de rajouter ce facteur aggravant à sa côte de popularité déjà très basse.

    RT : Comment, d’après-vous, les élites françaises perçoivent-elles cette rencontre entre le président français et le prince héritier saoudien ?

    Il semble que la France ait été parfaitement alignée sur les positions des pays du Golfe

    F. P. : Cela fait partie du domaine réservé du président de la République. Malheureusement, en France il n’y a pas vraiment de débat sur les options géostratégiques. C’est l’apanage de l’exécutif.

    Je pense qu’en France personne ne s’est offusqué, il y a près d’un an, lorsque François Hollande a été l’invité d’honneur du Conseil de coopération du Golfe. Il y a une vraie dichotomie entre cette diplomatie et puis ce qu’en dit le monde politico-médiatique en France.

    RT : L’Arabie saoudite est considérée comme un sponsor du terrorisme international, alors que la France s’est engagée à lui livrer une lutte implacable. Comment ces deux facteurs s’articulent-ils ?

    F. P. : Ce n’est pas encore clair, comme d’ailleurs le rôle de l’Arabie saoudite dans ce jeu ambigu par rapport au terrorisme, par rapport aux organisations djihadistes comme le Front Al-Nosra en Syrie. Ce jeu trouble, cette ambiguïté est quelque chose qui a du mal à être énoncé dans le débat politique français. Régulièrement, un certain nombre d’experts, d’universitaires vont allumer des contre-feux en expliquant méticuleusement que ce n’est pas vrai, d’ailleurs l’Arabie saoudite est elle-même la victime du terrorisme, etc. Je crois qu’il y a une partie des élites françaises qui sont stipendiées, à travers un certain nombre d’organismes proches de think tanks néo-conservateurs américains qui s’intéressent à ce que cette alliance saoudienne soit maintenue et qu’on ne puisse rien dire sur l’Arabie saoudite.

    On se souvient par exemple des exécutions opérées par l’Arabie saoudite en janvier 2016, et notamment celle du cheikh chiite Al Nimr. Cela a suscité une condamnation très, très molle de la part du Quai d’Orsay. C’est à l’image de notre mansuétude, de notre grande tolérance envers ce pays.

    Les petits hommes qui sont aux manettes n’ont aucune vision globale, historique de ce que devrait être une politique étrangère française

    RT : Pourquoi cette tolérance ? Serait-ce lié aux contrats commerciaux ?

    F. P. : Il y a effectivement de cela. Nous menons très clairement la politique de nos clients dans le Golfe. Cela paraît caricatural, mais c’est la réalité, et l’on peut même s’interroger sur le fait de savoir si la France n’est pas devenue, d’un point de vue géopolitique, une puissance sunnite. Puisque sur les dossiers syrien, yéménite ou iranien, il semble que la France ait été parfaitement alignée sur les positions des pays du Golfe, notamment de l’Arabie saoudite, pour d’une part commencer par refuser l’accord de juillet 2015 avec l’Iran, pour soutenir la guerre au Yémen et pour contester ou critiquer l’intervention russe en Syrie. On retrouvait quasiment les mêmes communiqués entre les deux pays.

    RT : Qu’est-ce que cela signifie pour vous ?

    F. P. : Cela signifie simplement que la diplomatie française n’est plus dans son rôle. Pendant longtemps, elle a eu un rôle ou en tout cas une réputation d’équilibre, de mesure, de capacité à parler avec tous… Je crois qu’elle a néanmoins d’excellents leviers. On a une histoire, une tradition, mais les petits hommes qui sont aux manettes n’ont aucune vision globale, historique de ce que devrait être une politique étrangère française. Encore une fois, il ne s’agit pas de rompre totalement les relations avec ces pays-là, mais d’essayer de les équilibrer, de jouer notre rôle de moyenne puissance, capable de refuser les confrontations et le manichéisme dans la région.

    Illustration So_P/flickr/Palais de la Légion d'Honneur/CC Ce contenu est librement disponible sous les termes juridiques simples Sans langue de bois

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