• Violences policières - « L’attitude des forces de l’ordre est irresponsable »

    Violences policières - « L’attitude des forces de l’ordre est irresponsable »

    CategoriesViolences policières - « L’attitude des forces de l’ordre est irresponsable ». Des violences policières ont été constatées dans tous les cortèges, hier. Et cette stratégie de la tension, visible depuis le début du mouvement, ne cesse de s’intensifier remarque le journal l'Humanité.

    Le ministre de l’Intérieur veut-il de nouveaux Malik Oussekine  et Rémi Fraysse ? On peut se le demander, au vu de l’ampleur des violences policières constatées, hier, dans tous les défilés contre la loi El Khomri. Et ce, dès les premières heures de la matinée. À Gennevilliers, un dispositif policier démesuré a accueilli 200 manifestants à proximité du port de cette ville des Hauts-de-Seine. Salariés, étudiants, chômeurs et syndicats de Saint-Denis avaient décidé, en AG interprofessionnelle, de bloquer son entrée pour soutenir les salariés du site et perturber les transports, avec barrage filtrant. Mais les militants, pacifiques, ont été chassés par des CRS très agressifs. Charges violentes, matraquage, gazage se poursuivront à Saint-Denis, lorsque les manifestants tenteront de rejoindre la bourse du travail. Une nasse policière est mise en place, et une centaine de militants sont interpellés. Un syndicaliste de SUD Rail, Nicolas Palmire, et le sociologue Nicolas Jounin, sont placés en garde à vue pour violence, alors même qu’ils ont été blessés à la tête.

    À Marseille, le camion de l’Union syndicale Solidaires a été touché par des tirs tendus de grenades lacrymogènes et de flashballs. Un responsable local, touché à la gorge, a été hospitalisé. Des drones sont apparus dans le ciel parisien pour surveiller le défilé.

    À Nantes, les CRS ont préféré charger un cortège de 20 000 personnes plutôt que d’isoler un petit groupe de casseurs (lire page 6). « Leur attitude est irresponsable, a réagi Fabrice David secrétaire général de la CGT 44. Ils ont cassé le cortège en deux, alors que tout se passait bien. Ils nous ont canardés. » Sous le choc, de nombreux militants exigent aujourd’hui des comptes. « J’ai vu une femme d’une cinquantaine d’années, manifestant comme moi à visage découvert et ne manifestant pas le moindre signe d’agressivité frappée de plein fouet, dans le dos par un projectile visiblement tiré à tir tendu », écrit Aymeric Seassau, adjoint au maire de Nantes et secrétaire départemental du PCF, dans une lettre envoyée hier au préfet, demandant que « les forces de police retrouvent le sens du discernement à Nantes ».

    Cette politique répressive dure depuis le début du mouvement. À Rennes, neuf manifestants ont été poursuivis pour avoir participé à la manifestation du 31 mars et du 9 avril. Accusés de rébellion et d’outrage, sept d’entre eux ont été condamnés cette semaine à six mois de prison avec sursis assortis d’une obligation de 110 heures de travail d’intérêt général, un huitième à trois mois de sursis. Et deux mois de prison ferme pour un délégué CGT de PSA Rennes, Fabrice Rouillaux, qui a refusé les prélèvements ADN et les travaux d’intérêt général. La justice continue « à s’en prendre aux militants CGT et à la liberté de manifester dans le cadre de la mobilisation contre la loi travail », avait dénoncé Jean-Pierre Mercier, délégué syndical central de PSA. Qui prévient : « Si le gouvernement pense pouvoir faire baisser la tête et intimider les militants de la CGT par cette politique de répression, il fait fausse route. »

    La vidéo prouve que les manifestants du mouvement Nuit Debout ont été évacués avec agression, des lacrymogènes sur la place de la République par les forces de police. En marge et tard dans la nuit, plusieurs petits groupes de casseurs,ont incendié des voitures Autolib et des scooter.

    Pour Alex Lantier de World Socialist Web Site action contre la loi El Khomri: manifestations moins importantes et attaques de la police. 

    Des centaines de milliers de personnes ont défilé à travers la France jeudi dans une quatrième journée d’action appelée par les syndicats industriels, lycéens et étudiants contre la réforme du droit du Travail de la ministre du Travail PS Myriam El Khomri. Des travailleurs des chemins de fer, des aéroports et des ports ont cessé le travail. La police anti-émeute, qui a brutalement attaqué les jeunes dans chaque manifestation contre la ‘loi Travail’, s’est de nouveau affrontée avec les manifestants dans de nombreuses villes.

    Malgré de grandes différences dans l’estimation du nombre des participants – 170.000 selon les autorités et 500.000 selon la CGT stalinienne (Confédération générale du travail) – la participation était clairement en forte baisse par rapport aux plus de un million de personnes ayant manifesté le 31 mars.

    Cela n’exprime pas un affaiblissement de la vaste opposition des travailleurs et des jeunes à la loi El Khomri. Même les sondeurs, dont les résultats s’adaptent en général aux besoins de la classe dominante, admettent que la loi reste extrêmement impopulaire. Elle allongerait la journée de travail, porterait atteinte à la sécurité de l’emploi des jeunes travailleurs et permettrait aux syndicats de négocier des contrats inférieurs aux normes fixées par le Code du travail. La manifestation se heurte bien plutôt à un obstacle majeur: des masses de travailleurs et de jeunes qui manifestent n’ont pas de stratégie viable pour lutter contre le gouvernement PS.

    Dans les rassemblements de jeudi, plusieurs jeunes ont posé des questions aux journalistes du WSWS sur comment s’opposer vraiment au PS. Cela exprime une réalité politique fondamentale: les organisations qui contrôlent les manifestations sont des alliés du PS et ne mènent pas une vraie lutte contre la loi El Khomri. Elles défendent le PS. L’allié politique de la CGT, le Front de gauche, et le Nouveau Parti anticapitaliste (NPA), ont appelé à élire François Hollande comme président en 2012. Toutes ces organisations ont travaillé pendant des décennies avec le PS au sein de diverses alliances.

    Elles n’ont pas appelé à une large mobilisation des travailleurs contre les attaques constantes des manifestations par la police, craignant que cela fasse tomber l’extrêmement faible et impopulaire gouvernement Hollande. Les travailleurs ont largement ignoré leurs appels à des manifestations symboliques et impuissantes. Cela a permis au PS d’essayer d’imposer sa loi par une répression brutale, sous prétexte d’état d’urgence; s’appuyant sur les syndicats pour démobiliser les travailleurs et isolant ainsi les manifestants étudiants et lycéens, la police a brutalement attaqué les jeunes à chaque journée d’action.

    Jeudi encore, bien qu’il soit clair que le PS est déterminé à imposer par la force le programme d'austérité qui est celui de l'Union européenne dans toute l'Europe et à passer outre à l'opposition de plus de 70 pour cent de la population, tout ce que ces organisations ont à proposer ce sont encore plus d’appels impuissants au PS. Alors que le gouvernement s’apprête à présenter la loi El Khomri à l'Assemblée nationale le 3 mai, les syndicats ont affirmé dans une déclaration que la tenue de réunions de grève sur les lieux de travail permettrait aux travailleurs d’« obtenir de nouvelles garanties collectives pour produire le progrès social. »

    Ces promesses creuses et fausses, destinées à donner une couverture politique aux bureaucraties corrompues alliées au PS, vont à l’encontre de l’expérience vécue par des milliers de travailleurs et de jeunes. Le PS et les autres partis de l’Assemblée nationale sont déterminés à sabrer les salaires et les conditions de travail et ne reculeront devant rien pour y parvenir.

    La classe ouvrière ne peut se défendre que d’une manière, en France et en Europe: en se mobilisant en masse dans une lutte politique déclarée pour le socialisme – en France, contre le gouvernement du Parti socialiste et ses alliés pseudo de gauche. La difficulté centrale pour les travailleurs et les jeunes en France c’est que présentement aucun parti politique ne préconise une telle lutte. Chaque parti nominalement « à gauche » traite depuis des décennies le PS, un parti patronal, en représentant du socialisme et du mouvement ouvrier.

    Par conséquent, malgré que Hollande soit le président français le plus impopulaire depuis la Seconde Guerre mondiale, des couches plus larges de travailleurs ne sont pas entrées en lutte et une petite couche de manifestants est forcée dans des combats de rue infructueux, face à des hordes de policiers anti-émeute.

    Des affrontements ont éclaté dans et autour des manifestations à Paris, Lyon, Rennes, Nantes, Marseille et au Havre. La Police a agressé de jeunes manifestants à Marseille et a enfermé un certain nombre de jeunes dans la gare Saint-Charles; une voiture a été brûlée à Nantes au cours de combats entre la police et les manifestants.

    Des reporters du WSWS ont assisté à la manifestation principale dans le centre de Paris où étaient présentes un certain nombre de délégations de responsables syndicaux, des membres d’organisations de jeunesse du PS et du Front de gauche et des groupes d’étudiants de différentes écoles et universités locales. Ils ont parlé à une étudiante du 13e arrondissement ayant participé aux manifestations parisiennes contre la loi sur El Khomri.

    Elle s’est fortement opposée à la loi El Khomri et a dit: « On est déjà assez précaires, si on rajoute de la précarité à cela, ce ne sera pas beau. Il n’y a pas de beau présage pour l’avenir des jeunes, et pas que des jeunes, des employés aujourd’hui, des travailleurs de tous bords. »

    Elle a attaqué l’état d’urgence imposé par le PS, l’appelant « une bonne couverture pour éviter que les gens sortent dehors... Il y a du monde – donc tant mieux, parce que ça ne marche pas si bien que ça. »

    Elle a aussi critiqué que le gouvernement PS ait tout à coup lancé une proposition réactionnaire d’interdire le voile islamique dans les universités françaises comme une mesure pour diviser les étudiants qui protestaient contre la loi El Khomri. « Le voile à l’Université sort comme par hasard au moment où tous les jeunes sont dehors contre un projet de loi du gouvernement... Je ne suis pas d’accord avec eux. »

    Elle a encore critiqué la guerre en Syrie: « La politique occidentale n’est pas pour rien dans tout ce qui se passe dans ces pays-là, que ce soit aussi bien le départ de Kadhafi ou sa mort. Les jeunes qui aujourd’hui partent de la France, de la Belgique, de l’Allemagne ou d’ailleurs en Syrie ou autre, ce n’est pas pour rien. C’est peut-être qu’on les a poussés un peu et qu’on leur a dit qu’ici ils n’avaient rien à gagner... J’ai de la peine pour ceux qui sont morts, les victimes de ces attentats et pour les jeunes qui ne voient aucune autre solution que de partir dans ces pays-là. Après, il y a une belle manipulation là derrière. »

    Des reporters du WSWS ont participé à un rassemblement de jeunes à Marseille et parlé à plusieurs lycéens. Un lycéen a dit qu’il était contre la loi El Khomri parce qu’elle « contraint notre futur, le fait que le salaire ne change pas alors que la charge de travail augmente. Même si le travail est moins physique on nous fait travailler beaucoup plus. »

    Il s’est aussi fortement opposé à la violence policière, en particulier à Marseille, où la police a régulièrement élargi ses déploiements et où le PS a appelé envoyer l’armée pour imposer l’ordre, « je pense que les gens doivent ouvrir les yeux. Il n’y a pas que dans les manifestations qu’il y a de la violence policière, il y a, dans certains quartiers de Marseille, tous les jours des problèmes. »

    Il a regretté qu’aucune organisation politique en France ne défende l’égalité sociale et fait ce commentaire: « J’attends l’égalité pour tous, mais c’est une utopie parce que personne n’est pour l’égalité. Surtout au travail. Je pense que l’on est une société où il faut se soutenir. »

    « Je ne crois pas que le changement de société se fera sans violence ». Xavier Mathieu, ouvrier engagé dans une dure lutte naguère à l’usine Continental, est très présent à Nuit debout. Il analyse le mouvement, la situation globale, et la question de la violence selon Reporterre. Xavier Mathieu était le délégué syndical de la CGT de l’usine Continental AG de Clairoix (Oise), où un dur conflit social s’est poursuivi en 2009 et 2010. Il est aujourd’hui comédien.

    Les propos recueillis par Barnabé Binctin et Hervé Kempf

    Reporterre — On t’a croisé plusieurs fois à Nuit debout. Quel regard portes-tu sur ce mouvement ?

    Xavier Mathieu — Je viens regarder, écouter, voir comment cela se passe. Par moment, je trouve cela sympa, par moment, il y a beaucoup de bla-bla. Mais c’est la construction d’un mouvement, il faut du temps pour s’organiser. L’ensemble est surprenant, même les discussions des gamins. On a toujours tendance à penser que les jeunes se moquent de ce qui se passe, mais j’ai été surpris par certaines discussions. C’est bien d’être surpris dans ce sens là ! J’aime aussi le côté divers des gens qui y sont, même si ce n’est pas ouvert à tout le monde. Par exemple, quand Finkielkraut s’est fait virer, c’était normal. Il n’avait rien à y foutre ! C’est comme si Strauss-Kahn allait à un congrès de Ni putes ni soumises, il ne serait pas le bienvenu. Finkielkraut est un islamophobe notoire. Il n’a rien à foutre à Nuit debout .

    Pour s’organiser, il faut de l’intellect et un peu de violence de temps en temps ! Les gens se joignent aux intermittents qui peuvent éventuellement se joindre aux taxis. On a vu, il y a trois jours, des taxis venir place de la République. Cette coordination des luttes est importante, parce que le but du pouvoir, le but du capitalisme, est justement de diviser les gens, de leur faire croire que leur ennemi est l’étranger, que le profiteur c’est le mec qui est au RSA. Aujourd’hui, la tendance est de chercher un bouc émissaire : un coup, c’est les migrants, un coup les roms, un coup les musulmans, les salauds de RSA, les intermittents, etc. Ce qui est bien dans ce mouvement, c’est qu’il met dans la tête des gens que notre ennemi commun, c’est le capitalisme, la finance.

    Nuit debout cherche-t-elle nettement à lutter contre le capitalisme et le système financier ?

    Le mot d’ordre que j’entends beaucoup depuis que j’y viens, c’est « non à la loi El Khomri et au monde qu’il y a autour ».

    Pour tout le monde ? Il y a beaucoup de curieux. Les gens ne sont-ils pas attirés par l’idée qu’« on discute, on parle, on fait démocratie », en oubliant la radicalité de cette critique ?

    Il faut les deux. Il y a des gens qui viennent pour discuter, d’autres qui viennent pour des actions. Justement, Nuit debout ne chasse pas ceux qui acceptent un peu plus la radicalité. C’est vachement important. Par exemple, nous, dans le conflit Continental, cela a été très fort. Les médias n’ont pas pu diviser les gens dans notre conflit quand il y a eu le saccage de la sous-préfecture, ils sont allés parmi les mille personnes qui étaient là afin d’essayer d’en trouver une ou deux pour critiquer cette action. Ils n’ont pas réussi à en trouver une seule. Nuit debout, ce n’est pas seulement des gens qui discutent au milieu d’une AG, c’est aussi des actions. 

    « Pour que Nuit debout passe un cap, il faut changer d’endroit »

    À Nuit debout, on entend souvent des positions « antipartis », « anti-institutions » : qu’en penses-tu ?

    Ce n’est pas grave cela. Tout ce qui est drapeau ou sigle, tout ce qui divise les gens, je m’en fiche.


    La convergence se fait difficilement entre les syndicats et Nuit debout. Pourquoi ?

    En 1936 et en 1968, ce ne sont pas les syndicats qui ont lancé les mouvements. En 36, ils ont fini par suivre parce qu’ils voyaient que cela prenait de l’ampleur. Mais la CGT n’a pas de programme de société. Si demain il y a deux millions de personnes dans la rue, ils vont faire quoi ? Après, il y a la bureaucratie syndicale. Les directions syndicales renâclent. Ils n’étaient pas venus non plus défendre les Goodyear, les Conti. Ce sont des structures qui aiment qu’on leur donne le pouvoir ! En gros, elles disent : « On vient, mais c’est nous qui commandons. » Mais j’ai entendu dire qu’au congrès de la CGT, qui vient de se tenir à Marseille, il y a eu une forte pression des militants pour que la CGT appelle à la grève reconductible. Il y a très longtemps qu’on n’a pas vu cela.

    Si la loi El Khomri était retirée ou substantiellement remise en cause, ne serait-ce pas la fin de la mobilisation et de Nuit debout ?

    Je ne suis pas sûr. Mais pour que Nuit debout passe un cap, il faudrait changer d’endroit ! Il faudrait faire Nuit debout devant les dépôts d’essence, devant des endroits stratégiques, et bloquer l’économie ! Cela serait autre chose qu’une place publique. Pour l’instant, tu as beaucoup de gens qui viennent critiquer la société, ses dérives. Mais y a-t-il un projet de société ? Tant que les gens en face n’auront pas peur de tout perdre, ils ne lâcheront rien du tout.

    Votre lutte à Continental a été une des plus marquantes, ces dernières années. Pourquoi n’y a-t-il pas plus de luttes ?

    Tu regardes les AG à Nuit debout, il y a 95 % de blancs. Almamy Kanouté a fait une super déclaration, il a tout dit : tant que les Nuits debout ne feront pas le lien avec les banlieues, il n’y a aucune chance que ceux du pouvoir et de la finance aient peur.

    Pourquoi les banlieues ne viennent-elles pas ?

    Nos jeunes n’ont pas eu d’instruction politique. Quand j’étais gamin, c’était la gauche, la vraie gauche, on parlait de cela tout le temps, mon père parlait de cela tout le temps. Il y avait une culture politique dans les foyers. Aujourd’hui, les jeunes n’ont pas été habitués à des discours politiques. Ils n’ont pas été éduqués là-dedans. L’éducation politique est hyper importante. Elle n’est pas là du tout dans les banlieues, et c’est pareil pour les ouvriers.

    Pas de culture politique, il faut bosser, la télé… Rien ne peut plus bouger, alors ?

    Je n’en sais rien. Un jour, un mec m’a raconté une histoire. Ils étaient trois ou quatre cents dans une boîte. Le patron leur avait demandé de baisser leur salaire, leurs primes, de travailler plus, de réduire les pauses. Les mecs avaient tout accepté sans rien dire. Accepté, accepté, accepté… Un jour, en fin d’année, le patron a annoncé qu’il n’y avait pas eu d’accident de travail pendant un an et, pour les remercier, il leur a offert un porte-clés ! Il y eu sept semaines de grève ! Les mecs se sont mis en colère. Une étincelle, des fois, tu ne comprends pas. Les mecs, ils en ont pris plein la gueule pendant des années, ils ne vont pas bouger. Et là, ils bougent pour une connerie !

    Les Panama Papers auraient dû être un élément déclencheur. Les gens auraient dû sortir dans la rue, se révolter et dire : « Cela fait des années que vous nous dites que le problème, c’est que les gens touchent trop de RSA, trop de salaires ! » La vérité, elle est là : tu as vingt milliards de trous cumulés dans toutes les caisses sociales, et dans les paradis fiscaux, il y 80 milliards !

    « On s’est fait gazer alors qu’il n’y avait aucune bousculade, rien »

    Nuit debout n’est donc pas le Grand Soir ?

    Ah non ! C’est une éjaculation, le Grand Soir, un orgasme. On n’en est plus là. Si ça n’a pas explosé il y a trente ans, à l’époque où il y avait 30 % de communistes… Nous, on était bercé là-dedans, mais aujourd’hui, les jeunes n’y sont plus du tout.

    On a perdu des batailles, il faut l’accepter et sortir du truc. C’est ce qui me fait chier dans les mouvements d’extrême-gauche : ils sont encore là-dedans. Il faut arriver à se mettre autour d’une table et lâcher certaines choses.

    La question de la violence traverse le mouvement Nuit debout, quel regard portes-tu sur cette question ?

    Le 9 avril, j’étais avec les jeunes à la manifestation où il y a eu plein d’arrestations. Il y avait bien des provocateurs, mais ils étaient en bleu, avec des matraques, des lacrymogènes… Je me suis pris des coups de matraques et des charges dans le dos, alors qu’on ne faisait strictement rien.

    À Continental, quand on faisait une manif, on était mille dans le cortège et on n’a jamais croisé unCRS. Là, pour les manifs étudiantes, il y a des cordons entiers de CRS pour les encadrer. Comment veux-tu que les jeunes n’aient pas envie de leur balancer des cailloux à la gueule ? C’est de la provocation pure.

    Comme à Odéon, il y a deux jours : en arrivant de la manif des intermittents, du côté du ministère du Travail, on était 600 ou 700, à pied, avec une banderole. Les CRS avaient des bombes et des lacrymo. Ils nous ont matraqués à bout portant, on n’avait rien d’autre qu’une banderole dans les mains. On s’est fait gazer alors qu’il n’y a eu aucune bousculade. Rien.

    Sincèrement, la violence, depuis le début, elle est du côté des CRS. Nous, ce n’est qu’une réplique. Et pour moi, l’État fait une connerie. Parce que, petit à petit, les mecs viennent en effet avec des masques, avec des lunettes de protection, avec des cailloux dans les poches, avec des matraques… Normal, ils ne vont pas continuer à aller dans les manifs et se faire matraquer la gueule sans arrêt, sans réagir.

    Et puis, aussi, j’ai vu des mecs broyer des vitrines et passer derrière, dans des ruelles, et remettre le brassard de police pour rentrer ensuite dans le cortège. Je l’ai vu.

    À Paris ?

    Oui.

    Récemment ?

    Non. Dans d’autres manifestations, avant. Mais ça existe encore aujourd’hui. Comment expliquer que, lorsque l’État organise une énorme manifestation après Charlie, avec plus d’un million de personnes, il n’y a pas une seule vitrine de cassée — pas une ?! Et comme par hasard, quand ce sont des manifs contestataires, il y a des casseurs qui brisent des vitrines…

    Il y a une instrumentalisation, selon toi ?

    À Odéon, c’est ce que je me suis dit : en face, c’est ce qu’ils veulent. Parce que, de toute façon, ils ont les médias avec eux. Et puis, on ne peut pas dire que les gens soient les plus courageux du monde quand ils entendent que ça pète.

    Tu vois, le gamin qui s’est fait matraquer la gueule par le CRS [1], je le dis haut et fort, c’est une tentative de meurtre. On voit bien qu’il le relève, ce gamin de 15 ans, avant de lui mettre un crochet, avec une manchette de protection, dans la mâchoire, du bas jusqu’en haut… Tu peux lui péter les cervicales. C’est une tentative de meurtre.

    Et pourtant, les médias n’en ont pas fait autant qu’avec le cadre d’Air France et sa chemise arrachée, avec des images qui ont fait le tour du monde pendant plus d’une semaine 

    « Je reste optimiste, parce que je crois qu’un jour, il y aura une étincelle »

    Certains revendiquent toutefois l’usage de la violence comme un mode d’actions parmi d’autres au sein de Nuit debout.

    La violence, il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Mais elle n’est pas de notre côté. Ce qui est rendu n’est rien à côté de ce qu’on prend. Cette loi El Khomri, si elle passe demain, ce sera une catastrophe. Cette loi dit que ton patron peut venir te demander d’accepter une baisse de salaire, sinon, il te licencie. Il a le droit de te licencier pour une raison économique, et derrière, les indemnités sont plafonnées… Vous savez ce que cela cache ? Uniquement la baisse des salaires.

    Ils ont même été jusqu’à virer les visites médicales annuelles, dans la loi El Khomri. Avant, il y avait au moins un médecin qui pouvait surveiller les gens. Il y a quand même plein d’exemples de cancers ou de maladies qui ont été découverts dans les entreprises. Les visites médicales servaient à ça, à l’usine.

    Alors, pour ce qui est de la violence, il n’y en a pas encore assez. Je ne crois pas que le changement de société se fera sans violence. Parce que les autres en face, ils ont ce qu’il faut.

    Cette loi El Khomri vient d’un mec qui s’est fait élire en disant que son ennemi était la finance. Et la première personne qu’il a placé au ministère de la Finance, c’est Cahuzac, qui avait un compte caché en Suisse… Et celui qui arrive derrière vient de la banque Rothschild ! Si ça ne veut pas dire qu’il se fout royalement de notre gueule…

    Y a-t-il un sentiment de révolte, aujourd’hui, en France ?

    On en est loin. Beaucoup de Français s’imaginent encore qu’ils ne sont pas concernés. Je serais tenté de dire qu’on est dans la servitude volontaire. Il y a un gros boulot à faire d’initiation : les gens regardent BFM TV, La Nouvelle Star, Cyril Hanouna…

    Je suis à la fois pessimiste et optimiste, parce que je crois en l’homme. L’être humain est capable de solidarité. Je reste optimiste parce que je crois qu’un jour, il y aura une étincelle. Ça va bouger, mais pas forcément quand on s’y attendra.

    Illustration CC/flickr termes juridiques simples  Sans langue de bois

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